Sur la pelouse des Schanzer d’Ingolstadt, le BVB a fait honneur à l’aigle qui lui sert d’emblème en nous jouant pendant une heure un remake d’Eddie the Eagle aux JO de Calgary en 1988. Affligeant. Et la réaction finale qui nous permet de sauver un point ne fait qu’ajouter à notre frustration : avec un minimum de sérieux et d’envie, ce match aurait dû être gagné sans coup férir.

Je m’étais toujours demandé pourquoi le surnom d’Ingolstadt était les Schanzer (tremplins), alors que, 60 kilomètres au nord de Munich, au milieu des mornes plaines de Bavière, il n’y a pas l’ombre d’une montagne à des lieux à la ronde. Je crois avoir eu un début de réponse en ce samedi. Déjà, nous perdons près de 20 degrés au thermomètre par rapport au match disputé à Lisbonne quatre jours plus tôt. Ensuite, le seul Biergarten avoisinant le stade ressemble davantage à un chalet d’Après-Ski d’Ischgl qu’à un Biergarten de Bundesliga.

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Eddie the Eagle

Et le sponsor principal des Schanzer est également très présent lors de la Vierschanzentournee austro-allemande (Tournée des Quatre tremplins). Les stands d’animation de cette célèbre marque d’électroménager devant l’Audi Sportpark étaient identiques à ceux du Große Olympiaschanze de Garmisch-Partenkirchen, à l’autre extrémité de la Bavière, où j’avais eu la chance de rencontrer, il y a 3 ans, un Premier de l’An à 11h du matin pour la première bière de la nouvelle année, juste avant le Neujahrsspringen, cette légende du sport mondial qu’est Eddie the Eagle. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de Michael Edwards, cet Anglais déjanté qui s’était mis en tête de participer aux Jeux Olympiques de Calgary en saut à ski, alors même qu’il n’avait quasiment aucun entraînement dans la discipline. Et qui forcément s’était distingué par des sauts ridicules, finissant bon dernier aux deux concours, d’où le surnom d’Eddie the Eagle que lui avait attribué un speaker un peu taquin.

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Les mauvais choix de Tuchel

Eh bien, la première mi-temps de nos Jungs était tellement ridicule qu’elle m’a fait penser aux exploits d’Eddie the Eagle ! Sauf que là on n’avait pas affaire à un Anglais sans le sou qui tentait d’honorer un pari perdu après avoir bu trop de pintes avec ses potes à Cheltenham mais à des divas millionnaires qui rêvent de gagner la Ligue des Champions et de jouer au Real ou à Barcelone. Thomas Tuchel avait aligné une équipe très offensive. A priori, le but était d’exploser rapidement une équipe d’Ingolstadt dernière du classement et toujours sans victoire. Mais il a dû échapper à notre entraîneur que cette équipe ne jouait pas si différemment que la saison dernière où elle avait été l’une des bonnes surprises de la Bundesliga. C’est toujours le même jeu compact, solidaire et direct, les Schanzer doivent juste digérer le départ de leur entraîneur autrichien à succès Hasenhüttl et de plusieurs joueurs clés et retrouver l’euphorie, la confiance et la réussite de la saison dernière. Et, comme nous le redoutions, après cinq premières minutes encourageantes, notre plan de jeu téméraire va voler en éclat après l’ouverture du score adverse.

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Iah-Iah-Iah-Ho

En début de semaine, Hans-Joachim Watzke a annoncé que la suppression – controversée – de la plupart des entraînements publics avait pour but d’éviter tout risque d’espionnage par nos adversaires. Mais a priori, ces derniers n’ont pas besoin d’introduite subrepticement une caméra à Brackel pour constater que nous n’entraînons pas – ou très mal – les balles arrêtées. Résultat : trois balles arrêtées pour les Schanzer, deux buts, quasiment identiques dans l’absence d’opposition dortmundoise, par Cohen du pied et Lezcano de la tête, et entre les deux une bicyclette d’Hinterseer miraculeusement sauvée par Weidenfeller quelques millimètres devant sa ligne. Je t’assure que, quand tu te coltines un aller-retour de 1200 kilomètres dans la journée pour voir un spectacle aussi affligeant, les Iah-Iah-Iah-Ho tyroliens du Torhymne des Schanzer ne font pas rigoler du tout.  Ce n’est pas un mauvais rêve : nos stars qui postent des selfies avec Cristiano Ronaldo se sont longtemps fait tourner autour par une équipe qui utilise ce truc[1] pour célébrer ses buts !

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La passivité de Tuchel

Alors qu’à Lisbonne on l’avait vu très actif et excité le long de la touche, Thomas Tuchel est demeuré passif et prostré sur son banc toute la première mi-temps. Comme s’il était satisfait de notre « performance » ou alors qu’il ne jugeait pas ce match suffisamment important pour qu’un entraîneur de son standing ne daigne donner quelques consignes. Watzke déclarera plus tard dans la soirée sur ZDF que le Real Madrid avait un œil sur notre coach alors que Rainer Calmund, l’ancien manager à succès de Leverkusen, en fait déjà le successeur de Jögi Löw en Nationalmannschaft. Qu’il y aille si c’est pour nous proposer la même tambouille indigne qu’à Ingolstadt. Pourtant, alors que son 4-1-3-2 d’apprenti-sorcier prenait l’eau de toute part et n’était manifestement pas compris des joueurs, Thomas avait 2-3 choses à recadrer, non ?

 

Le néant

Sur le flanc gauche, d’où sont venus les deux buts, c’était une erreur d’associer un Park à court de rythme et de compétition avec un Dembelé perdant énormément de ballons par nonchalance et guère enclin au repli défensif. C’était pire à droite, puisque Piszczek était seul et souvent en difficulté à la relance, faute de solution puisque Castro, Kagawa, Ramos et Aubemeyang s’entassaient sur cinq mètres carrés dans l’axe, alors qu’il aurait fallu étirer la défense bavaroise pour profiter de la lenteur d’une charnière articulée autour du vétéran Marvin Matip. Weigl lui était trop esseulé à mi-terrain pour filtrer les contres adverses alors que notre charnière centrale n’offrait aucune couverture et multipliait les relances dangereuses. Quant à l’agressivité et à l’envie, elles étaient simplement aux abonnés absents. Finalement, les seuls à échapper à la critique en 1ère mi-temps sont le revenant Weidenfeller, auteur de trois parades pour nous garder dans le match et sans bourde sur quelques passes en retrait vénéneuses de ses coéquipiers (le but encaissé à Lisbonne n’a pas servi de leçon) et les fans qui n’ont jamais cessé d’encourager leurs Jungs, malgré leur performance et leur manque évident d’envie. Il y a bien eu quelques grognements désapprobateurs mais aucun sifflet, même s’il fallait un peu nous forcer pour chanter « unser ganzes Leben, unser ganzes Stolz » car nous n’étions pas vraiment fiers de notre BVB. Finalement, le seul point positif, c’est que, malgré un décompte d’occasions de 6-1 (un seul tir lointain de Castro pour nous) en faveur d’Ingolstadt, il n’y avait que 2-0 à la pause.

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En mode Gibraltar

On essayait de se rassurer en nous disant qu’en deuxième mi-temps, nos Jungs allaient attaquer face à nous, en Nordtribüne, sur ce même but où nous avions inscrits quatre buts en seconde période la saison dernière. Et effectivement, ce sera un peu mieux après la pause. Les entrées de Pulisic puis Götze permettent enfin d’étirer la défense adverse. Aubameyang marque le but de l’espoir de la tête sur centre de Dembélé mais, sur l’engagement Dario Lezcano redonne deux longueurs d’avance aux Schanzer sur un centre de Florent Hadergjonaj. Pour situer, Lezcano était indésirable en Suisse après quelques démêlés avec le corps arbitral et Hadergjonaj venait tout juste d’y obtenir une place de titulaire avant de partir pour l’Allemagne. Le championnat helvétique doit être terriblement fort si l’un de ses recalés et l’un de ses espoirs peuvent aussi facilement tromper la défense d’un prétendant au titre en Bundesliga… On s’était tous moqué des amateurs de Gibraltar et du but encaissé récemment d’entrée de jeu contre la Belgique en qualifs de la Coupe du Monde mais, sur le coup, nos Jungs n’ont pas meilleure mine. Ils passeront tout près du KO lorsqu’Hartmann, oublié par la défense, part seul au but et ajuste le poteau.

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La réaction, enfin…

C’était le tournant du match car nos Jungs vont enfin rentrer dans leur match. La domination du BVB devient constante. C’est un peu brouillon car Ingolstadt est dans son schéma de jeu favori avec huit joueurs qui défendent sur leurs seize mètres et nos louches dans un espace resserré sont souvent dégagées, parfois très haut (puisqu’il y a des collectionneurs parmi vous, un ballon est resté sur le toit de l’Audi Sportpark). Néanmoins, Adrian Ramos parvient à égaliser après une partie de billard dans la défense bavaroise. Le BVB pousse, follement encouragé par des fans qui ont tiré un trait sur l’indigence de la 1ère mi-temps dans l’espoir d’aller chercher une victoire improbable. On croit au but sur un tir de Passlack qui partait dans la lucarne, juste devant nous, mais tout à coup surgit la main du gardien Nyland pour sortir la balle. Le portier des Schanzer réussit un nouvel arrêt de classe devant Götze et quand il est battu c’est Hadergjonaj qui sauve sur sa ligne. Mais, finalement, cette pression va finir par payer sur un coup de tête de Piszczek repoussé par Nyland sur Christian Pulisic qui égalise à la 91e. Trois minutes plus tard, Pierre-Emerick Aubameyang sera même tout près de nous offrir une victoire miraculeuse mais son coup de tête passera à quelques centimètres de la lucarne.

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Wir wollen den Derbysieg !

Peut-être que, pour un spectateur neutre dans son salon, c’était joli à voir mais pour les deux fans des camps il y a beaucoup de frustration au coup de sifflet final avec ce 3-3. Pour les Schanzer, celle ne pas avoir tué le match pendant la longue période d’inertie de nos Jungs, pour les Borussen d’avoir montré en 25 minutes à quel point les trois points étaient largement prenables si nous avions joué d’entrée avec la même intensité. D’ailleurs, lorsque nos joueurs sont venu nous saluer, il n’y eut point d’ovation ni de ola, juste des points rageurs brandis au ciel sur le « wir wollen den Derbysieg » en guise d’avertissement : nos Jungs ont des choses à se faire pardonner et on ne tolérera pas une entame de match aussi dilettante dans la rencontre la plus importante de la saison. Mais auparavant, il s’agira de ne pas se louper contre Union Berlin en Pokal, probablement la seule compétition que nous pouvons espérer gagner cette saison. Car Eisern Union (Union de fer), le club des cheminots de Berlin-Est, a inscrit dans son ADN une longue histoire de résistance contre la redoutable Stasi et le régime communiste est-allemand, ses joueurs, survoltés par l’appui de 10’000 fans au Westfalenstadion, ne seront pas impressionnés par la qualité de notre effectif et vont jouer le match de leur vie. Si on entre dans le match comme à Ingolstadt, il y aura danger. Thomas Tuchel serait bien inspiré de passer en boucle à ses joueurs les images du Eisern Union de Nina Hagen repris par des dizaines de milliers de Köpenicker en finale de Pokal 2001 contre Schalke  dans le vieil Olympiastadion pour leur faire comprendre la menace[2]. Wir aus dem Osten geh`n immer nach vorn Schulter an Schulter für Eisern Union Hart sind die Zeiten und hart ist das Team Darum siegen wir mit Eisern Union…   (Nous de l’Est nous allons toujours de l’avant coude à coude pour l’Union de Fer, durs sont les temps et dure est l’équipe c’est pourquoi nous allons gagner avec l’Union de Fer…)

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Les temps sont durs

Mon trajet de retour m’amène à passer devant l’Allianz Arena où vient de débuter le Topspiel entre le Bayern Munich et le Borussia Mönchengladbach. Mais je n’ai aucune envie d’écouter le match à la radio ni de spéculer sur le meilleur résultat pour nous. Car, dans le contexte actuel, avec une équipe aussi inconstante, il serait indécent de parler de Meisterschale. Nos problèmes, je les avais identifié en début de saison, j’aurai 1000 fois préféré avoir tort, mais malheureusement nos craintes s’avèrent fondées : une préparation bâclée par le tournée en Asie d’où un grand flou tactique et un manque d’automatismes (les blessés n’ont pas aidé mais cela n’explique pas tout), un recrutement trop glamour et pas assez équilibré, trop des joueurs qui ne s’identifient pas au club et à ses valeurs, le mise à l’écart des figures emblématiques et des guerriers… Sur nos six dernières mi-temps de Bundesliga, quatre ont été catastrophiques (les deux à Leverkusen et les premières contre Hertha et Ingolstadt) et deux ont permis des remontées au score à l’énergie mais sans grande maîtrise tactique (les deuxièmes contre l’Alte Dame et les Schanzer). Nous pouvons faire un premier bilan au quart du championnat et le compte n’y est pas puisque, à l’heure actuelle, nous arrachons tout juste une place en Europa League. Pourtant, notre calendrier était réputé plutôt favorable : jusque-là, nous n’avons accueilli aucun ténor de la Bundesliga, alors que nos trois prochains Heimspiel le seront contre des grosses cylindrées (Schalke, Bayern et Gladbach). Et nous n’avons accompli que des déplacements dans l’ambiance feutrée de Werksklubs alors que les trois matchs suivants à l’extérieur le seront dans l’atmosphère bouillante de Traditionsvereine (Hambourg, Francfort et Köln) qui ne nous ont pas réussi ces dernières années. Le temps est désormais compté pour que notre entraîneur trouve des solutions, sinon cette saison va être celle de toutes les frustrations avec une équipe au potentiel et aux qualités incroyables mais qui ne les exprime que par intermittence.

Julien Mouquin

[1] https://www.youtube.com/watch?v=yPDttsYjO08

[2] https://www.youtube.com/watch?v=TCrCRez2CcM

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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