Le football dans la Ruhr ne se cantonne pas qu’au Borussia Dotmund. Il y a peu de régions en Europe, voire même aucune, qui peuvent se targuer de posséder autant de clubs, de stades, de fans, de ferveur, d’ambiance survoltée, que la grande pleine industrielle du centre de l’Allemagne et, d’une manière plus large, que le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Alors, à chacun de nos déplacements pour le BVB, nous scrutons avidement le calendrier des ligues inférieures germanique pour voir s’il n’y aurait pas un autre match à nous mettre sous la dent durant le week-end. Car il est difficile d’appréhender le phénomène Dortmund sans s’immerger régulièrement dans son univers, dans cette terre de football où il né et où s’est forgé le mythe en 107 ans d’Histoire, de rivalités, de duels épiques de victoires ou de désillusions.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Essen will den Aufstieg

En ce week-end de Supercup, nous avons opté, la veille, pour un excellent Rot-Weiss EssenViktoria Köln en Regionalliga West (4ème division), championnat qui a déjà repris ses droits depuis deux semaines. Essen, ce fut longtemps la plus grande ville de la Ruhr ; elle a été dépassée depuis quelques années en nombre d’habitants par Dortmund mais cela reste une cité de taille très comparable à celle de notre club favori. Et pourtant, malgré cette taille, le principal club local, le Rot-Weiss, possède un palmarès bien moins fourni que celui de notre BVB ou même que celui des Blauen de Gelsenkirchen, pourtant deux fois moins peuplée. Un titre, une Coupe et c’est un peu tout pour le Rot-Weiss qui a pourtant longtemps navigué entre première et deuxième division. Avant de connaître, comme beaucoup de clubs de la région, de graves problèmes financiers qui l’ont contraint à repartir, en 2010, en cinquième division. Depuis lors, les Essener tentent de remonter la pente mais c’est compliqué. Chaque saison, le président promet aux Fans un retour en Dritte Liga mais, généralement, le club déçoit et finit dans le ventre mou du classement, voire pire. Cette saison encore, les ambitions sont affichées puisque le slogan est « Zusammen Hoch 3, Essen will den Aufstieg » (Ensemble niveau 3, Essen veut la promotion).

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Ferveur made in Ruhrpott

Pour une fois, le Rot-Weiss n’a pas trop foiré son entame de championnat puisque le club partage la tête du classement avec le BVB avec trois matchs en sept points avant cette quatrième journée. L’adversaire du jour, c’est le Viktoria Köln, le troisième club dans la hiérarchie à Cologne, derrière l’immense Traditionsverein 1. FC, une institution dans la ville au même titre que le Dom ou le Karneval, et le Fortuna (Dritte Liga). Forcément, il est difficile d’exister face à pareille concurrence, avec en plus Leverkusen, en banlieue, et à peine plus loin, les très populaires Traditionsvereine Borussia Mönchengladbach et Fortuna Düsseldorf. Néanmoins, le Viktoria, grâce à quelques moyens financiers, fait également partie des candidats à l’ascension. On peut donc parler de choc au sommet en ce samedi ensoleillé dans le Pott.

Essen s’est récemment construit un nouveau stade de 20’000 places (avec possibilité d’agrandissement en cas de promotion par la fermeture des virages), juste à côté de son ancien stade dont les projecteurs subsistent encore dans le parking. C’est toujours un vrai plaisir de débarquer dans ces ambiances. Plus de 8’000 Fans ont fait le déplacement, maillots vintage et Kütten sont de sortie, il est difficile de trouver un fan qui n’arbore pas les couleurs rouges et blanches locales. Une Krakauer (saucisse) taille XXL, une bière locale (l’excellente Stauder, elle-aussi grand format), un match de foot allemand, une ferveur authentique, il en faut peu pour suffire à notre bonheur. En fait, on ressent même une petite pointe de jalousie et de nostalgie en découvrant cet engouement. Ici, on ne se soucie pas de trophées à gagner, de merchandising, d’invasion touristique (enfin, à part nous) ou de campagne de transfert à 115 millions d’euros. Non, c’est juste le plaisir de passer un samedi après-midi au foot avec une bière, une saucisse, des potes et de soutenir son équipe favorite, quelque soit son niveau.

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La douche froide

Le niveau, parlons-en. La Regionalliga, ce n’est pas la Königsklasse. Il y a beaucoup d’envie et d’engagement (forcément dans une telle ambiance), quelques joueurs de talent capables à tout moment de sortir un geste technique de classe mais aussi beaucoup de lacunes techniques, de mauvaises passes et de centres derrière le but (élément essentiel de l’ADN du foot allemand). En début de match, les fans sont plutôt conciliants et applaudissent chaque tentative, même si ça finit lamentablement en touche. Sauf que ce bel enthousiasme va vite être douché par l’ouverture du score précoce des visiteurs venus de Köln. Le Rot-Weiss va bien tenter de réagir, va rater quelques montagnes devant le but mais va complètement s’effondrer après avoir encaissé le 0-2 en début de seconde période. Au final, les locaux s’inclinent 0-4, forcément ça fait un peu tache pour un candidat déclaré à la promotion. Mais c’est un scénario assez classique en ligues inférieures allemandes, l’équipe locale a une telle envie de bien faire qu’elle a tendance à abandonner toute rigueur tactique dès qu’elle est menée au score et là les lacunes défensives apparaissent bien vite. Depuis la reprise en juillet, c’est déjà le troisième match auquel j’assiste avec un scénario identique, une équipe locale qui débute bien, encaisse un goal et s’effondre complètement, une fois en Dritte Liga à Magdeburg et deux fois en Regionalliga à Oberhausen et donc Essen.

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Les ennemis de nos ennemis sont nos amis

Néanmoins, les 8’000 fidèles du Stadion Essen seront à nouveau là aux côtés de leur équipe au prochain match, dans les bons comme dans les mauvais moments. Et on espère que cette équipe du Rot-Weiss parviendra à redresser la barre. Car ce public mériterait d’évoluer plus haut. Accessoirement, Essen fait plutôt partie des clubs amis du BVB ; cela n’a pas toujours été ainsi, il y avait forcément une certaine rivalité à l’époque où les deux voisins militaient ensemble en Bundesliga mais, depuis que nos premières équipes respectives ne sont plus régulièrement opposées, notre détestation commune (« les ennemis de nos ennemis sont nos amis ») pour ceux d’Herne-West nous a réunis. D’ailleurs, le Rot-Weiss et le BVB exploitent un Fanshop en commun proposant les articles des deux clubs à Essen. Dès lors, si notre deuxième équipe ne parvient pas à remporter cette Regionalliga West 2016-2017, on aimerait autant que ce soit le Rot-Weiss. Une chose est sûre, une conviction nous anime en attendant le S-Bahn dans le très sympathique arrêt d’Essen-Bergeboreck : nous n’avons pas fini d’arpenter ces stades de ligues inférieures du Ruhrpott pour te faire partager la passion authentique pour le football qui y règne.

Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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