Pour qu’un week-end de football allemand soit pleinement réussi, il faut une victoire du BVB et une défaite de Schalke 04. Et comme on n’est jamais mieux servis que par soi-même, nous sommes allés en personne, au lendemain de notre victoire à Köln, nous assurer de la déconfiture des Blauen contre le Werder.

Nous l’avons déjà écrit à maintes reprises : il y a toujours un match de foot à voir quelque part dans le Ruhrpott. Alors quand ton équipe favorite a joué (et gagné) le vendredi soir à Köln, il faut bien trouver quelque chose à se mettre sous la pupille le samedi. Et en l’occurrence, en ce samedi de février, le match le plus croustillant, cela paraissait bien être ce Schalke – Werder. Nous traversons donc les banlieues nord de Dortmund, la ville d’Herne et nous nous retrouvons dans l’affreuse cité de Gelsenkirchen, antre de notre meilleur ennemi. Accessoirement, c’était sur notre chemin puisque nous avions prévu une soirée d’illuminations au Grugapark d’Essen, endroit fort sympathique au demeurant… Mais ce n’est pas le sujet.

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Eloge des Blauen (…)

Je te vois arriver : mais qu’est-ce que vous êtes allez foutre à Herne-West ? En fait, j’aime bien aller à Gelsenkirchen, hors contexte sulfureux du Derby. Si, si… Car, si nous nous détestons avec les Blauen, nous nous ressemblons quand même beaucoup, bien plus qu’aucun d’entre vous ne voudra jamais l’admettre. Autant je m’ennuie à mourir dans des ambiances de clients snobinards style Barcelone, Bayern ou Arsenal, autant je retrouve chez les affreux une ferveur qui rappelle celle du Westfalenstadion. Avec peut-être même une petite pointe d’authenticité que nous avons perdue avec la hype BVB qui a suivi notre finale en Ligue des Champions. Je constate d’ailleurs avec consternation que, lorsque la Nordkurve des Blauen se met à sautiller, il y a plus de répondant qu’il y en avait ces derniers matchs dans notre cher Südtribüne. Et pourtant, j’y reviendrai, ce n’est pas la performance de leur équipe qui les a poussé à sauter de joie.

Des nouveaux amis…

Avant de partir pour GE, il a bien sûr fallu procéder à un patient travail vestimentaire pour ne rien emporter qui pourrait trahir nos attaches partisanes jaunes et noires. Ni t-shirt, ni pull, ni gants, ni bonnet, ni porte-monnaie, ni chaussette, ni briquet, ni veste, ni chaussure du BVB. Cela a été compliqué mais nous y sommes parvenus ! Nous débarquons donc incognito dans la ville aux mille feux. Et du coup, l’accueil est chaleureux. Nous prenons le tram et les pseudos-touristes que nous sommes sont immédiatement pris en sympathie par un fan quinquagénaire des Blauen qui nous raconte les origines de son club, nous montre leur premier stade et nous sert de guide. On se contente de hochements de tête polis, par peur de trahir, verbalement, nos préférences car, pour l’avoir déjà expérimenté, il suffit que, d’une manière ou d’autre, le mec qui t’accueille si gentiment devine que ton cœur est borusse pour qu’il se ferme comme une huître et paraisse sincèrement déçu et blessé. Et nous on préfère répandre la joie et la bonne humeur autour de nous. Mais cela nous a fait tout bizarre de traverser en tram la Schalke Meile, la rue des Knappenkneippen, parfois des maisons entièrement décorées aux couleurs de Null Vier, sans entendre voler contre les vitres pierres et bières. Ce qui était notre lot lorsque nous traversions dite Meile avec les cars du BVB escortés de policiers. Avant que la maréchaussée ne décide de modifier l’itinéraire des convois schwargelbe pour éviter ce quartier sensible.

Pour vivre heureux, vivons cachés

C’est bien plus paisible pour ce match contre le Werder. En fait, on retrouve le même accueil que l’on recevait il y a une dizaine d’années à Dortmund : les fans étaient fiers et heureux de rencontrer des gens venus d’aussi loin pour voir leur club, qui était à l’époque un peu rayé de la carte de monde footballistique. Alors qu’aujourd’hui, depuis la hype Ligue des Champions, notre stade a été infesté par tellement de touristes venus se faire mousser et prendre des selfies avec des billets acquis illégalement sans respecter les traditions et les valeurs de notre club que l’accueil au Westfalenstadion est beaucoup plus méfiant. Et il faut montrer patte blanche sur la sincérité de son attachement schwarzgelb pour se faire adopter. Alors que les Blauen ont eu la « chance » de faire des résultats suffisamment mauvais pour éviter l’invasion touristique et encore considérer comme une fierté que des gens puissent parcourir autant de chemin pour voir leur club oublié des dieux. S’ils savaient…

Faible Schalke

L’avant-match voit défiler des images de mineurs sur l’écran géant. Nous devrions presque en prendre de la graine, cela rappellerait à ceux qui l’ont oublié ou ne le savent pas qui nous sommes, d’où nous venons et quelles sont nos valeurs. Promis, j’arrête là les dithyrambes sur notre rival de toujours. Car ensuite, il y a eu le match. Et c’est avec plaisir que nous constatons que Schalke est faible. Très faible. Notre BVB n’a pas toujours été très bon ces derniers temps mais, franchement, on n’a juste pas le droit de terminer derrière ces Blauen là. C’est toujours infamant de terminer une saison derrière eux mais derrière ce Schalke 2017-2018 ce serait une honte. Après avoir vu cette parodie de football, j’ai quand même l’impression que Leipzig, Leverkusen et même Francfort ou Mönchengladbach seront des rivaux plus sérieux dans la course aux trois places encore disponibles pour la Königsklasse. Car, en première mi-temps, il ne se passe presque rien. C’est même Brême qui possède davantage le ballon et domine territorialement, même si c’est terriblement stérile offensivement. Et pourtant, sans n’avoir rien montré, Schalke va arriver à la pause avec un but d’avance sur une frappe complètement anodine de Konoplyanka sur laquelle le gardien brêmois Pavlenka joue les savonnettes et laisse échapper la balle dans son but. Un vrai but gag mais il fallait cela pour voir les Knappen marquer.

Le traître Goretzka

L’entraîneur Tedesco a dû s’en rendre compte et il décide d’introduire à la mi-temps son meilleur footballeur, Leon Goretzka, accueilli par les huées de la Veltins Arena pour son prochain transfert au Bayern, sans indemnité puisqu’il a refusé de prolonger son contrat à Herne-West. On l’a déjà dit : on se ressemble avec les Blauen : nous avons les mêmes difficultés à conserver nos meilleurs joueurs et la même réaction courroucée envers ceux qui ne respectent pas le maillot. Mais, nous, au moins, cet hiver, on a touché plein de fric pour laisser partir l’indésirable et nous n’aurons pas à supporter sa présence tout le 2e tour. Mais gageons que Leon Goretzka va trouver le temps long ce printemps… Néanmoins, son entrée en jeu améliore un peu la jouerie des Blauen et le match s’anime. Pavelnka se rachète un peu de sa bourde en sauvant deux fois, dont une devant Naldo, légende du Werder aujourd’hui à Null Vier. Et Di Santo, en position idéale, rate tellement sa frappe qu’elle va mourir dans l’angle du terrain. Le supporter de l’équipe de Suisse que je suis me fait un peu de souci en voyant notre attaquant vedette, Breel Embolo, rester sur le banc, vu la faiblesse de l’offensive königsblaue. Je tente de réclamer son entrée (nous avons descendu quelques Veltins…) avec la fameuse chanson Embolo-Embolo-Embolo qui nous avait permis d’éteindre le fantomatique public français lors d’un France – Suisse à Lille lors du dernier Euro, en vain. Les Knappen ne doivent pas connaître la chanson. Pourtant, les paroles ne sont pas spécialement compliquées…

Le tournant du match

On a toutefois longtemps pensé que, malgré cette performance peu glorieuse, Schalke allait prendre les trois points. Car Brême, bien que courageux et volontaire, paraissait terriblement limité offensivement. Mais, à un gros quart d’heure de la fin, Nastasic, déjà averti sévèrement en première mi-temps, écope d’un deuxième carton, entièrement mérité celui-là. A dix contre onze, les Blauen auraient peut-être pu tenir si leur gardien Fährmann ne s’était pas troué sur le coup franc d’Augustinsson suivant l’expulsion, offrant l’égalisation à Max Kruse. Les Werderaner ont alors entrevu l’opportunité d’aller remporter trois points très précieux et se sont rués à l’attaque pour tenter d’inscrire le deuxième. Cette soudaine audace aurait pu être punie mais la frappe de Pjaca s’écrase sur le poteau. Schalke venait de laisser passer sa chance.

Schadenfreude

Car, au bout du bout des arrêts de jeu, le Werder va arracher une victoire inespérée. Un placement catastrophique de l’axe centrale des Knappen ouvre un boulevard à Eggestein, lequel se heurte à la sortie kamikaze de Fährmann (ce n’était pas la journée des gardiens). Junozovic a bien suivi et inscrit le but de la victoire, Schalke n’ayant même pas le temps de réengager. Je m’étais plus ou moins bien tenu jusque-là mais je ne peux m’empêcher d’exulter avec les fans du Werder à côté de moi. Oui, je sais, ce n’est pas charitable de rire du malheur des autres mais un but encaissé par les Blauen à la dernière seconde, cela vaut quand même un petit accès mesquin de Schadenfreude. Et en plus, cette victoire brêmoise 1-2 couplée avec notre succès de la veille à Köln, nous permet de repasser devant S Null Vier. Cela valait bien un déplacement dans l’antre de notre meilleur ennemi, non ?

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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