Peut-on bien jouer et perdre un match 1-6 ? Cela paraît difficilement envisageable mais c’est ce qui est arrivé samedi au MSV Duisburg. Les Zebras ont montré beaucoup d’enthousiasme et se sont procurés une kyrielle d’occasions de but. Mais leur naïveté défensive leur a coûté cher face au froid réalisme du 1. FC Nürnberg.

J’avais adoré notre petite aventure en Europa League lors de la saison 2015-2016. On y trouvait davantage de ferveur dans les stades qu’en Ligue des Champions et les déplacements étaient plus originaux. Mais il y avait un inconvénient majeur : comme les matchs avaient lieu le jeudi, on se retrouvait tous les week-ends ou presque à jouer le dimanche en Bundesliga et cela c’est pas cool du tout. Au moins, en jouant la Königsklasse, on s’épargne largement les matchs du dimanche. Sauf quand l’adversaire du jour, en l’occurrence Köln, est lui-même engagé en Europa League. Le match du BVB décalé au dimanche, je me retrouvais donc avec un samedi un peu désœuvré. Mais l’avantage dans le Ruhrpott, c’est qu’il n’y a pas besoin de chercher trop longtemps pour trouver un match sympa à se mettre sous la dent. Le SG Wattenscheid 09 – Rot-Weiss Essen que je convoitais initialement ayant été avancé au vendredi soir, je me rabats donc sur le MSV Duisburg en Zweite Liga.

Les amis de nos ennemis…

J’aime bien Duisburg : ce n’est pas vraiment un club ami du BVB, je n’étais pas né mais je n’oublie pas qu’en 1975, alors que les rôles étaient inversés, eux en première division et nous en deuxième, ils avaient mis fin à notre rêve un peu fou d’aller en finale de Pokal tout en jouant en Zweite Liga. Le BVB menait 0-1 au Wedau en 1/2 finale mais le MSV avait égalisé à l’avant-dernière minute, avant de l’emporter en prolongations… Néanmoins, on a du respect pour une vraie Traditionsverein et une certaine sympathie, pour être également passés par là, pour un club qui tente vaillamment de remonter la pente après avoir failli disparaître pour des problèmes financiers. En revanche, l’adversaire du jour, Nürnberg n’est pas notre ami puisque ses fans sont jumelés avec ceux de Schalke 04. Et les amis de nos ennemis sont nos ennemis… Comme les Blauen jouaient le même jour à Brême, on n’aperçoit pas d’écharpes bleues avec les fans de Nürnberg, comme c’est souvent le cas quand der Club se déplace dans la Ruhr, mais ils font beaucoup de bruit. Avec sa piste d’athlétisme, le Frankenstadion n’a jamais été vraiment réputé pour son ambiance mais Nürnberg possède l’un des scènes ultras les plus actives d’Allemagne et ils ont été à la hauteur de leur réputation samedi avec une prestation scénique très aboutie dans le brandissement des drapeaux.

La sociologie de la Currywurst

Après un passage chez les ultras du MSV pour compléter mon mur de stickers, c’est l’heure de la Currywurst. Il existe un phénomène assez intéressant avec les fourchettes de toutes les couleurs que tu peux choisir pour déguster ta Currywurst : les fans sont attentifs à la couleur de leur fourchette ! A Dortmund, les fourchettes jaunes disparaissent rapidement alors que personne ne veut des bleus comme si elles étaient empoisonnées et c’est l’inverse à Herne-West. C’est pareil à Köln où le rouge est prisé, le vert de Gladbach méprisé et ça marche en sens contraire à Mönchengladbach… A Duisburg, il n’y a pas vraiment de rival honni, en revanche les fourchettes bleues sont privilégiées. Et j’estime important de respecter les usages locaux dans un stade allemand, je cède donc à la prévarication et domine mon aversion atavique pour le bleu en choisissant une fourchette de cette couleur, celle du MSV.

L’anecdote peut paraître, précisément, anecdotique mais elle est révélatrice des codes qui régissent le football aus Deutschland. Il y a des codes pour tout : le style de jeu, l’engagement, l’ambiance, la relation avec l’équipe etc. C’est pourquoi je suis souvent amusé en lisant des belles théories académiques sur le foot allemand toute droit sortie du manuel du parfait petit suiveur de la Ligue des Champions mais complètement déconnectée de la réalité de ce que l’on vit tous les week-ends dans les stades et de ce que ressentent les fans. La théorie, c’est très joli mais sans travaux pratiques, cela reste du verbiage un peu vain. Le BVB a d’ailleurs affiché son mépris pour les théoriciens sur canapé à la petite semaine en affichant en lettres géantes sur l’August-Lenz-Haus, dans l’angle nord-est du Westfalenstadion, la fameuse citation d’Adi Preißler : « Grau ist im Leben alle Theorie aber entscheidend ist auf’m Platz ».

Les dieux du football

Revenons à Duibsurg où règne une joyeuse euphorie : le néo-promu reste sur un succès retentissant 4-0 à Bielefeld, qui était pourtant la bonne surprise du début de saison en Zweite Liga. Les fans en sont tellement fiers que, lors de la Mannschaftsaufstellung, outre l’habituel Fußballgott Kevin Wolze, les héros de l’Alm Tashchy, Souza, Stoppelkamp et le joker Onuegbu sont aussi affublée du sobriquet Fußballgott. Mais, a priori, Nürnberg n’a pas été impressionné plus que cela par la présence d’autant de dieux du football dans les rangs adverses, on le constatera rapidement.

J’assiste régulièrement à ces matchs de Zweite Liga, c’est très bien au niveau de l’ambiance et il y a toujours beaucoup d’engagement et d’intensité mais la qualité technique laisse souvent à désirer. Mais en l’occurrence, ce Duisburg – Nürnberg se révèle être un bon match de 2. Liga : il y a du jeu, des actions bien amenées, une envie d’aller vers l’avant. Sur sa bonne dynamique, Duisburg enflamme le début de match mais Iljutcenko écrase trop sa frappe captée facilement par le gardien franconien Kirschbaum.

Ishak aus Schweden

Nürnberg va ouvrir le score, contre le cours du jeu, sur sa première incursion dans le camp adverse avec une magnifique triangulation conclue par la Suédois Ishak. Non, il ne s’agit pas de notre Wunderkind suédois arrivé l’hiver dernier au BVB qui aurait été subrepticement prêté à Nuremberg en adoptant un h au passage. Mais bien de l’ancien attaquant du 1. FC Köln Michael Ishak, de retour en Allemagne après des escapades en Italie et au Danemark. On jouait depuis moins de 15 minutes mais la suite du match se poursuivra selon le même scénario. Duisburg joue bien, se créée des occasions et Nürnberg marque avec un froid réalisée : re-arrêt de Kirschbaum sur une frappe de Stoppelkamp, qui tire ensuite sur le poteau et but pour… Nürnberg après une nouvelle triangulation au milieu d’une défense assez passive et une nouvelle réussite d’Ishak. Cela fait 0-2 à la pause, Nürnberg a passé trois fois le milieu de terrain pour deux buts et une tête sur le poteau après un corner, Duisburg s’est procuré une demi-douzaine d’occasions, aurait pu obtenir un voire deux pénaltys, en vain. L’efficacité était bavaroise en ce samedi après-midi.

Le crépuscule des dieux

Et cela se confirme après la reprise. C’était le match des patronymes qui n’ont qu’une lettre de trop pour évoquer un joueur du BVB : après Ishak, c’est Löwen qui inscrit le 0-3 sur un magnifique coup franc pleine lucarne. Non pas Chris Löwe mais Eduard Löwen, défenseur de 20 ans passé, comme notre ancien latéral gauche, par Kaiserslautern. Duisburg va alors prendre tous les risques pour tenter une remontée impossible. Et forcément, cette défense déjà bien naïve dans sa configuration initiale va définitivement prendre l’eau dégarnie de quelques éléments pour tenter le tout pour le tout. Michael Ishak s’offre le triplé, Eduard Löwen le doublé, comme à l’entraînement, une vraie boucherie pour les malheureux zèbres.

Ceux-ci vont tout de même sauver l’honneur par Stoppelkamp sur pénalty. Mais à la dernière minute Teuchert scellera le score à 1-6 pour Nürnberg, les dieux de football du MSV auront vécu un cruel retour sur terre. Et pourtant, point de sifflets dans les travées du Wedau mais une ovation pour les Zebras : les fans ont aimé, leur équipe a joué crânement sa chance, elle a envoyé du jeu, elle a tout tenté mais elle a péché par naïveté et est tombé sur plus réaliste qu’elle. Ce n’est pas grave, cela fait partie de ces codes du foot allemand que je mentionnais en préambule : les fans ne s’arrêtent pas au résultat brut mais regardent d’abord l’esprit avec lequel leurs joueurs ont abordé le match. Et cela, les 18’000 supporters du Wedau ont aimé, cela ne fait jamais plaisir d’en ramasser six à domicile mais ils reviendront la prochaine fois !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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