C’est l’histoire d’un entraîneur très critiqué qui insistait avec un système en 4-4-2 qui ne marchait pas. Et qui, après quinze mois d’errance, a fini par trouver un peu par hasard la lumière en passant au 4-2-3-1. Certes, le Borussia Dortmund et Jürgen Klopp n’étaient pas parvenu à jouer jusqu’au bout leur rôle de méchant surveillant mettant  un terme à l’aussi habituelle qu’éphémère récréation du Bayer Leverkusen en tête de la Bundesliga. Mais le BVB, sa défense biberon et son nouveau système avaient obtenu un bon point sur la pelouse du leader qui annonçait les grands succès du futur.

C’est un phénomène récurrent en Allemagne : Schalke 04 et le Bayer Leverkusen occupent régulièrement la tête de la Bundesliga mais jamais au soir de la 34e et ultime journée : le dernier titre de Schalke date d’avant la création de la Bundesliga en 1963, alors que Leverkusen n’a tout simplement jamais été champion d’Allemagne. Lors des deux saisons précédentes, le Bayer avait brièvement occupé la tête du classement en automne avant de complètement s’écrouler au printemps, manquant toute qualification européenne. Principale raison invoquée de ces dégringolades spectaculaires : la jeunesse de l’effectif. Pour y remédier, les Rheinländer ont fait appel aux vétérans Sammi Hyppïa en défense et Jupp Heynckes sur le banc. Pour une équipe désespérément à la recherche d’un titre de champion national, on peut douter de la pertinence de la stratégie consistant à engager un joueur ayant passé l’essentiel de sa carrière à Liverpool mais pour l’instant la recette fonctionne et Leverkusen occupe la tête du championnat.

La révolution à Dortmund

En général, dans le rôle du méchant surveillant qui vient signifier à Schalke ou Leverkusen, que leur récréation en tête du classement est terminée, on trouve le Bayern Munich ou le Borussia Dortmund. On avait donc bon espoir que le BVB vienne créer la surprise à la BayArena. Une BayArena qui sera rapidement acquise à la cause jaune et noire, tant les 6’000 supporters dortmundois, parmi lesquels nous nous trouvons, ont rapidement éclipsé le faible public local. Ce n’est pas vraiment une surprise : émanation artificielle des usines Bayer, Leverkusen n’est pas une Traditionsverein et cela s’en ressent dans l’ambiance au stade. Dommage, car cette BayArena, récemment agrandie, est assez conviviale. Ce qui l’est moins, c’est de servir de l’anonyme Bitburger aux buvettes dans, sacrilège, des valises à l’effigie de la bière du rival local du 1. FC Köln, la Gaffel Kölsch.

Le BVB avait bien besoin du soutien ininterrompu de son public car le club connaît actuellement quelques soucis de personnel : le capitaine Kehl, véritable baromètre du jeu dortmundois, n’a pas encore joué une seule minute cette saison et ratera tout le 1er tour pour une blessure aux adducteurs qui devait soi-disant être « sans gravité ». Son remplaçant présumé, le Brésilien Tinga est également blessé, tout comme le meneur de jeu Hajnal. La défection de tout son milieu axial a donc contraint l’entraîneur Jürgen Klopp à aligner quatre attaquants dans un 4-2-3-1 inauguré avec succès la semaine précédente dans le B1-Derby contre Bochum. L’aspect défensif est lui confié aux juniors, avec une charnière centrale Hummels (20 ans) – Subotic (20 ans), protégée par les demis défensifs Bender (20 ans) et Sahin (21 ans).

Auf Wiedersehen Alex Frei

Alexander « Derbyheld » Frei avait un contrat jusqu’en 2010 au Borussia Dortmund et il était prêt à rester, moyennant prolongation de deux ans dudit contrat. Les dirigeants dortmundois ont refusé, alors que dans le même temps, ils prolongeaient le contrat de l’autre attaquant du BVB, Nelson Valdez, jusqu’en 2012. Sachant que Valdez c’était 85 matchs de Bundesliga /10 buts au BVB contre 74 matchs/32 buts au Suisse, on comprend qu’Alex l’ait trouvé un peu saumâtre, lui qui entretenait déjà des relations tendues avec l’entraîneur Klopp. Du coup, il a décidé de rentrer au pays, et, si les torts sont partagés dans l’histoire, on a quand même un sentiment d’inachevé avec cette fin en queue de poisson de la carrière dortmundoise d’Alex Frei. Le BVB a dû chercher un successeur à son attaquant vedette. Après quelques rumeurs alarmantes (Toni, Klasnic, Sanogo), Dortmund a trouvé la perle rare en Amérique du Sud, Lucas Barrios, meilleur buteur mondial 2008 avec 37 buts inscrits en 38 matchs de championnat chilien.

Lucas Barrios est magique

Le premier but de l’Argentin en Bundesliga s’est un peu fait attendre mais depuis un mois il marque avec une régularité de métronome : deux buts en Coupe à Karlsruhe, un but (valable mais non validé) contre Schalke 04, quatre et deux buts en amical contre Wattenscheid et Saarbrücken, un but à Mönchengladbach, un but contre Bochum. Vendredi, c’est Leverkusen qui est passé le premier à l’offensive mais a raté un goal tout fait par l’intermédiaire de Lars Bender, jumeau de Sven, joueur du BVB. Et sur la première offensive jaune et noire, Lucas Barrios s’est élevé à peu près à la hauteur du 2e anneau (bon, la BayArena, c’est pas San Siro) pour reprendre un centre de Valdez et ouvrir le score. On échappe de peu à la noyade sous le déluge de bières qui s’abat dans la Kurve dortmundoise. Incontestablement, à 24 ans et pour sa première expérience en Europe, ce Lucas Barrios recèle bien des promesses. Il ne s’est pas créé d’autres occasions à la BayArena mais a plu par sa combativité et a pesé tout au long du match sur la défense de la Werkself. On pourrait bien faire un détour au Fan-Shop vendredi prochain avant BVB – Hertha pour un achat de maillot n° 18.

 

Et les Suisses ?

Cet avantage est plutôt flatteur pour Dortmund car les occasions sont plutôt pour Leverkusen. Mais les Rheinländer ne sont pas très précis dans le dernier geste et commencent à s’énerver : Barnetta est averti pour une vilaine faute, alors que Derdiyok n’abuse pas l’arbitre avec une simulation grossière (d’accord, les deux même actions des deux mêmes joueurs sous le maillot de la Nati et on aurait été aphones pendant quatre jours en hurlant sur l’arbitre). Tranquillo Barnetta a réussi une bonne première mi-temps avant de décliner, à l’image de son équipe, après la pause. Il tirera toutefois le corner de l’égalisation de Werkself. Eren Derdiyok a lui offert un caviar à Bender à la 5ème mais sinon a été bien discret. A la base, l’ancien Bâlois venait plutôt à Leverkusen comme joker derrière le duo Helmes-Kiessling mais le premier nommé s’est gravement blessé durant … ses vacances estivales. Du coup, Derdiyok a eu sa chance. On ne sait pas s’il pourra conserver sa place de titulaire une fois Patrick Helmes de retour. Il semblerait qu’Ottmar Hitzfeld projette d’offrir deux semaines de vacances à la neige avec l’équipe suisse de ski à l’international allemand pour garantir du temps de jeu à son jeune attaquant.

Egalisation logique

Si, en première mi-temps, Leverkusen a souvent débordé le BVB, il s’est montré beaucoup plus emprunté après la pause. Il faut attendre la 57ème et une mauvaise passe pour entendre le public local siffler son équipe qui est, rappelons-le, leader du championnat. On se serait cru à Gelsenkirchen… On commençait à entrevoir l’éventualité d’un mini hold-up lorsque Leverkusen a égalisé sur un corner de Barnetta repris par le défenseur Manuel Friedrich. Ce n’était pas illogique mais ce n’est pas arrivé au moment où l’on s’y attendait le plus. Les occasions d’empocher la victoire sur la fin ont été plutôt rares ; Dortmund a été un peu floué lorsque l’arbitre a omis de laisser l’avantage à Valdez qui partait seul au goal pour revenir à une faute à mi-terrain, mais, connaissant le pourcentage de réussite du Paraguayen dans ce genre de situation, on n’aura pas trop de regrets. Finalement, le nul est assez équitable et permet à Leverkusen de garder la tête du championnat. Provisoirement du moins car on ne doute pas une seule seconde que la récréation prendra fin avant le terme de la saison. Dortmund confirme lui son redressement après un début de championnat difficile ; le BVB doit maintenant profiter d’un calendrier relativement favorable pour recoller à la tête du classement avant le match événement du 19 décembre prochain contre Freiburg, 100 ans jour pour jour après la fondation du club.

Bayer 04 Leverkusen – Borussia Dortmund 1-1 (0-1).

BayArena, 30’210 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Rafati.

Buts : 8ème Barrios (0-1), 65ème M. Friedrich (1-1).

Leverkusen : Adler ; Schwaab, M. Friedrich, Hyppiä, Castro ; Barnetta, Vidal (82ème Reinartz), L. Bender (55ème Gekas), Kroos (82ème Zdebel) ; Kiessling, Derdiyok. Entraîneur : Jupp Heynckes.

Dortmund : Weidenfeller ; Owomoyela, Subotic, Hummels, Dede ; S. Bender, Sahin ; Blaszczykowski (46ème Grosskreutz), Zidan (72ème Rangelov), Valdez (84 ème Feulner) ; Barrios. Entraîneur : Jürgen Klopp.

Cartons jaunes : 29ème Barnetta, 36ème Owomoyela, 57ème Barrios, 62ème Friedrich, 72ème Kroos, 91ème Reinartz.

Notes : Leverkusen sans Rolfes, Renato Augusto ni Helmes (blessés) ; Dortmund sans Kehl, Hajnal (blessés) ni Tinga (convalescent).

Classement (10 matchs) : 1. Leverkusen 22 2. Hambourg 22 3. Werder 21 3. Schalke 20 5. Bayern 18 6. Hoffenheim 17 7. Wolfsburg 17 8. Mainz 17 9. Francfort 13 10. BVB 13 11. Hanovre 12 12. Freiburg 10 13. Köln 9 14. Stuttgart 8 15. Mönchengladbach 8 16. Nürnberg 8 17. Bochum 8 18. Hertha 4.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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