Notre dernière victoire en Bundesliga remonte au 1er septembre 2013, dans l’euphorie d’un début de saison réussi. On espère revivre la même chose demain… Soit : Un stade magnifique et comble, une ambiance fantastique, nonante-quatre minute de jeu peu académiques mais d’une intensité folle, des occasions de buts en veux-tu en-voilà, un suspense haletant : ce n’était pas vraiment nécessaire mais au cas où…, cet épatant Eintracht Francfort – Borussia Dortmund nous a rappelé pourquoi la Bundesliga était le championnat le plus populaire et passionnant du monde. Et en plus, au final, ce sont les gentils qui ont gagné.

On ne sait pas ce qu’à fait l’Eintracht Francfort au préposé au calendrier mais ce dernier n’a pas fait de cadeau à SGE en lui imposant de débuter sa saison par deux déplacements périlleux sur la pelouse des néo-promus euphoriques Hertha Berlin et Eintracht Braunschweig entrecoupés de la réception des deux meilleures équipes du continent, le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Avec pour couronner le tout là au milieu un déplacement en Azerbaïdjan toujours aventureux (n’est-ce pas, Murat Yakin ?) en Europa League. C’est pourquoi on a craint des lendemains qui déchantent rapidement pour l’une des bonnes surprises de la saison passée lorsqu’elle a débuté par une défaite 6-1 à Berlin. Mais l’Eintracht a bien réagi derrière avec un très bon match contre le Bayern, perdu 0-1 mais où seul un arbitrage partial qui a refusé à SGE un but valable et un pénalty flagrant à la 90e l’a privé d’un exploit retentissant, une victoire à Braunschweig et une qualification pour les poules de l’Europa League dans une incroyable liesse populaire puisqu’ils étaient près de 50’000 dans un stade à guichets fermés pour la venue du prestigieux FK Qarabağ Ağdam. Si la victoire contre les Azéris a laissé des traces, puisque Francfort aborde ce match contre Dortmund privé de ses trois meilleurs éléments (Rode et Meier blessés, Schwegler, jugé hors de forme, remplaçant), elle a boosté le déjà toujours bouillant public francfortois. 43’000 fans de l’Eintracht survoltés d’un côté, 8’000 supporters jaunes et noirs descendus de la Ruhr (ou montés du Gros-de-Vaud au sens large pour quatre d’entre eux), c’est dans une ambiance phénoménale que démarre cet Eintracht – Borussia sous le regard perçant d’Attila, l’aigle mascotte de Francfort.

Sur les chapeaux de roue

Il ne faut pas attendre cent vingt secondes pour que le match se montre à la hauteur de l’ambiance. Cela démarre à deux cent à l’heure, ça part dans tous les sens, les deux formations exercent un pressing très haut dans le terrain et foncent en direction du but adverse dès le ballon récupéré. C’est tellement plus beau le foot quand c’est joué avec une telle intensité et une telle envie permanente d’aller de l’avant, même si, forcément, cela débouche sur un peu plus d’imperfections techniques qu’une succession morne et molle de passes latérales alibis. Après moins de deux minutes de jeu, le gardien dortmundois Weidenfeller réussit un premier miracle du genou devant Inui, il est imité quelques instants plus tard par son homologue Trapp, toujours du genou, face à Kuba, alors que Reus, seul au point de pénalty, ne trouve que le deuxième anneau du kop local. Le BVB va tout de même ouvrir le score sur un solo de Jakub Blaszczykowski ponctué d’un amour de passe pour Henrikh Mkhitaryan, lequel conclut d’un plat du pied raffiné.

Débuts réussis pour Kadlec

Le BVB va alors connaître sa meilleure période, exercer un certain ascendant sur le match et sembler être en mesure de prendre rapidement ses aises au tableau d’affichage. Mais quelques sauvetages francfortois (ou passes mal ajustées c’est selon) sur des surnombres dortmundois, deux ou trois frappes mal cadrées et surtout un raté lamentable du toujours concerné que par rares intermittences Lewandowski seul devant Trapp empêchent le BVB de faire le break. Et la défense borusse reste vulnérable sur les ruades furieuses de l’Eintracht. Un ballon perdu par Bender (je n’aurai pas dû mettre un maillot floqué à son nom) permet à Kadlec et Inui de se présenter seuls face à Weidenfeller mais le Tchèque préfère tirer sur le gardien dortmundois plutôt que servir son coéquipier qui attendait devant le but vide. Le nouveau renfort de l’Eintracht Francfort se rachètera quelques minutes plus tard en reprenant victorieusement un coup de tête de Stefan Aigner renvoyé par le poteau. Premier match de Buli à la Commerzbank-Arena et premier but pour Vaclav Kadlec, on espère qu’il y connaîtra plus de réussite que son compatriote Martin Fenin qui avait débuté sa carrière à l’Eintracht par un triplé prometteur mais n’avait jamais confirmé par la suite. 1-1, c’était le score au terme d’une première mi-temps haletante où l’on n’a pas vu le temps passer.

Leçon d’orthographe arménienne

Averti juste avant la pause (le premier carton du BVB cette saison), Mats Hummels cède sa place à Sokratis à la mi-temps, sans doute en raison de la défiance de Jürgen Klopp envers l’arbitre Manuel Gräfe dont l’arbitrage du dernier Dortmund – Hambourg est encore dans toutes les mémoires. Il faut un peu de temps à la défense jaune et noire pour se réorganiser et on ne fait pas trop les marioles à la reprise avec dix minutes de grosse pression de l’Eintracht qui a retrouvé un second souffle avec l’égalisation. C’est donc un peu contre le cours du jeu que Dortmund va reprendre l’avantage grâce à un exploit individuel d’Henrikh Mkhitaryan. L’Arménien part du flanc droit, longe la ligne des seize mètres, feinte toute la défense francfortoise et dépose le ballon dans le petit filet. Superbe ou comment justifier un statut de transfert le plus cher de l’histoire du club. Pour ma part, je pense pouvoir affirmer que, désormais, j’ai définitivement apprivoisé l’orthographe d’Henrikh Mkhitaryan. J’ai donc terminé mes devoirs de vacances dans les temps.

Au bout du suspense…

Mais, à 1-2, le match était loin d’être plié, ça continue d’aller d’un but à l’autre à une vitesse folle et de rester complètement indécis, si bien que pas un spectateur n’aurait eu l’idée saugrenue de quitter sa place avant le coup de sifflet final. Enfin, presque, spécial dédicace à l’ICE pour Köln… Dortmund galvaude quelques balles de break, notamment sur une frappe trop précipitée d’Aubameyang et un tir pas assez précipité de Lewandowski qui permet à Trapp de s’interposer, et reste sous la menace. Ainsi, Anderson ajuste le poteau, Grosskreutz sauve devant Inui et on tremble jusqu’au coup de sifflet libérateur de M. Gräfe avec une ultime volée de Joselu dans les bras de Weidenfeller. D’un côté, le BVB remporte un succès qui n’a rien d’usurpé, notamment en regard de sa domination dans les minutes qui ont suivi l’ouverture du score mais d’un autre côté l’Eintracht n’aurait rien volé non plus avec un point. Mais, quelque part, il devait être écrit que le Waldstadion et ses nombreuses forêts environnantes ne pouvaient que consacrer le triomphe du Robin des Bois venu du Ruhrpott.

Spitzenreiter, Hey ! Hey !

Si je me suis un peu enflammé avec le caractère éminemment spectaculaire et haletant du match et son ambiance de feu, force m’est de constater que le BVB n’a pas franchement réussi une bonne prestation. Pour un prétendant au titre, face à un adversaire diminué, unser Borussia a connu trop de déchets dans le dernier geste, concédé trop d’occasions de but, perdu trop de ballons bêtement, pas été suffisamment présent aux duels et a vu trop de joueurs évoluer en deçà de leur niveau, à l’image d’un Marco Reus catastrophique, d’un Nuri Sahin beaucoup plus imprécis qu’à l’accoutumée ou d’une charnière centrale trop permissive. Et bien sûr d’un Robert Lewandowski qui alterne actions de classe et ballons perdus avec une désinvolture navrante, je n’ai pas fini de m’énerver avec cet olibrius mais passons. Néanmoins, sans jamais avoir été transcendant dans le jeu, loin de là, le BVB boucle cette partie liminaire de saison, avant la pause dévolue aux équipes nationales, sur un bilan immaculé : six matchs officiels, six victoires, quatre en championnat, une en coupe et une en Supercup, un premier trophée remporté et une première place seul en tête du classement (danke Freiburg !).

La parenthèse non-alcoolisée

Cette escapade francfortoise aurait été une réussite totale si l’on n’avait pas constaté, sans l’expérimenter personnellement, que la Krombacher avait remplacé la Licher aux buvettes du Waldstadion ; c’est vraiment navrant cette uniformisation de la bière dans les stades allemands, surtout que cette Licher était vraiment bien. Dommage parce qu’à Francfort, on peut manifestement se saouler en toue quiétude puisque la police locale, dans la traditionnelle lettre de recommandations adressée aux supporters visiteurs, avait averti que l’accès au stade ne serait refusé aux fans ivres qu’avec une alcoolémie supérieure à … 15%. Je n’ai pas l’impression d’avoir jamais atteint ce genre de barre mais j’imagine qu’à 150‰ d’alcool dans le sang, tu dois avoir d’autres soucis que d’être refoulé d’un match de football, fut-il aussi épatant que cet Eintracht Francfort – Borussia Dortmund. En l’occurrence, ayant promis de conduire une partie du trajet retour, je n’étais pas concerné. Et il faut croire que je me suis vraiment emballé car je vais écrire une grosse bêtise que l’on risque de me ressortir à l’occasion : si c’est pour vivre des matchs aussi haletants (et avec la même issue bien sûr), je veux bien faire plus souvent des rencontres de Bundesliga à l’eau minérale ! En plus, au cœur du Gästeblock, j’étais entouré par cinq blondes, ce qui ne gâte rien. Définitivement, un bel après-midi de football et un chouette déplacement…

Eintracht Francfort – Borussia Dortmund 1-2 (1-1).

Commerzbank-Arena, 51’500 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: M. Gräfe.

Buts : 10e Mkhitaryan (0-1), 36e Kadlec (1-1), 56e Mkhitaryan (1-2).

Francfort: Trapp; Schröck, Zambrano, Anderson, Djakpa (67e Oczipka); Russ, Flum (71e Schwegler); Aigner, Rosenthal, Inui (83e Joselu); Kadlec.

Dortmund: Weidenfeller ; Grosskreutz, Hummels (46e Papastathopoulos), Subotic, Schmelzer; Bender, Sahin; Blaszczykowski (71e Aubameyang), Mkhitaryan, Reus (86e Kehl); Lewandowski.

Cartons jaunes: 45e + 1 Hummels, 80e Reus, 83e Zambrano.

Notes: Francfort sans Jung, Lakic, Stendera, Kittel, Meier ni Rode (blessés), Dortmund sans Piszczek ni Gündogan (blessés),

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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