Ce week-end de Supercup nous offrait l’occasion d’une petite orgie de football (de Currywurst et de bières…) dans le Ruhrpott. Et quoi de mieux pour débuter ce périple qu’un klein Revierderby entre Duisburg et Bochum pour célébrer le retour de la Zweite Liga au Wedau ?

En Allemagne, la Bundesliga est la ligue qui reprend le plus tard l’été. En effet, trois bonnes semaines avant la reprise de la Buli, dès la fin du mois de juillet, les divisions inférieures, Zweite Liga, Dritte Liga, Regionalliga etc. sont déjà à pied d’œuvre. Et c’est plutôt une bonne idée : pour les fans c’est quand même plus agréable le foot en août qu’en janvier, ça évite de jouer sur des terrains à la limite du praticable ou de multiplier les renvois de matchs. Dans d’autres contrées, il y a des fortes réticences à recommencer les championnats en pleines vacances mais en Allemagne, ce n’est pas un problème, bien au contraire : les affluences sont même plutôt en hausse, les fans aiment suffisamment leurs clubs pour caser leurs éventuelles vacances avant  la reprise et il y a un vrai enthousiasme pour ces matchs de divisions inférieures avant d’être gavés de foot à la télévision lorsque toutes les compétions ont repris leur droit.

Le train

Une autre institution extrêmement intelligente du football germanique, c’est d’offrir les transports publics avec le billet de match. Ainsi, ce week-end, nous avons pu sillonner le Ruhrpott en long et en large sans débourser un centime pour nos trajets. Et quand on parle de transports publics, ce n’est pas juste la ville où a lieu le match mais pour toute la région. Ainsi, nos billets de match du week-end nous offraient tout le réseau VRR (Verkehrsverbund Rhein-Ruhr), soit une surface allant de Mönchengladbach à Dortmund en passant par Düsseldorf, Bochum, Essen, Duisburg, Wuppertal, Krefeld, Gelsenkirchen etc. il suffit dans se contenter des Regio, des S-Bahn, des U-Bahn et des bus en évitant ICE et IC. Nous parcourons donc à l’œil la quarantaine de minutes séparant Dortmund, notre camp de base, à Duisburg avant qu’un bus nous emmène au stade du Wedau pour ce klein Revierderby entre Duisburg et Bochum. Comme le train passe par Bochum, il se remplit de fans du VfL qui côtoient ceux du MSV, à peu près aussi nombreux, sans animosité. Il y a une rivalité entre les deux clubs, numéros 3 et 4 dans la hiérarchie du Pott mais cela n’a rien à voir à la haine qui nous oppose aux Blauen d’Herne-West. Et c’est plutôt réjouissant car, avec mon maillot historique du MSV floqué Mihai Tararache, je ressemble presque à un vieux fan du MSV et je n’avais pas trop envie de m’embrouiller avec des Bochumer.

Le MSV

Après avoir quitté la Bundesliga en 2008 (dans une saison pourtant entamée par une victoire au Westfalenstadion) et joué sa dernière finale de Pokal (perdue contre Schalke) en 2011, le MSV Duisburg a connu de graves problèmes financiers en 2013. Un peu comme tous les clubs du Pott à un moment ou un autre de leur existence en fait. La mobilisation des supporters a pu éviter le pire et la disparition, le MSV a pu repartir en Dritte Liga et tente depuis de se reconstruire, lentement : retour en 2. Liga en 2015, relégation en 3. Liga l’année suivante et nouvelle promotion ce printemps au terme d’une saison 2016-2017 parfaite, avec le titre de champion de Dritte Liga et la victoire en Niederrhreinpokal contre le Rot Weiss Essen. Un vrai doublé Coupe-championnat ! Néanmoins, malgré l’euphorie de cette saison triomphale, le MSV paraît voué à lutter contre la relégation cette saison et sera sans doute tout content s’il peut éviter de faire une nouvelle fois l’ascenseur. L’adversaire du jour, le VfL Bochum, devrait se retrouver un peu plus haut dans le classement, même s’il ne fait pas partie des favoris pour la promotion en Bundesliga, tout au plus un outsider. Mais les deux clubs ont débuté la saison de manière similaire : par une défaite 0-1, plutôt honorable pour le MSV à Dresde, beaucoup plus ennuyeuse pour le VfL à domicile contre St. Pauli.

Ultras Liberi

Le match débute par un somptueux Choreo, en deux temps, réalisé par les fans des Zebras, la grande classe, avec un magnifique Ultras Liberi suivi d’une animation avec des drapeaux. En face, les supporters bochumer ont troqué leur habituel maillot bleu contre des t-shirt, histoire d’être sûrs de ne pas être confondus avec les locaux. 22’893 fans garnissent les tribunes du Wedau, la 2. Liga ce n’est pas toujours transcendant sur le plan du jeu, par contre l’ambiance est souvent meilleure et, malheureusement, beaucoup plus authentique que ce qu’est en train de devenir le Westfalenstadion. Dans les cinq premières minutes, Bochum s’installe résolument dans le camp des Zebras, manifestement décidé à faire oublier sa défaite inaugurale contre les Kiezkicker. Mais ce plan de jeu ambitieux va tomber à l’eau dès la 7e: sur sa première incursion au-delà de la ligne médiane, Duisburg ouvre le score sur une action simplissime : un long dégagement, une remise de la tête de l’athlétique centre-avant Simon Brandstetter pour le Bulgaro-Ukrainien Borys Taschy qui ouvre le score d’un tir précis avec l’aide du poteau.

La charge du Panzer

Simon Brandstetter, c’est le symbole de cette première mi-temps : un centre-avant puissant aux cheveux ras, qui a longtemps galéré dans les séries inférieures, limité techniquement mais avec un engagement de tous les instants, une envie permanente d’aller au duel et au pressing, bref un vrai Panzer à l’allemande qui pèse en permanence sur la défense adverse. Je trouve que ce genre de profil manque dans l’effectif actuel du BVB, un tel joueur, avec peut-être quand même un peu plus de qualité technique, offrirait davantage de possibilité à notre entraîneur, pour jouer en remise, créer des brèches et peser sur une défense adverse, surtout si elle est regroupée devant son but. Dans le sillage de son Panzer de l’attaque, les MSV va poser de gros problèmes à Bochum avant la pause par son engagement et sa débauche d’énergie. A trois reprises, Brandstetter impose sa masse athlétique pour placer des coups de tête qui inquiètent le gardien bochumer Riemann. Et juste avant la pause, c’est toujours Brandstetter qui reçoit une balle de but mais, cette fois, le ballon était dans ses pieds et il s’est montré beaucoup plus emprunté.

Coaching gagnant

Ismail Atalan, l’entraîneur du VfL, s’est bien rendu compte que son équipe n’y était plus du tout depuis l’ouverture du score et il décide de modifier son alignement avec l’entrée de Jannick Bandowski. Vous vous souvenez tous de Jannick, qui a passé cinq ans au BVB, en juniors, avec la deuxième équipe et qui a même été contingenté avec les Profis, effectuant plusieurs apparitions en amical mais jamais en Bundesliga. A 23 ans, il tente désormais de relancer sa carrière en Zweite Liga, d’abord à Munich 1860 et désormais à Bochum. Son entrée en jeu va bouleverser la face du match et son activité dans le couloir gauche va poser de gros problèmes aux Zebras. Les supporters, pourtant rivaux, ont à peine le temps de communier avec une belle unité pour insulter la DFB que Jannick Bandowski va se mettre en évidence. Il lui faut en effet moins de trois minutes pour égaliser d’un tir croisé qui laisse le gardien Flekken sans réaction. Les Zebras paraissent fatigués par la débauche d’énergie de la 1ère mi-temps, même le Panzer Brandstetter est moins actif au pressing et finira par céder sa place à l’idole locale Kingsley Onuegbu. A ce moment-là, on pensait que Bochum allait imposer sa supériorité technique et passer l’épaule. L’inquiétude gagne les fans du MSV : à notre droite, deux dames oscillent entre résignation fataliste et inquiétude fébrile, à notre gauche trois colosses se lancent dans des théories vocifèrantes à grand renfort de geste.

Tout le monde est content

Mais le VfL va céder à une certaine facilité. Tenter des talonnades dans la surface adverse en 2. Liga, c’est très joli mais pas forcément efficace. Danilo, Eisfeld et Mlapa ont certes eu le but de la victoire au bout du soulier mais, porté par le formidable public du Wedau, Duibsurg va s’accrocher et tenir le coup, à l’énergie dans un match âpre et intense. Et aurait même pu l’emporter en négociant mieux l’une ou l’autre balle arrêtée dans les dernières minutes. Au final, on en reste à un score nul qui satisfait à la fois tout le monde et personne. Duisburg peut regretter de n’avoir pas pu prendre plus d’un but d’avance en première mi-temps, Bochum de n’avoir pas su concrétiser sa supériorité en seconde mais, au final, les deux équipe se satisferont sans doute du point qui leur évite de débuter leur saison par deux défaites. En bilan, je confirme que le MSV devra s’accrocher pour se maintenir et serait bien inspiré de profiter de l’euphorie de la promotion pour engranger rapidement des points car l’effectif paraît limité, forcément quand ton Fuβballgott c’est Kevin Wolze …  Bochum est mieux armé en terme de qualité dans l’effectif : Riemann, Eisfeld, Losilla, Celozzi, Bastians, Mlapa, Bandowski, Hoogland, Robbie Kruse, Hinterseer et même l’ex-Milanais Merkel, c’est plutôt du costaud pour de la 2. Liga mais l’entraîneur Atalan, arrivé seulement en cours de préparation, a encore beaucoup de travail : car l’incapacité à prendre le jeu à son compte démontrée samedi n’est pas digne d’un aspirant potentiel à l’ascension en Bundesliga. Mais une chose est sûre : la saison de 2. Liga est bien lancée !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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