Cela devient un classique et pourtant le déplacement d’Augsburg n’est au menu de la Bundesliga que depuis la saison 2011-2012. Et le premier déplacement du BVB en Souabe bavaroise avait freiné notre marche triomphale vers le titre de champion d’Allemagne. Sérieusement gêné par une valeureuse équipe souabe dans un match sans relief, le BVB ne méritait pas mieux que le point du 0-0.

Le FC Augsburg est un club dont beaucoup de néo-promus feraient bien de s’inspirer. Après avoir accédé en mai dernier (2011) à la Bundesliga pour la première fois de son histoire grâce à des investissements importants, le FCA a su rester humble et ne pas se voir plus beau qu’il ne l’est réellement. S’il faisait figure d’ogre en Zweite Liga, Augsburg se retrouve petit poucet en Bundesliga, avec un effectif essentiellement composé de has been qui n’étaient jamais parvenus à s’imposer dans l’élite et de joueurs de Zweite Liga. Les dirigeants souabes ont toujours été conscients des limites de leur contingent et ont affirmé dès le début de saison que le maintien serait un miracle et que, quoiqu’il advienne, l’entraîneur, le Hollandais Jos Luhukay, ne serait pas remis en question. Rien à voir avec ces promus qui virent comme un malpropre un entraîneur considéré comme le messie trois mois plus tôt lors de la promotion…

Et effectivement, Augsburg a connu des débuts laborieux dans sa nouvelle catégorie de jeu et a longtemps squatté la dernière place du classement. Mais les Souabes n’ont jamais paniqué et ont laissé travailler leur entraîneur dans la sérénité. Résultat, l’équipe a réalisé des progrès considérables et, si le maintien est loin d’être acquis, il reste parfaitement envisageable puisque le FCA côtoie au classement des équipes qui, a priori, disposent d’effectifs largement supérieurs. Avant la venue de Dortmund, Augsburg restait sur cinq matchs d’invincibilité à domicile, avec en dernier lieu une victoire 3-0 contre le Hertha Berlin d’Otto Rehhagel et un nul à Hanovre.

La surprise de Jos Luhukay

Ceci dit, malgré ces bons résultats, on s’est déplacés à Ausgburg avec l’intime conviction que Dortmund parviendrait à franchir l’obstacle sans trop de difficultés, rien qu’en regardant la compositions de l’équipe bavaroise : Jentzsch, le gardien écarté par Felix Magath à Wolfsburg au profit de Benaglio, Langkamp, qui dirigeait l’an passé la pire défense de Zweite Liga (Karlsruhe), Ostrzolek, qui il y a à peine quatre mois naviguait dans les eaux troubles de la 2. Liga à Bochum, Oehrl, ex-réserviste à Düsseldorf, toujours en Zweite Liga, Bellinghausen, ex-espoir qui n’a jamais réussi à s’imposer nulle part… Mais le football a ceci de particulier qu’une équipe peut collectivement tenir tête à un adversaire de calibre supérieur, alors même qu’individuellement aucun de ses joueurs ne pourrait prétendre à une place, ne serait-ce que sur le banc, dans la formation adverse. Et c’est ce qui s’est passé samedi.

On attendait un Augsburg recroquevillé en défense devant son gardien mais l’entraîneur Jos Luhukay a créé la surprise en remplaçant son milieu défensif Callsen-Bracker, blessé, par un attaquant, Hain. Du coup, le FCA a joué plus haut que prévu, a considérablement gêné le Doppelsechs dortmundois et, partant, le lancement de toutes les actions jaunes et noires. Du coup, jamais le Borussia n’a pu trouver ses milieux offensifs dans la course et avec de la vitesse, ce qui est normalement sa grande force. La bonne organisation bavaroise a contraint les Kuba, Großkreutz et autres Kagawa à jouer dos au but adverse et arrêtés durant tout le match, ce qui a considérablement limité la production offensive du BVB.

Un air de Lausanne – Lucerne

Comme en plus les balles arrêtées, qui auraient pu débloquer la situation, ont été tirées de manière catastrophique, les occasions dortmundoises n’ont pas été légion. Deux, pas une de plus : une tête de Lewandowski sauvée sur sa ligne par Langkamp et une tête de Großkreutz détournée du bout des doigts par le gardien Jentzsch. Il n’y a pas eu beaucoup plus à signaler de l’autre côté, une tête d’Oehrl facilement bloquée par Weidenfeller, un réflexe salvateur du portier dortmundois sur une frappe de Bellinghausen et une tête au-dessus de Sankoh. Le 0-0 est donc logique mais, si une équipe avait dû l’emporter, on donnerait un léger avantage aux points à Augsburg, plus incisif dans ses attaques. Le décompte des occasions de but suffit à montrer l’indigence de ce match qui, nonobstant le cadre et l’ambiance, n’était pas sans me rappeler un Lausanne – Lucerne en championnat suisse trois semaines plus tôt. Sauf que là le public local a terminé le match debout et a réservé une longue ovation à ses joueurs qui, à force de courage et d’abnégation, ont réussi à prendre un point au champion en titre et leader du championnat, ce qui restera comme l’un des plus grands exploits de l’histoire récente du FCA.

Un joker grillé

Après huit victoires consécutives, le BVB voit donc sa série victorieuse stoppée. En prenant sept points d’avance en tête du classement la semaine dernière, les Pöhler s’étaient octroyés deux jokers, ils en ont déjà utilisé un. Franchement, on n’avait pas prévu d’en griller un à Augsburg mais c’est aussi cela qui fait le charme de la Bundesliga : le championnat est très homogène et aucun match n’est gagné d’avance. Cela démontre que le titre est encore très loin d’être joué. D’ailleurs, le Bayern Munich a montré contre un Hoffenheim, qui a prouvé une nouvelle fois qu’il ne sert définitivement à rien, qu’il est loin d’avoir abdiqué ; le BVB devra donc absolument repartir du bon pied la semaine prochaine au Westfalenstadion contre le Werder Brême. Quant à Augsburg, il quitte les trois dernières places fatidiques du classement pour la première fois depuis la 4e journée. En rééditant le même genre de performance que contre Dortmund, le FCA peut vraiment aller chercher son improbable maintien, même s’il lui faudra maintenant confirmer contre ses adversaires directs dans la lutte contre la relégation

Augsburg est magique

On espère qu’Augsburg va réussir son pari car, nonobstant ce match médiocre, on a adoré ce déplacement en terres souabes. Pas tellement pour le stade, l’une de ces Arena fonctionnelles mais un peu impersonnelles qui ont poussé comme des champignons en Allemagne, plantée en périphérie au milieu de nulle part, avec des accès qui évoquent davantage le Communale de Bercher que l’une des enceintes de la ligue la plus populaire du monde.

Ce qu’on a apprécié, c’est l’accueil chaleureux et amical des supporters locaux. Cela a commencé avec les théories dans le tram de l’aller puis vingt minutes de chants et de sautillements ininterrompus dans celui du retour, bras dessus-bras dessous entre fans des deux camps. Ensuite, il y a eu la Fanparty à la Charly Bräu où tous les supporters locaux tenaient absolument à congratuler et  à faire santé avec les fans jaunes et noirs. A la mode locale, c’est-à-dire en tapant le fond des choppes.

Enfin, notre nouvel ami augsbourgeois nous a emmené jusqu’au bout de la nuit dans une boîte qui ressemblait passablement à feu la mythique Dolce Vita lausanoise. Avec en plus les Bamboulé du Gästeblock durant le match, je me serais cru revenu quinze ans en arrière, quand j’étais étudiant à Lausanne. Sauf qu’à l’époque révolue où le Paléo Festival de Nyon était encore festif, les « Bambule » n’étaient pas suivi de « Randale, Dortmund hat die Schale ». Même si le match de samedi a montré que Dortmund n’avait pas encore tout à fait le Meisterschale dans les mains.

FC Augsburg – Borussia Dortmund 0-0.

SGL arena, 30’660 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Kircher.

Augsburg: Jentzsch; Verhaeg, Sankoh, Langkamp, Ostrzolek; Hosogai; Koo (79e Ndjeng), Baier, Oehrl, Bellinghausen (89e Sinkala); Hain (75e Mölders). Entraîneur : Jos Luhukay.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender (70e Perisic), Kehl; Blaszczykowski (86e Gündogan), Kagawa (70e Leitner), Großkreutz; Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 39e Koo, 42e Sankoh, 43e Subotic, 45e Kehl.

Notes: Augsburg sans Moravek, de Jong, Bah, Gogia, Callsen-Bracker (blessés) ni Reinhardt (malade), Dortmund sans Götze, Koch (blessés), Barrios ni da Silva (malades).

Classement (25 matchs): 1. BVB 56 2. Bayern 51 3. Mönchengladbach 48 4. Schalke 47 5. Leverkusen 40 6. Brême 39 7. Hanovre 35 8. Stuttgart 33 9. Nürnberg 31 10. Wolfsburg 31 11. Mainz 30 12. Hoffenheim 30 13. Köln 28 14. Hambourg 27 15. Augsburg 23 16. Hertha 23 17. Freiburg 22 18. Kaiserslautern 20.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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