Après un an d’interim en Ligue Europa, le Borussia Dortmund retrouve ce soir la Königklasse par un déplacement bouillant à Varsovie. Si la Ligue des champions résonne avec affiches de rêve, superstars et spectacle pour certains, elle rime plutôt avec compétition formatée, rituels supprimés et ambiance au rabais du côté du Westfalenstadion. 

C’est l’objectif ultime de beaucoup. Le Real Madrid en avait fait une obsession avec la Decima, le PSG version qatari et ses billets plein les poches ne voient qu’elle et le Bayern Munich lui voue une quête inespérée depuis sa dernière victoire en 2013. Si la Ligue des champions compte plus que tout pour les riches et arrogants mastodontes du football européen, du côté du Westfalenstadion la reine des compétitions est la Bundesliga. Explication de ce désamour.

L’absence de places debout

L’obligation d’installer des sièges dans les enceintes lors des compétitions européennes a été instaurée par la FIFA et l’UEFA au début des années 90, en réponse aux tragiques évènements du Heysel et de Hillsborough. Une mesure essentielle à l’époque mais qui apparaît aujourd’hui dépassée. Les enceintes de ce type ont totalement disparu et ont été remplacées en Allemagne lors de la coupe du Monde 2006, par des stades hypermodernes et fonctionnels. Des arènes capables d’accueillir chaque week-end des dizaines de milliers de supporters dans des tribunes debout, sans le moindre incident. Aberrant de voir des gens fixer des sièges sur la Südtribune lors de chaque match européen, surtout qu’ils n’auront aucune utilité. Enfin, cette décision n’a pas dû gêner les supporters du Real, Barça où du PSG, bien mieux installés pour se laisser aller à quelques applaudissements après une chevauchée de Di Maria, Messi ou Ronaldo.

Mais cette décision n’a pas les mêmes répercussions en Allemagne, où le maintien des places debout fait partie des combats de toujours. Lors des joutes européennes, les 24 454 places de la Südtribune sont réduites de moitié. Sur l’ensemble du stade, la capacité passe de 81’359 à 65’590 (Malgré les déclarations des incompétents commentateurs de W9, qui après un arrêt de Ouailledenfeller, une frappe de Réousse et un super coaching de Tukel avait annoncé une affluence de 80000 spectateurs au Westfalenstadion). De nombreux supporters assistant à la Bundesliga se voient donc privés de compétitions européennes. Le résultat est un Gelbewand version miniature, ayant forcément un impact néfaste sur l’ambiance.« Evidemment, lors d’un match européen, l’atmosphère ne peut pas être aussi forte que lors d’un match face à Schalke par exemple », nous confirme Jan, abonné au Westfalenstadion depuis plus de 13 ans. 

 Alkoholfrei 

Si tu as déjà mis les pieds au Westfalenstadion (ou dans un autre stade allemand), tu n’as pas pu échapper à une chose : la sacro-sainte tournée des Biergarten d’avant match. Une coutume qui fait partie du folklore de la Bundesliga. Des pintes de houblons qu’il est possible de consommer pendant le match – ou de lancer après un but, c’est selon -, puisque l’alcool est autorisé dans les enceintes de Bundesliga. Enfin, sauf dans le parcage visiteurs de certains stades comme Freiburg et Leipzig ou lors d’un gros derby.

Mais les pontes de l’UEFA, sûrement plus friands de champagne et de petits fours, ont interdit la vente d’alcool dans les stades lors des compétitions européennes. Paradoxal lorsque les bords du terrain sont tapissés d’affiches « Heineken », sponsor de la compétition depuis 1994. « À Dortmund, personne n’est fan du management corrompu de la FIFA et de l’UEFA. Concernant l’interdiction d’alcool, c’est encore une mesure de sécurité, nous devons nous y faire », confie Jan quelque peu fataliste.

N’oublie donc pas de te mouiller la nuque si tu passes d’un match de Bundesliga à un match de Ligue des Champions. Le stade ne se remplit que lors des dernières minutes avant la rencontre, les fans préfèrent partager un moment de convivialité avec leurs potes autour d’une bière plutôt que de rentrer dans le stade à attendre le coup d’envoi. « C’est dommage que l’alcool soit interdit dans le stade, mais nous allons dans les Biergarten situé aux alentours du Westfalenstadion », explique Jan évidemment pas prêt à sacrifier un rituel ancestral au profit des caprices des dirigeants de l’UEFA n’ayant aucune idée des codes du football allemand.

DORTMUND, GERMANY - AUGUST 22: Fans of Dortmund drink beer before the Bundesliga match between Borussia Dortmund and Bayer 04 Leverkusen at the Signal Iduna Park on August 22, 2010 in Dortmund, Germany. (Photo by Christof Koepsel/Bongarts/Getty Images)

L’Ambiance

Une des conséquences des deux points précédents : capacité du stade réduite + avant match moins festif = baisse de l’ambiance. Enfin, pas tout à fait. Pour que l’équation soit complète il faut également prendre en compte l’afflux massifs de touristes, attirés par les affiches de la Ligue des billets verts. Des individus dont c’est le premier passage au Westfalenstadion, qui ne reviendront sûrement jamais et ne prennent pas la peine de s’imprégner de la culture locale et de participer à l’ambiance. Si ces individus de passage n’étaient qu’une centaine dans le stade, l’impact sur l’atmosphère serait minimum.

Mais depuis 2013 et l’épopée du BVB en LDC, Dortmund est devenu hype et ils sont de plus en plus à arpenter les coursives du Westfalenstadion à la recherche de sensations fortes lors des matches de Königsklasse. « Evidemment, lorsque tu joues bien et que tu as de la visibilité, cela fait venir des touristes », confirme Jan, avant d’évoquer les problèmes du football moderne qui poussent ces gens à venir au Westfalenstadion. « En Angleterre, un ticket coute trop cher pour une personne « normale » et l’atmosphère est mauvaise. Je pense que beaucoup de touristes viennent dans notre stade pour cette raison: l’ATMOSPHERE. Il se déplace en Allemagne juste pour vivre cette sensation qu’ils ne retrouvent plus dans leur club ». 

Malheureusement, en faisant cela, ils tuent à petit feu ce qu’ils sont venus chercher: l’ambiance. Comme pourrons te le confirmer plusieurs de nos rédacteurs, le quart de finale de la dernière Ligue Europa, marqué par le retour de Klopp et une affiche de prestigieuse face à Liverpool, est l’ambiance la plus faible qu’il y ait eu au Westfalenstadion la saison dernière. Ce n’est sûrement pas la première fois – et pas la dernière si tu es adepte de ce site – que tu entendras cette phrase : le Westfalenstadion se découvre version Bundesliga, avec une bière dans une main et une Südtribune debout.

Des affiches aseptisées

Arsenal, Manchester City, Real Madrid… ces dernières années, le BVB a croisé le fer avec les plus grandes équipes européennes. Des duels équilibrés sur la pelouse, beaucoup moins dans les tribunes où les ambiances stériles des stades de Liga ou Premier League ne font rêver personne. Aux déplacements dans les tombeaux que sont le Camp Nou, le Parc des Princes ou Stanford Bridge, les fans du BVB préfèrent les affiches inédites dans des ambiances survoltées, ou le remake d’une vieille finale des années soixante-dix.

Malheureusement en LDC, les affrontements sont de plus en plus banalisés. Les dernières mesures annoncées par l’UEFA, qui souhaite reserver plus de places aux quatre grands championnats, ne risquent pas d’arranger les choses. Pour Jan, la Ligue des Champions ne vaut rien comparé aux valeurs du club. « Nous n’avons pas besoin de jouer la Champions League chaque année. Ce que nous voulons, c’est des joueurs qui mouillent le maillot et se battent pour notre club et pas uniquement pour l’argent ». Les fans du BVB n’oublient également pas d’où ils viennent: « La plupart des supporters sont heureux de la situation actuelle. Personne n’a oublié qu’en 2005 nous étions au bord de la faillite. Nous avons été sauvés à la dernière minute. Alors compétition européenne ou non, peu importe ».

Malgré le manque criant d’émotion de la compétition, les supporters du BVB ont eu le droit à quelques déplacements inédits, notamment un huitième de finale bouillant à Donetsk en 2013 ou le déplacement à Varsovie de ce soir. Mais niveau ambiance et sensation, l’Europa Ligue répond mieux aux attentes du peuple dortmundois, preuve en fut la saison dernière, avec des déplacements épiques dans l’ambiance survoltée du PAOK, au fin fond de la Russie et de l’Azerbaïdjan à Qabala et Krasnodar.

DORTMUND, GERMANY - DECEMBER 09: Dortmund players acknowledge their fans after the UEFA Champions League Group D match between Borussia Dortmund and RSC Anderlecht at Signal Iduna Park on December 9, 2014 in Dortmund, Germany. (Photo by Alex Grimm/Bongarts/Getty Images)

Prix et match en semaine

Cela peut paraître évident, mais programmer les matchs en pleine semaine n’aide pas à faire remonter la cote de popularité de la Ligue des Champions au Westfalenstadion. Même si pour Jan, certains nouveaux horaires de la Bundesliga sont plus dérangeant. « Nous avons plus de problèmes avec les nouveaux horaires en championnat. Tout cela n’est qu’une histoire d’argent et de droits TV ». 

Pour ne rien arranger, les abonnements ne sont pas toujours valables en Königsklasse et les prix sont souvent majorés. Dans une région industrielle et besogneuse comme la Ruhr, les habitants consacrent déjà beaucoup au football et doivent faire des sacrifices. Inutile de préciser qu’un déplacement en Bundesliga le weekend sera privilégié à un énième BVB/Real Madrid un mardi soir.

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Clement Lefoll

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