A Augsburg, le BVB a été bousculé comme jamais il ne l’avait été cette saison en Bundesliga par une excellente équipe du FCA. Mais nos Jungs ont tenu bon et ramènent trois nouveaux points dans le Pott. Ce n’était pas notre meilleur match mais il nous permet de réussir un premier break au classement avant la trêve internationale. La naissance d’une espérance ?

Veni. Vidi. Vici. Je suis venu. J’ai vu. J’ai vaincu. Jules Cesar a été assassiné avant d’avoir pu être couronné empereur mais il a quand même trouvé une place parmi les seize empereurs, huit païens et huit chrétiens, représentés dans la Goldener Saal du Rathaus d’Augsburg, ou plutôt d’Augusta Vindelicorum, le chef d’œuvre d’art baroque qui fait la fierté de la ville.  Au-dessus du portrait de chaque empereur figure une devise qui lui est attribuée, dont le célèbre veni, vidi, vici pour Jules Cesar. Dès lors, pour ce déplacement en Souabe bavaroise, nous avons décidé de faire nôtre la phrase prononcée par l’ambitieux consul de Rome après sa victoire à la bataille de Zela contre Pharmace II, roi du Bosphore.

Veni, vidi…

Je suis venu : Augsburg n’est pas le déplacement le plus accessible de la saison car la ville n’est pas la mieux desservie en aéroport ou en lignes ICE. Il faut être vraiment amoureux de son BVB pour se retrouver un vendredi en fin de soirée sur le quai de la gare sinistre de Buchloe dans l’attente d’un S-Bahn pour arriver à bon port. Mais les correspondances ont bien joué et nous avons fini par arriver dans la Fuggerstadt juste à temps : la glacière, qui débordait de bières en quittant la Suisse, était vide !

J’ai vu : tout compliqué fut-il, le déplacement d’Augsburg vaut la peine et c’est une ville magnifique et très agréable, surtout que la grisaille matinale a laissé la place à un chaud soleil bavarois. Les maillots jaunes remplissent les terrasses, les gens sont plutôt amicaux, notre équipe est en tête du classement, on profite de prendre un peu de bon temps car ce sera un peu moins chaleureux quand il s’agira d’aller en plein hiver du côté des peu avenantes cités de Gelsenkirchen, Leverkusen ou Mönchengladbach.

Des causes perdues à la naissance de l’espérance…

Mais même si la douceur du climat pouvait nous inciter à une certaine indolence, nous n’oublions pas que nous sommes avant tout venus pour vaincre. Et, afin de mettre tous les atouts de notre côté, lors de notre visite de l’étonnant Dom d’Augsburg, je commets une petite entorse à mes convictions, ou plutôt à mes non-convictions, en brûlant un cierge à la victoire du Borussia. J’allais déposer ledit cierge allumé devant un autel au hasard mais ma copine, dont la culture est infiniment supérieure à la mienne, me fait remarquer que l’autel en question est consacré à Saint-Antoine, le Saint-Patron des causes perdues. On va laisser les causes perdues à notre parcours en Ligue des Champions et je finis par déposer mon cierge devant un autel consacré à la Nativité et à la naissance de l’espérance. Voilà qui décrit bien notre situation actuelle : ce n’est pas encore l’euphorie ni l’enflammade mais l’éclosion d’un espoir un peu fou dans cette Bundesliga 2017-2018.

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L’anonyme Arena

En revanche, le trajet interminable dans un tram surchauffé et surpeuplé pour rejoindre le stade incite plutôt à la désespérance. Tout comme l’arrivée devant cette arène anonyme au milieu de nulle part et sans le moindre Biergarten à l’horizon. On a suffisamment d’expérience pour avoir prévu du ravitaillement mais c’est quand même un peu saoulant (enfin, le terme est mal choisi) d’être en pleine période et région du culte du houblon et ne pas avoir le moindre Biergarten à l’horizon pour préparer notre match. Même s’il y a une très grosse ambiance dans le bloc jaune et noir, ce stade d’Augsburg, tellement anonyme qu’il a déjà changé trois fois de nom depuis son inauguration en 2009, ne nous fera jamais rêver. Heureusement, nos deux prochains déplacements de Bundesliga, à Francfort et Hanovre, auront lieu dans des enceintes beaucoup plus chaleureuses et dont les Biergarten sont parmi les plus sympathiques d’Allemagne.

En fanfare

La partie va débuter sur les chapeaux de roue. Cela passe très vite d’un but à l’autre et le BVB va rapidement en profiter pour ouvrir le score. Cela devient une bonne habitude et sur balle arrêtée, autre nouveauté bienvenue. Après un corner de Shinji Kagawa, la balle échoit à Andriy Yarmolenko qui ouvre le score d’une talonnade inspirée. Malgré son gabarit impressionnant, notre nouveau renfort ukrainien ne manque ni d’habileté technique ni d’inventivité ! Mais notre joie sera de courte durée car le FCA va rapidement égaliser sur un centre repris à bout portant par la tête de Caiuby : un but largement évitable, d’une part parce qu’un gardien devrait être roi dans ses cinq mètres et que Bürki aurait peut-être dû tenter la sortie aérienne, d’autre part parce que Toljan n’aurait jamais dû se retrouver seul au marquage face à deux adversaires au deuxième poteau. Heureusement, le BVB n’aura pas eu le temps de regretter ses imprécisions défensives car, dix minutes plus tard, il reprenait l’avantage : inopérant trois jours plus tôt en Königsklasse contre le Real Madrid, notre pressing s’est révélé bien plus efficace samedi et a permis à Aubameyang de récupérer la ballon, le mettre en retrait à Yarmolenko dont le décalage subtil offre à Shinji Kagawa l’occasion d’inscrire un deuxième but somptueux d’un lob raffiné. Un geste magnifique qui témoigne d’une confiance retrouvée car le Shinji en plein doute et régulièrement remis en cause par son entraîneur n’aurait jamais réussi ni même tenté pareil bijou la saison dernière. Trois buts dans le premier quart de la partie, nous pensions être partis pour une véritable fête de tirs mais nous allions en rester là… car le match est allé decrescendo et s’est révélé beaucoup moins rythmé et fertile dans ses trois derniers quarts.

« Le plus mauvais match »

Peter Bosz a même déclaré qu’il s’agissait de notre « plus mauvais match » depuis son arrivée. J’aime bien la communication de notre entraîneur : comme Thomas Tuchel, il est exigeant et perfectionniste mais ses critiques en public ne portent que sur la performance d’ensemble et sur le collectif, il garde ses doléances individuelles pour l’intimité du vestiaire, contrairement à son prédécesseur. Et, en côtoyant nos Jungs tous les week-ends dans les stades, on ressent un groupe qui vit beaucoup mieux : plus de joie de jouer, d’unité, de solidarité, d’envie, d’ambition… Cela dit, je ne partage pas l’opinion de Peter Bosz. Notre match d’Augsburg n’a pas été si mauvais, la première mi-temps a été plutôt intéressante, c’était moins bon après la pause mais aussi parce que nous sommes tombés sur un très bon FCA. Car ce n’est pas parce que l’emblème de la ville est une pive (Zirbelnuss) que ses joueurs sont des pives !

Eloge d’Augsburg

Le FC Augsburg n’a pas de très gros moyens mais possède l’un des meilleurs directeurs sportifs de la ligue : notre Legende Stefan Reuter. Chaque saison, notre ancien latéral parvient à mettre sur pied une équipe compétitive avec un budget restreint mais un recrutement malin. Cette équipe d’Augsburg nous a souvent donné du fil à retordre par le passé mais c’était bien davantage par sa combativité et son organisation que par sa qualité de jeu. En revanche, samedi, nous avons été étonné par la cohérence et la qualité du jeu proposé par les Souabes.

Même menés au score, ils ont toujours essayé d’envoyer du jeu, sans jamais balancer ni prendre des risques inconsidérés, en passant par les ailes. Avec le Suisse Marvin Hitz dans les buts, le FCA possède l’un des meilleurs gardiens de Bundesliga, élu trois fois meilleur portier du week-end en sept journées par le kicker. La défense ne paraît pas avoir trop souffert de la perte cet été de son patron, le Hollandais Verhaeg, parti à Wolfsburg, réorganisée autour de l’Autrichien Hinteregger, un ex du Red Bull Salzburg, devenu grand détracteur du RB Leipzig (un bon point pour lui…).. A mi-terrain, le duo Daniel Baier – Rani Khedira (bien que sorti sur blessure samedi) est impressionnant par son abattage et sa présence physique. Enfin, le trio offensif est très complémentaire avec la vitesse d’Heller et Caiuby sur les ailes et la puissance de l’Islandais Finnbogason dans l’axe. En voyant la performance du FCA samedi, on a compris pourquoi il occupait la 5ème place du classement avant cette septième journée et comment il avait pu battre Köln ou Leipzig. Cette équipe nous aura fait douter jusqu’au bout, notamment avec une nouvelle tête de Caiuby superbement détournée par Bürki ou une reprise juste à côté dans les dernières minutes. C’est clairement un adversaire qui va embêter pas mal de monde cette saison. Il y a une hype Julian Nagelsmann actuellement en Allemagne mais peut-être que le prochain fruit sur l’arbre des jeunes entraîneurs allemands sans carrière de joueur derrière eux pourrait s’appeler Manuel Baum (38 ans) car ce que propose son FC Augsburg est vraiment intéressant.

Le samedi noir d’Aubameyang

Ceci dit, nonobstant la qualité de l’adversaire, nous aurions pu nous offrir une fin de match plus tranquille si notre buteur n’avait pas été dans un jour sans. Pierre-Emerick Aubameyang a perdu ses deux premiers duels avec Marvin Hitz, la première fois parce que le gardien suisse est resté assez longtemps sur ses appuis pour intervenir dans les pieds de notre Gabonais, la deuxième parce qu’il s’est fait l’auteur d’un réflexe miraculeux sur son coup de tête. Et puis il y a eu ce pénalty. Je ne vais pas repartir dans une nouvelle diatribe contre ce machin inutile que constitue l’arbitrage vidéo. Mais obtenir un pénalty, même justifié car le tirage de maillot sur Sokratis était avéré, deux minutes après l’action, alors que l’adversaire s’apprêtait à tirer n corner, c’est juste indécent. J’aurai été presque gêné de voir mon équipe marquer dans ces conditions. Et, même si cela aurait pu nous coûter cher en fin de match, cela ne m’a pas dérangé plus que cela de voir la Panenka tentée par Aubame échouer lamentablement dans les bras d’Hitz. Ceci dit, c’était quand même très présomptueux de sa part face à un gardien contre lequel il avait déjà perdu deux duels plus tôt dans l’après-midi, ça nous rappelle un peu son pénalty de Lisbonne contre Benfica. On lui pardonne pour cette fois parce que cela n’a pas porté à conséquence mais : nie mehr, Auba !!!

Vici… Servus !

Même si cela ne fut pas notre meilleur match, nous repartons avec les trois points. Et souvent, dans une saison, c’est la capacité à gagner ce genre de partie, sans bien jouer, avec un buteur en panne de réussite, qui fait la différence. Pour l’instant, cela nous donne cinq points d’avance, ce n’est rien dans un championnat aussi homogène que la Bundesliga où tu peux perdre des points contre n’importe quel adversaire mais cela met la pression sur la concurrence. En quittant le stade, nous croisons notre président Reinhard Rauball qui s’apprêtait à regagner le Pott dans une luxueuse limousine et en charmante compagnie, nous en profitons pour le remercier pour tout ce qu’il a fait pour notre club. Avant d’aller fêter car, même si Augsburg n’est pas réputé pour sa fête de la bière, un déplacement en Souabe bavaroise un dernier week-end de septembre, c’est forcément une atmosphère festive, entre la clôture de la Wies’n de Munich et la Wasen de Stuttgart qui bat son plein : les Dirndl et les Lederhosen sont de sortie, la bière coule à flot et nous avons donc largement profité des charmes de la Riegele locale. Franchement, parvenir à cette deuxième trêve internationale avec cinq points d’avance sur tout le monde, nous ne l’aurions jamais cru après des matchs amicaux peu convaincants. C’est peut-être vraiment la naissance d’une espérance. Après tout, comme le proclame l’empereur Vespasien dans la Goldener Saal, l’odeur du lucre (ou plutôt du Meisterschale) est bonne. Servus !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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[FC Augsburg – BVB 2011-2012] – Pas encore champion

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