Pour trouver un vrai Klassiker ce week-end dans le Pott, c’est à la Hafenstraße qu’il fallait se rendre pour le derby entre Rot Weiss Essen et son ennemi du Wuppertaler SV. Euphorique après sa victoire en amical contre le BVB, le RWE doit déjà déchanter après s’être fait surclasser par son éternel rival.

Au lendemain de l’ambiance touristique du Westfalenstadion et de la Supercup, c’est avec un immense plaisir que nous retrouvions une vraie atmosphère de football dans le Ruhrpott, authentique, passionnée, fidèle. Forcément, pour un match de Regionalliga West, il n’y a pas beaucoup de touristes, à part nous bien sûr. Mais il y a quand même plus de 10’000 fans dans les travées de l’Hafenstraße dont près de 2’000 visiteurs venus de Wuppertal. Oui, un club de Regionalliga (4ème division) attire plus de supporters que le champion de France en titre. La différence entre un pays qui possède une vraie culture de football et un autre qui préfère s’enflammer pour le délire financier sur une starlette brésilienne offerte par ceux-là même qui sont fortement soupçonnés d’avoir fomenté des attaques ignobles contre ses ressortissants il y a peu. Pas la même passion…

Comme on se retrouve…

Contrairement à l’an dernier, le Rot Weiss a affiché moins ouvertement ses rêves de promotion et de retour en Dritte Liga que mériterait largement (et même beaucoup mieux) un club capable de drainer régulièrement 10’000 fans en Regionalliga. Mais la victoire obtenue en amical contre le grand BVB (3-2) a forcément suscité bien des espérances dans le club du légendaire Helmuth Rahn. Mais le match nul concédé en ouverture de saison, toujours face au BVB, mais cette fois la deuxième équipe, au Rote Erde (2-2) a déjà un peu calmé l’euphorie du côté de la Hafenstraße. Le RWE espérait donc véritablement lancer sa saison en recevant son grand rival du Wuppertaler SV. Les deux villes ne sont pas tout à fait voisines mais la fréquence des rencontres sous haute tension entre les deux clubs, non seulement en championnat mais aussi en Niederrheinpokal (1/2 finale en 2017, remportée 3-2 par le RWE et finale en 2016, également gagné par le RWE 3-0) a exacerbé les tensions entre eux. C’est donc à un vrai Derby sous haute surveillance policière auxquels nous assistons.

Un but avant le néant

Le bilan d’avant-match : la bière, la Stauder, très bonne, la Currywurst, pas terrible, l’hymne du RWE, excellent.

Tout est en place et le match va débuter sur les chapeaux de roue : une faille béante sur le côté gauche de la défense de Wuppertal donne une bonne raison à Kevin Grund (d’accord, elle était un peu capillotractée celle-là) de s’infiltrer et d’ouvrir le marque pour le RWE. L’Hafenstraße explose : devant nous, les mecs sont complètement euphoriques comme s’ils étaient champions du monde, ça fait toujours plaisir de voir une telle passion pour un match de début de saison en Regionalliga. Mais ce sera bien leur seule raison de jubiler en ce dimanche après-midi ensoleillé. Certes, à trois reprises, les fans du RWE réclament un pénalty, dont au moins une fois semble t’il à juste titre, donnant l’occasion à nos potes devant nous de bien s’énerver. Mais sinon c’est Wuppertal qui a eu la maîtrise du match. Les visiteurs auraient déjà pu égaliser avant la pause mais deux coups de tête sur la latte, un sauvetage sur la ligne et un miracle du gardien permettent au Blanc Rouge Manger d’atteindre la mi-temps sur un 1-0 flatteur.

La différence

C’est donc tout à fait logiquement que le WSV va égaliser en début de seconde mi-temps sur un corner repris au deuxième poteau par Christopher Kramer (rien à voir avec le champion du monde amnésique). Les visiteurs n’allaient pas s’arrêter en si bon chemin et, moins d’un quart d’heure plus tard, le centre-avant Kevin Hagemann rate sa reprise mais l’apathie de la défense d’Essen est telle qu’il a le temps d’armer une volée pour donner l’avantage à son équipe. Devant nous, les fans du RWE s’énervent toujours, tapent sur leur siège, se prennent la tête à deux mains, se lancent dans de grandes explications indignées, cette fois-ci non plus contre l’arbitre mais contre leurs propres joueurs, incapables de se procurer la moindre occasion d’égaliser. Ah si, il y a bien eu un tir sur la latte mais l’arbitre avait omis de laisser l’avantage et sifflé un coup-franc, donc le but n’aurait de toute façon pas compté. Le match est âpre, un vrai derby, les cartons pleuvent et c’est un vrai miracle que les deux équipes terminent à onze contre onze. Wuppertal prend un malin plaisir à faire durer le suspense jusqu’au bout en galvaudant deux balles de contre immanquables. Ce n’est finalement que dans les arrêts de jeu que le WSW inscrit le but de la sécurité sur une nouvelle reprise manquée d’Hagemann dont cela paraît être la spécialité. Mais cette fois, ce raté se transforme en feinte géniale, ce qui restait de la défense du RWE est dans le vent et Davide Leikauf inscrit tranquillement le but de la sécurité, 1-3 score final.

La douche froide

C’est du délire dans le bloc de Wuppertal : la revanche est prise sur cette demi-finale de Niederrheinpokal perdue en mai à domicile contre le RWE. Nos amis d’Essen euphoriques du début sont passés au stade de la consternation résignée, c’est dingue comment un simple match de football peut faire passer par tous les états d’âme. Le seul truc resté constant, ce sont les cartons de bières qui ont défilé à intervalles réguliers devant nous durant toute la partie. Mais c’est sûr qu’avec ce qu’il a présenté dimanche, le Rot Weiss ne devrait pas postuler à un retour en Dritte Liga cette saison. Ni à une surprise en Coupe d’Allemagne ce week-end pour un choc très attendu contre le Borussia Mönchengladbach. Bien sûr, chaque match a sa propre histoire mais, au vu de sa performance contre Wuppertal, le RWE ne paraît pas en mesure d’inquiéter un ténor de la Bundesliga. En revanche, Wuppertal a fait forte impression en dominant pareillement son grand rival, il aura peut-être un rôle à jouer dans cette Regionalliga West 2017-2018 qui s’annonce passionnante avec, outre Essen, Wuppertal et BVB II, quelques grands noms du foot allemand : Aachen, Oberhausen, Uerdingen, Wattenscheid ou le champion sortant Viktoria Köln. On essaiera d’aller voir de temps en temps des matchs et de t’en rendre compte car, tu l’auras compris, ces matchs de Regionalliga West, et même si le niveau de jeu n’est franchement pas terrible, ce sont toujours des atmosphères sympathiques, une vraie plongée au cœur de la passion authentique du football dans le Ruhrpott.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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