Le froid et la grisaille ont envahi le Ruhrpott et le BVB évolue toujours en plein brouillard. Notre équipe n’est pas à la dérive, loin s’en faut mais il y a trop d’erreurs, de doutes, d’insécurité dans notre jeu pour renouer avec la victoire. Il devient plus qu’urgent de mettre fin à cette spirale négative et de quitter cette vallée des larmes dans laquelle nous voguons depuis trop longtemps…

Le ciel est bas sur le Ruhrpott. Le train régional s’ébranle en gare de Dortmund et entame sa traversée du Ruhrpott en direction du Niederrhein et de Leverkusen. La vallée de la Ruhr est une région bien plus verdoyante qu’on ne se l’imagine généralement mais, en ce premier samedi de décembre, elle est plutôt fidèle à sa réputation un peu sinistre. Bochum, Wattenscheid, Essen, Duisburg, Düsseldorf, ce sont des noms qui fleurent bon la terre de football mais ces bucoliques cités disparaissent sous le brouillard. Ici ou là apparaissent des entrepôts abandonnés et tagués, des arbres décharnés, des prairies recouvertes de givre, des gares aux carreaux défoncés, des usines et encore des usines dans la bruine. Nous finîmes par arriver à la gare de Leverkusen-Mitte, la bien mal nommée car il ne s’agit guère plus que de quelques voies éparses plantées au milieu de nulle part, en l’occurrence une cité industrielle glauque de la banlieue de Cologne, constituée essentiellement du gigantesque complexe des usines chimiques Bayer et d’un échangeur d’autoroutes géant. C’est dans ce décor de rêve que nos débarquons par un froid mordant. Nous traversons le parc qui sépare la gare du stade, cela fait longtemps que les arbres ont perdu leur feuillage et ne parviennent plus à masquer la présence omniprésente de la police dans les bosquets, puis nous longeons le canal aux eaux saumâtres et malodorantes bordant les terrains d’entraînement du Bayer Leverkusen. Le décor est planté et il est loin d’être enchanteur. Tu l’as compris, la Werkself ne constitue pas le déplacement le plus joyeux de notre saison, surtout par un samedi gris et froid de décembre dans le climat de morosité qui entoure actuellement un club qui ne sait plus gagner.

 

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Echte Liebe

Mais que l’on ne se s’y trompe pas : malgré le tableau limite apocalyptique dressé ci-dessus, j’adore ce genre de déplacement ! Il y a un débat animé en ce moment dans la presse allemande pour savoir si notre devise, Echte Liebe, conserve toujours son sens originel, à savoir un amour authentique, une fidélité indéfectible à nos couleurs, même dans les moments difficile. Et il est vrai que l’on peut en douter en observant les réactions impatientes et aigries de certains fans ou prétendus tels. Mais je t’assure qu’il suffit d’un déplacement comme celui de Neverkusen samedi pour constater qu’il existe encore des fans pour lesquels Echte Liebe ne constitue pas juste un slogan publicitaire mais une vraie profession de foi. Et cela crée une ambiance particulière. Main dans la main pour sortir de la vallée des larmes, comme le dit la chanson…

Comme le Regio a pris du retard (évidemment), je me retrouve à court de bières à peine avions nous quitté l’Einkaufstadt d’Essen. Je me fais offrir les bières suivantes par des fans en face de moi, on sympathise et j’ai même droit à une caresse amicale sur le joue d’un quinquagénaire quand je lui explique combien de kilomètres j’ai parcouru pour voir ce match. Je suppose que c’est une façon comme une autre d’exprimer l’Echte Liebe. Dans l’unique Biegarten, les terrasses sont bien remplies, il faut plus qu’une température avoisinant les 0° pour dissuader un fan allemand de l’avant-match sans lequel un match de Bundesliga ne serait pas vraiment un match de Bundesliga. Mais je me replie un peu lâchement dans la salle avoisinante diffusant la Konferenz de Zweite Liga avant que le contact de ma Gaffel Kölsch m’ait value l’amputation de quelques doigts de la main. Echte Liebe.

La scoumoune

Après les non-ambiances à Hanovre et Stuttgart, cette fois-ci il n’y a pas eu d’embrouille avec les ultras et le BVB dispose enfin à nouveau d’un soutien à la hauteur pour sortir de la crise. Mais nous avons à peine le temps de nous réjouir de cette ambiance retrouvée que survient le premier couac de l’après-midi : la blessure de Maximilian Philipp, qui sort sur une civière. C’est terrible la loi des séries… quand la poisse te poursuit, elle ne veut pas te lâcher. Ceci dit, ce n’est pas de la malchance si Leverkusen ouvre le score. Car la Werkself était meilleur que nous. Ou du moins beaucoup plus incisif et efficace. Nos Jungs font tourner le ballon mais cela ne débouche pas sur grand-chose, ça paraît emprunté, lent, sans spontanéité. En face, en revanche, on a l’impression que les Rheinländer peuvent déstabiliser notre défense en deux passes. Roman Bürki réussit deux parades de classe mondiale avant d’être sauvé par son poteau. C’est donc assez logiquement que Kevin Volland part seul devancer la sortie un peu désespérée de notre gardien et ouvrir le score. On attend en vain le contrôle vidéo pour un éventuel hors-jeu mais l’attaquant de Vizekusen était parti de son camp, donc le but est parfaitement valable. Et pose à nouveau la question de l’absence totale de filtrage en milieu de terrain et de la vulnérabilité de notre défense puisqu’il a suffi de deux passes au Bayer pour placer son joueur en orbite seul face au but. Nous plongeons encore un peu plus dans la détresse, surtout que Gonzalo Castro sort lui aussi sur blessure. Foutue poisse. Mais au moins, la faute de Wendell et son expulsion justifiée nous offrent plus d’une mi-temps en supériorité numérique. L’espoir renaît. Un peu.

Bürki le sauveur

Un peu seulement car, comme à Freiburg, nous n’allons pas vraiment savoir quoi faire de notre supériorité numérique. C’est un schéma attaque-défense que nous ne maîtrisons toujours pas. Nous observons la différence entre un Leverkusen invaincu depuis 9 matchs, en pleine confiance et parfaitement rodé dans le système de jeu simple mais efficace prôné par notre ancien joueur Heiko Herrlich. Tout l’inverse de nos Jungs qui paraissent toujours évoluer avec des doutes et des questions pleins la tête, sans la moindre confiance en leurs moyens, en leur système… Bürki joue les sauveurs en évitant le 2-0 dans son duel avec Volland : clairement notre portier suisse nous a sauvés un point samedi, j’avais bien fait de porter un maillot floqué à son nom, en plus le orange fluo cela permet de ne pas passer inaperçu dans les brumes du Niederrhein. Ceci dit, si notre équipe est toujours en plein doute, nous avons au moins aimé son état d’esprit, elle n’a jamais renoncé, la preuve qu’elle est toujours derrière son entraîneur, rien à voir avec la défaite sans combattre concédée la saison passée dans cette même BayArena avec Tuchel. Et nos efforts maladroits vont finir par être récompensé à l’arraché, au forceps, sur un centre d’André Schürrle et une reprise laborieuse d’Andrej Yarmolenko. C’est tout sauf limpide, ça tient plus d’une présence massive devant le but adverse que d’un trait de génie mais ça fait 1-1, vingt minutes à jouer et l’espoir d’une victoire assez inespérée qui renaît.

Désolation

Mais c’est plutôt Bürki qui doit nous sauver une nouvelle fois. Même à 11 contre 10, le BVB ne parvient pas à faire la différence. Raphaël Guerreiro aura néanmoins la balle de match mais Iron Manni nous rappelle qu’il est le roi des sauvetages miraculeux et nous prive d’une victoire qui eût fait tellement de bien. En soi, prendre un point sur la pelouse d’un Leverkusen en pleine bourre, après avoir été menés au score, cela n’a rien d’infamant. Mais dans le contexte actuel, avec plus d’une mi-temps en supériorité numérique, la déception est vive.

C’est donc une longue procession silencieuse jaune et noire qui traverse le parc obscur qui nous ramène vers la gare. Le retour en Sonderzug, le train réservé aux fans, c’est toujours particulier. Comme il n’est absolument pas prioritaire et qu’il doit t éviter les gares où nous pourrions croiser des fans d’un autre club, les arrêts sont fréquents, au milieu de nulle part, sans la moindre possibilité de descendre jusqu’à Dortmund. Cela dure des plombes. Le convoi est bondé, je finis par m’asseoir par terre dans le couloir. Comme il n’y avait pas moyen d’acheter la moindre bière entre le stade et le train, tout le monde se retrouve au régime sec. Quelques fans tentent de lancer des chants mais ils se ravisent rapidement. L’ambiance est triste, silencieuse, presque sinistre. Bien sûr, on préfère les retours joyeux après une grande victoire mais je trouve qu’il y a une certaine grandeur dans ces retours glauques. Cela n’a rien à voir avec les poulets sans tête avachis au chaud sur leur canapé qui se ruent sur les réseaux sociaux pour réclamer des comptes et des coupables, expliquer qu’ils ont la solution miracle à tous nos problèmes.

Non, là c’est juste des mecs qui ont consacré leur samedi à leur club favori dans le froid et le chaos ferroviaire et pourtant pas de théories foireuses ou d’appel à la démission de x ou y, juste une authentique tristesse de ne pas pouvoir aider nos Jungs à sortir de cette impasse mais avec calme, résilience et, avec au fond de chacun d’entre nous, la certitude que c’est ce genre d’épreuve qui nous fera ressortir plus fort et nous fera d’autant mieux apprécier les prochaines victoires. Echte Liebe. Ceci dit, ce serait sympa qu’elle ne tarde pas trop cette victoire. Arrivé à Dortmund, le décor est plus joyeux avec les lumières du Weihnachtsmarkt, le sapin et sa Pokal qui trônent sur la Hansaplatz. Mais Dortmund est une ville qui vit pour et par son club de football et quand celui-ci doute, c’est toute une ville qui souffre avec lui. Il y a un peu moins d’enthousiasme à descendre les tournées de Glühwein dans les Hütte, la fameuse after-party du Bierhaus-Stade est un peu moins échevelée que d’habitude, il est vraiment temps que cette série d’insuccès cesse. Dès samedi prochain contre le Werder Brême !

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À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

4 Commentaires

  • Watzke a fait quelque chose de phénoménal pour le club mais ça ne lui donne pas le droit de se foutre de la gueule de tout le monde.
    On en est là à cause de sa politique trop monetariste et quand il traite de « misère sociale » les fans qui expriment leur frustration s’est qu’il est en rupture avec la plèbe qui fait du BVB sa raison de vivre.

    • La « politique monétariste » du club est un mythe, il suffit d’aller jeter un œil aux comptes pour s’en rendre compte. Une gestion prudente oui, un modèle de financement qui inclut des plus-values sur les transferts oui mais rien de plus et c’est un choix que tout le monde dans le club a approuvé, on a payé assez cher pour savoir où mènent les rêves pharaoniques. Et je ne crois pas que ceux qui se réjouissent de la blessure d’un joueur sur un réseau social aient vraiment fait du BVB leur raison de vivre, autant que je puisse en juges ceux qui s’investissent vraiment pour le BVB, qu’on croise tous les week-ends au stade sont beaucoup moins virulents que les docteurs sur les réseaux sociaux.

    • N’empêche que ça sonne comme un mépris.
      Beaucoup d’observateurs constatent qu’il y an schisme qui prend toujours de l’ampleur au fil des ans entre le public et l’équipe dirigeante.

      • Oui, notre club est beaucoup moins uni qu’à l’époque de Klopp c’est un fait mais il est faux de parler de division entre « le public et l’équipe dirigeante », la division elle est surtout entre les fans historiques et l’équipe dirigeante d’un côté (lors de la dernière AG toues les décisions ont été approuvées à plus de 99%….) et les fans plus récents de l’autre qui n’arrivent pas à comprendre la stratégie et n’ont pas forcément conscience des origines et des valeurs du clubs.

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