Le BVB s’est incliné 4-1 à Munich contre le Bayern. Ce sont des choses qui arrivent, nous pouvons vivre avec une défaite. C’est la manière qui interpelle car elle est révélatrice des profonds malaises qui habitent actuellement notre club : malaise sur le recrutement, malaise sur l’entraîneur et le système de jeu, malaise sur l’attitude des joueurs, malaise sur la cohésion du groupe et malaise sur le rapport avec les supporters.

Nous le rappelons à chaque duel entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund : seuls ceux qui n’ont découvert que récemment la Bundesliga et n’en connaissent aucun des codes parlent de Klassiker pour cette affiche mais cela ne rime à rien. Dans les temps héroïques des Gauliga et des Oberliga, le club dominant en Bavière c’était le 1. FC Nürnberg et dans le Ruhrpott Schalke 04. Le Bayern et le BVB n’étaient pratiquement jamais amenés à se rencontrer car ils ne jouaient pas dans le même groupe régional et ne se qualifiaient que rarement pour les finales nationales. Quand le BVB a commencé à tutoyer les sommets dans les années 1950 et 1960, le Bayern n’était encore qu’un club insignifiant qui vivait dans l’ombre du grand club historique de la capitale bavaroise, 1860 München. D’ailleurs, celui qui deviendra plus tard le Rekordmeister ne fait pas partie des 18 clubs fondateurs de la Bundesliga en 1963, ce qui suffit à lui dénier l’étiquette de Traditionsverein. Le FCB a commencé à truster les sommets du foot allemand dès la fin des années 1960 avec la génération Beckenbauer mais c’est alors Dortmund qui avait disparu des avant-postes et même de la Bundesliga pendant quatre saisons, miné par des problèmes financiers et impacté par les crises du charbon et de l’acier qui ont durement frappé la ville. Les premiers rivaux du grand Bayern des années 1970 furent les éternels ennemis rhénans, Köln et surtout Mönchengladbach. Dans les années 1980, la contestation à la suprématie bavaroise venait surtout du Nord, avec Brême et Hambourg, voir, par intermittence, de Kaiserslautern. Il faut attendre l’ère Hitzfeld au milieu des années 1990 pour voir naître un début de rivalité entre le Bayern et le BVB. Et encore : lors du titre de 1995, le Bayern fut tout content d’offrir le titre au Borussia en battant son rival brêmois dans la dernière journée. Et en 2002, c’est au détriment de Leverkusen que le BVB a conquis le Meisterschale. Il n’y a guère qu’en 1996 que nous avions ravi le titre au Bayern. Puis vinrent, à nouveau, les problèmes financiers qui contraignirent le Borussia à rétrograder dans la hiérarchie et à laisser Leverkusen, Schalke, Brême ou Stuttgart s’imposer comme principaux rivaux du Bayern. En 2011, le dauphin du BVB champion d’Allemagne fut le Bayer et non le Bayern. Ce n’est donc qu’à partir de 2012 que Bavarois et Dortmundois ont commencé à se disputer régulièrement titres, finales et trophées. Dès lors, parler de « Klassiker » pour une pseudo-rivalité somme toute récente est un abus de langage qui n’est utilisé que par ceux qui ne connaissent rien à la Bundesliga, à son histoire, à ses traditions et à ses usages, et tentent de masquer leur ignorance en important des concepts dépourvus de pertinence venus du championnat espagnol.

De génie tactique à apprenti sorcier

Je poursuis le cours d’histoire car je ne suis pas trop pressé de parler de ce match misérable de nos Jungs. J’ai découvert – et une bonne partie de l’Allemagne aussi – Thomas Tuchel en 2010 lors d’un Bayern – Mainz que j’étais allé voir après quelques jours passés à la Wies’n (Oktoberfest pour les touristes). On rappelle le contexte : le successeur de Jürgen Klopp à Mayence, le Danois Jørn Andersen, était parvenu à ramener le club en Bundesliga au printemps. Mais, ensuite, il a imposé à son équipe une préparation physique tellement exigeante qu’il a envoyé la moitié de l’effectif à l’infirmerie avant même le début de la saison. Il s’est fait virer avant même la reprise du championnat suite à une défaite en Pokal contre une quatrième division. Mainz décide alors de le remplacer par un jeune inconnu, Thomas Tuchel, sans aucun passé de joueur et sans référence comme entraîneur, sinon en juniors. Il faut dire que personne ne se bousculait pour reprendre un effectif décimé auquel tous les connaisseurs promettaient l’enfer et la relégation. Mais le miracle opère : le jeune Tuchel impose un jeu simple, dynamique et enthousiaste, le boys band Risse, Holtby, Schürrle et Szalai marche sur la Buli, le Karnevalsverein débute sa saison par cinq victoires et débarque donc en leader sur la pelouse du grand Bayern, bien décidé à remettre l’impertinent Mainz à sa place. Tuchel ne dit pas autre chose : il déclare vouloir aller à Munich en garant l’autobus devant le but pour limiter les dégâts. C’était du bluff et l’expérimenté Louis van Gaal, alors à la tête du Bayern, se laisse complètement duper : Mainz débarque avec un pressing offensif ultra-agressif et bouscule le Rekordmeister comme rarement il ne l’a été sur sa pelouse pour s’imposer logiquement 2-1 avec des buts d’Allagui et Szalai. Toute l’Allemagne s’émerveille alors sur ce jeune entraîneur sorti de nulle part qui a fait d’une équipe de sans-grades un leader capable d’aller surclasser le club le plus titré du pays sur sa propre pelouse. Finalement, la série victorieuse du Karnevalsverein s’arrêtera à sept succès consécutifs et Mainz rentrera ensuite dans le rang pour laisser le BVB de Jürgen Klopp filer vers le Meisterschale. Mais, en quelques semaines, le jeune Thomas Tuchel est passé du statut d’illustre inconnu à celui d’entraîneur miracle et maître tacticien. Sept ans plus tard, Tuchel a pris du galon, il est désormais à la tête de l’un des plus grands clubs d’Europe mais il semble avoir perdu son génie tactique. Le maître tacticien des débuts est devenu un apprenti sorcier dont les schémas tactiques ne surprennent plus personne, à part peut-être ses propres joueurs.

Sans passion

Très sincèrement, nous n’étions pas très optimistes en partant aux aurores pour la Bavière. Nous tentons de nous donner du courage en démarrant très tôt avec les premières bières, que nous alignons à un rythme infernal, et en enchaînant les chants de victoire, les Toten Hosen crient en boucle que nous n’irons jamais au Bayern München, alors que notre bus se remplit de fans en traversant les somptueux paysages du Heidiland, là où le BVB prépare ses saisons quand il décide de ne pas sacrifier sa préparation pour une tournée commerciale au bout du monde. C’est un peu triste à dire mais en ce moment c’est l’état d’esprit qui prédomine dans le peuple jaune et noir : quitte à aller voir une défaite, autant en profiter pour partager des moments de fête et d’amitié autour de notre passion commune. A notre arrivée devant l’affreux pneu renversé de l’Arroganz Arena, nous rejoignons un ami abonné du Bayern dans l’unique Biergarten bordant ce tombeau sinistre. Cela fait toujours plaisir de parler avec un vrai fan du Rekordmeister et non pas avec les footix pseudos supporters qui polluent les réseaux sociaux et nous bassinent avec l’«ambiance fantastique » du Bayern. Car l’ambiance au Bayern est faible, l’une des pires d’Allemagne, les supporters bavarois le reconnaissent eux-mêmes. Il faut dire que la configuration du stade, avec beaucoup de sièges VIP, et très peu de places debout, n’y aide pas. Le prix du succès et d’un budget colossal. En plus, les fans du Bayern sont blasés et gavés de titres. Même si elle ne constitue pas un Klassiker, Bayern – Dortmund reste une affiche prestigieuse mais elle n’a pas réussi à faire sortir l’Allianz Arena de son silence. Seul le minuscule kop bavarois a tenté de distraire le stade de sa torpeur, le reste du public est resté muet, à part pour crier le nom des buteurs et pour une tentative, vite avortée, de « oh wie ist das schön » à dix minutes de la fin, alors que le public quittait déjà en masse les travées.

Génération désenchantée

D’habitude, nous sortons de l’Allianz Arena en pouvant toujours nous consoler avec la certitude que gagner autant de titres dans une ambiance aussi sinistre ne nous intéresse pas. Mais actuellement, ce n’est guère mieux chez nous. Il y a bien eu quelques poussée en première mi-temps mais sinon l’ambiance est restée bien faible en Gästeblock. Il est paru un article intéressant cette semaine, que nous te traduirons prochainement, sur l’excellent schwatzgelb.de pour expliquer la détérioration de l’ambiance au BVB ; notre faible prestation en tribunes à Munich a confirmé la pertinence de l’article. En deuxième période, il n’y a guère qu’un petit millier d’ultras qui ont chanté durant toute la mi-temps mais toujours la même chanson, débitée sur un ton monocorde, avec davantage l’enthousiasme d’un fonctionnaire un lundi matin au bureau que celui de fans passionnés enviés dans toute l’Europe. Quant aux 7000 autres fans, j’en fais partie et je plaide coupable, ils sont tout simplement restés muets. J’ai assisté à des matchs de Regionnalliga devant 1500 fans sous la pluie cette saison avec davantage de bruit et de passion que samedi à Munich devant 75000 spectateurs sous le soleil radieux de Bavière. Notre profession de foi d’être toujours derrière notre équipe, dans les bons comme dans les mauvais moments, tient toujours. Mais elle n’a jamais été complètement inconditionnelle : la seule condition c’est d’avoir une équipe qui se bat et fait honneur au maillot en tout temps, ce n’est pas vraiment le cas en ce moment. Samedi, finalement, la seule osmose qu’il y a eu entre l’équipe et les fans, c’est que tous semblaient avoir débarqué à Munich avec la même et unique ambition : que ce sinistre match se termine au plus vite !

Surclassés

Comme d’habitude et règle unique en Allemagne, à Munich, il est interdit d’emporter toute boisson et nourriture en bloc visiteurs, de peur d’importuner les clients bavarois situés en contrebas. C’est donc au régime sec que nous allons assister à la débâcle de nos Jungs. On ne le répétera jamais assez : la clé d’un match de Bundesliga, c’est de gagner les duels ! Si tu ne gagnes pas les duels, tu es en difficulté contre Darmstadt ou Ingolstadt. Contre un adversaire aussi fort que le Bayern, cela tourne vite à la catastrophe. Notre équipe est aux abonnés absents en début de match : mal disposés sur le terrain et surclassés dans l’agressivité, nos Jungs font peine à voir. La saison dernière, lors de la défaite 5-1 à Munich, nous avions au moins tenté quelque chose : un pressing très haut dans le terrain qui aurait pu fonctionner si l’arbitre avait sorti le carton rouge qui s’imposait après deux minutes sur la faute de dernier recours d’Alaba sur Aubameyang. Ensuite, le match avait rapidement tourné au cauchemar en raison de nos erreurs défensives mais nous avions au moins la satisfaction d’avoir tenté quelque chose. Samedi, je n’ai pas l’impression que nous ayons tenté quoique ce soit, avec un nouveau schéma tactique aussi mal maîtrisé que les précédents.

Le début de la fin

Après quatre minutes de jeu, Lahm sert Ribéry pour l’ouverture du score comme à l’entraînement au milieu d’une défense figée. Nous avions déjà souligné, malgré la victoire 3-0, nos lacunes défensives contre Hambourg : face à un adversaire d’un calibre infiniment supérieur, elles n’ont pas pardonné. Six minutes plus tard, le 2-0 sur un coup franc de Lewandowski est révélateur du manque d’envie de nos Jungs : Ousmane Dembelé se tourne et s’écarte pour laisser passer le ballon ! Kevin Großkreutz n’avait pas le quart du talent du Français mais, lui, n’hésitait pas à faire don de son corps pour l’équipe et, par sa hargne, il a souvent fait basculer des matchs décisifs, on se souvient de la finale de Pokal 2012, du but de la qualification à Marseille, de son doublé lors du Spitzenspiel 2010-2011 à Leverkusen ou encore de sa frappe écrasée sur le but de Lewandowski lors du Giganten-Gipfel contre le Bayern en 2012. C’était le 11 avril 2012, il y a presque cinq ans jour pour jour mais que cela paraît loin aujourd’hui…

25 minutes d’illusion…

Notre équipe nous aura toute même offert 25 minutes d’illusion après la réduction du score. Mais celle-ci a résulté davantage du hasard que d’une vraie pression de nos Jungs avec un mauvais renvoi de la défense bavaroise et un exploit individuel, une frappe somptueuse pleine lucarne de Raphaël Guerreiro. Au moins durant 25 minutes, nous avons pu lutter d’égal à égal avec le Rekordmeister, le regarder les yeux dans les yeux. C’est cela que nous allons retenir pour entretenir un minimum d’espoir avant la demi-finale de Pokal contre le Bayern dans ce même stade le 26 avril prochain. C’est donc avec encore la folle espérance de pouvoir ramener quelque chose de ce déplacement mal emmanché en Bavière que nous quittons les gradins à la mi-temps pour aller engloutir en vitesse une Paulaner insipide et un Bretzel géant. L’illusion aura été de courte durée : dès la reprise, Arjen Robben s’enfonce sans opposition dans ce qui nous tient lieu de défense et inscrit le 3-1 de sa traditionnelle frappe enroulée dans le petit filet opposé. Un schéma vu et revu mais manifestement suffisant pour surprendre nos Jungs. Das Spiel ist aus, Danke, Tschüss !

Ils sont où, nos leaders ?

La suite du match ne sera que du remplissage immonde, un long calvaire pour le peuple borusse. Lewandowski en profitera pour inscrire le 4-1 et dépasser Aubameyang au classement des buteurs. On ne va pas revenir sur l’affaire du masque mais on espérait que notre Gabonais apporte sur le terrain la meilleure des réponses, il est passé au travers. Certes, il n’a été que très peu servi mais il n’a pas su concrétiser l’occasion qu’il a eue de relancer nos actions. Ceci dit, il ne s’agit pas d’accuser un tel ou un tel, nous sommes tous coupables de la situation actuelle : joueurs, dirigeants, entraîneur, supporters… Certains de nos joueurs annoncent régulièrement leur envie de jouer dans un « grand club ». Mais ces « grands clubs », ils gagnent chaque année des trophées parce qu’ils ont dans leur effectif des grands joueurs, capables dans se transcender dans les grands matchs et de porter l’équipe, surtout quand, comme c’est notre cas actuellement, le collectif est défaillant. Nous avons une kyrielle de bons joueurs mais a t’on seulement de grands joueurs ? Il est permis d’en douter et nos récents déboires en finales de Pokal tendent à prouver le contraire. Il reste suffisamment de grosses échéances d’ici la fin de la saison à nos Jungs pour nous démentir mais, si tel ne devait pas être le cas, il y aura sans doute lieu de s’interroger sur l’opportunité de vendre à prix d’or certains éléments rêvant d’ailleurs mais incapables de nous faire gagner quoi que ce soit et de les remplacer par des hommes pleinement impliqués dans notre projet.

Les copains d’abord

Nos Jungs postent régulièrement sur les réseaux sociaux des photos ou vidéos d’eux en train de blaguer. Cela fait le bonheur des ados mais cela ne reflète pas forcément la réalité d’un groupe qui vit bien ensemble. Car, et les déclarations récentes de notre capitaine Marcel Schmelzer vont dans ce sens, on a l’impression d’un groupe désuni, d’une scission entre des clubistes complètement impliqués dans l’aventure BVB et d’autres joueurs davantage préoccupés par leur plan de carrière. Dans la période glorieuse 2010-2012, nous n’avions pas besoin de photos ou vidéos potaches pour illustrer la vie d’une équipe de copains animés par de saines ambitions et émulations collectives, une vraie joie de jouer et de gagner ensemble, cela se sentait par nos performances sur le terrain. Notre inconstance chronique actuelle et le nombre invraisemblable de matchs complètement foirés cette saison ou abordés avec légèreté indiquent que ce n’est plus forcément le cas.

Sans plaisir

Il serait faux de croire que nous avons bradé ce déplacement à Munich pour mieux préparer la réception de Monaco en Ligue des Champions. La Königsklasse est clairement l’objectif le moins prioritaire de notre fin de saison. Thomas Tuchel sait mieux que quiconque que si nous ne terminons pas la saison dans le trio de tête, l’objectif minimal fixé par la direction, ses chances d’être encore à la tête du BVB la saison prochaine sont proches du néant, quel que soit notre parcours en C1. Il ne peut donc pas se permettre de laisser de côté le moindre match de Bundesliga. Si Weigl, Piszczek ou Kagawa étaient absents en Bavière, c’est vraiment qu’ils n’étaient pas aptes à jouer. Et notre « performance » de samedi était la pire manière de préparer le match de Monaco. Depuis plus de dix ans que je supporte régulièrement le BVB au stade, je n’ai jamais eu aussi peu de plaisir à me rendre aux matchs qu’actuellement, même s’il est bien sûr hors de question de renoncer à parcourir des milliers de kilomètre chaque semaine pour soutenir mon équipe. Même lorsque nous trainions en fin de classement après les problèmes financiers, nous avions toujours l’espoir qu’un match un peu meilleur que les autres mette le feu au stade. Là, nous pouvons déjà prédire que les deux matchs contre Monaco vont entrer dans l’histoire : le divorce entre l’équipe et ses fans, le désenchantement général et la faible réputation des supporters adverses promettent la pire ambiance en Ligue des Champions de l’histoire du Borussia ! A moins que nos Jungs ne soient capables de réveiller la flamme. En sont-ils capables ? En ont-ils seulement envie ? L’ombre d’un doute nous envahit. Réponse mardi et on espère vivement qu’elle sera positive car sinon la fin de saison pourrait ressembler à long calvaire, similaire à celui connu samedi à Munich.

 

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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