La rechute dont il est question dans le titre ci-dessus ne fait pas allusion au bar-tabac préféré de la rédaction à Saint-Etienne mais bien à la performance du BVB à Berlin. Après quatre victoires probantes, le Borussia, sans atteindre la nullité abyssale de ses déplacements à Leipzig, Leverkusen ou Darmstadt, est néanmoins retombé dans ses travers. La faute à un turnover toujours aussi mal maîtrisé et à une incapacité chronique à faire preuve de constance dans les performances.

Durant les sept années qu’il a passées à la tête du Borussia Dortmund, Jürgen Klopp a accompli un travail fantastique. Mais il y a un point qu’il n’est jamais parvenu à maîtriser : la gestion du turnover pour permettre au club de jouer la gagne sur tous les tableaux. Kloppo avait tendance à toujours utiliser les mêmes hommes et à peu faire tourner son effectif, ce qui l’a parfois conduit à sacrifier certaines compétitions et a sans doute contribué à un nombre élevé de blessés. Dès lors, après le départ de Klopp en 2015, l’un des critères qui a guidé le choix du nouvel entraîneur était sans doute sa capacité à mieux maîtriser la rotation. Et c’était sans doute l’un des atouts de Thomas Tuchel qui, à Mainz, malgré des moyens modestes et un effectif limité, parvenait à régulièrement modifier son onze de base et adapter son dispositif tactique aux qualités de l’adversaire. Pour lui permettre d’apporter cette flexibilité au BVB, les dirigeants n’ont pas lésiné sur les moyens et lui ont offert un contingent extrêmement fourni, voire pléthorique. Il est fréquent de voir plusieurs champions du monde prendre place sur un banc qui, parfois, a coûté plus cher en termes de sommes de transferts que la totalité de l’effectif champion d’Allemagne en 2011 et 2012 ! Et pourtant, malgré cette débauche de moyens, le BVB n’arrive toujours pas à maîtriser avec succès le turnover et à enchaîner les matchs et les compétitions avec la même constance dans ses performances.

Et la stabilité ?

Une analyse simpliste pourrait amener à penser que ce sont les remplaçants qui ne sont pas au niveau. Ainsi, Mathias Ginter et André  Schürrle ont été les boucs-émissaires désignés pour cette défaite à Berlin. Pourtant, Matze a prouvé, lorsqu’il a pu enchaîner les matchs comme titulaire au même poste, qu’il reste l’un des grands espoirs du foot allemand et André, même s’il sort de quelques années de galère, a déjà montré qu’il pouvait être un joueur dominant en Bundesliga. Le problème, c’est que Tuchel ne parvient pas à maintenir tout son effectif sous tension. Certains joueurs doivent se contenter de miettes de matchs pendant de longues semaines et tout à coup ils se retrouvent titulaires dans un match au sommet à haute intensité, forcément le manque de rythme et de compétition va se faire sentir. C’est d’autant plus embêtant que le dispositif tactique change chaque semaine ou presque. Ce serait quand même plus facile de faire des rotations avec un système de jeu immuable et maîtrisé de tous, là on a l’impression qu’au début de chaque match nos Jungs ont besoin d’un temps d’adaptation pour se trouver et essayer de comprendre le plan de jeu de leur entraîneur. Et comme en plus on ne peut pas compenser les flous du positionnement par l’intensité et l’engagement avec une moitié d’équipe avec les jambes lourdes de la Coupe d’Europe et une autre en manque de temps de jeu, cela devient compliqué contre une équipe au repos toute la semaine et au plan de jeu bien mieux maîtrisé, cela était flagrant samedi à l’Olympiastadion.

La malédiction du casque à pointe

Bien sûr, on peut blâmer Mathias Ginter pour sa perte de balle qui a permis au duo Ibisevic-Kalou d’ouvrir le score. Mais, franchement, même si Schürrle s’est créé la première occasion, ce goal, on le sentait arriver. Notre équipe n’y était pas en début de match. Mal disposés sur le terrain, en retard dans les duels, nos Jungs ont mis 25 minutes pour entrer dans le match et c’est presque un miracle de n’avoir encaissé qu’un but lors de cette entame ratée, on pense notamment à ce sauvetage sur la ligne de Guerreiro. Et c’est toujours compliqué de s’embarquer dans une telle rencontre en partant avec un handicap d’un but. Du coup, je commence à regretter mon achat d’avant-match : un casque à pointe aux couleurs du BVB, en mode Kaiser Wilhelm II, le gadget à la mode samedi dans les Biergarten de l’Olympiastadion. Je suis toujours friand de nouveaux objets du Borussia pour ma collection mais j’aurai pourtant dû me souvenir que le casque à pointe n’avait guère porté chance aux Allemands lors de la première guerre mondiale…

L’espoir

Après avoir déjà terminé la première mi-temps bien mieux qu’il ne l’avait débutée, le Borussia va résolument prendre le contrôle des opérations après la pause, même si l’Alte Dame est toujours restée dangereuse en contre. Finalement, cette domination va être récompensée avec l’égalisation au terme d’un superbe mouvement entre Guerreiro, Kagawa et Aubameyang. C’est l’explosion de joie en Gästeblock, quelques décilitres de Maßbier volent sur la jolie supportrice située juste devant nous mais l’espoir renaît. J’adore l’Olympiastadion et pas seulement parce que j’y ai vécu peut-être la plus grande joie de ma carrière de supporter. Certes, sa piste d’athlétisme n’est pas terrible pour l’ambiance et c’est le témoin d’une époque et d’une architecture maudites mais ce stade a une vraie majesté avec son esthétique froide, ses colonnades grecques, ses structures massives de béton. Et lorsqu’il est plein, avec 15’000 Borussen déchaînés, on comprend pourquoi il constitue un pèlerinage obligé pour tous fan du BVB digne de ce nom, comme celui de la Mecque pour un musulman. Il restait 35 minutes à jouer et nous étions convaincus que le BVB allait pouvoir passer l’épaule et nous réconcilier avec l’Olympiastadion après les quelques désillusions que nous y avons vécues ces dernières saisons, notamment en finale de Pokal.

Hammerschuß

Mais notre équipe reste d’une extrême fragilité. Et sur un contre berlinois, Ginter va commettre l’irréparable avec une faute à l’orée de la surface de réparation. Sur le moment, on pense plutôt bien s’en tirer car nous n’étions pas loin du pénalty et du carton rouge. Bien sûr, on peut encore blâmer le pauvre Matze pour sa faute. Mais on doit surtout se reposer la question sur l’absence d’un véritable demi-défensif et partant de filtrage à mi-terrain qui permet à des attaquants adverses d’arriver lancés à pleine vitesse devant nos seize mètres. Tant que nous n’arriverons pas à résoudre ce problème, j’ai l’impression que, quelques soient les défenseurs alignés, nous continuerons d’encaisser ce type de goals. Car cette faute a eu des conséquences dramatiques puisque le pied gauche de Marvin Plattenhardt a envoyé une énorme mine dans la lucarne. Nous étions situés derrière le but, dans la Marathon-Tor, et je n’ai pas souvenir d’avoir vu une frappe dans un stade qui m’a laissé une telle impression de puissance et de vitesse. Un vrai coup de tonnerre, un shoot marteau comme l’appellent les Allemands.

Du surplace

Il restait vingt minutes à jouer mais, comme souvent lorsqu’il est mené au score cette saison, le BVB s’est contenté d’une pression désordonnée faite surtout de tentatives individuelles de sauver la baraque. Une fois encore, nous souffrons de l’absence de guerriers capables de remobiliser le groupe pour aller mettre une vraie pression physique sur la défense adverse. Cette défaite 2-1 marque un vrai coup d’arrêt après quatre très bons matchs. En soi, cette défaite de Berlin n’a rien à voir avec les non-matchs affligeants de Leipzig, Leverkusen, Ingolstadt pendant 70 minutes ou Darmstadt. Berlin constitue l’une des bonnes surprises de la saison, c’est une équipe difficile à manier, la meilleure de Bundesliga à domicile, et même le Bayern Munich serait venu s’incliner là s’il n’avait été sauvé, comme souvent, par un arbitrage complaisant. Mais on ne m’enlèvera pas de la tête l’idée que nous n’avons pas su mettre tous les atouts de notre côté avec une composition d’équipe pas franchement idéale, un gros flou tactique et une entame de match un peu dilettante. C’est ennuyeux cette incapacité à enchaîner les victoires en déplacement : nous ne parvenons pas à sécuriser cette troisième place et nous ne parvenons pas à revenir sur Leipzig, ce n’est guère rassurant avant les déplacements compliqués de Gelsenkirchen et Munich début avril. Mais auparavant, il reste deux matchs à jouer avant la trêve internationale, en Pokal à Osnabrück contre Lotte et en Bundesliga contre Ingolstadt. Il est inutile de préciser que tous autres résultats que deux victoires constitueraient de sérieuses contre-performances, à nos Jungs de faire le travail pour aborder sprint final d’avril et mai dans la meilleure position possible.

Julien Mouquin.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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