Nous poursuivons nos visites chez nos voisins du Nordrhein-Westfalen. Au lendemain de BVB – Darmstadt, nos pérégrinations nous ont mené du côté de la charmante ville de Bielefeld pour un derby haut en couleurs et riches en buts et en rebondissements. La Zweite Liga aussi peut faire rêver !

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© Julien Mouquin / Génération WS

Rekordaufsteiger

Bielefeld, c’est une ville située à 80 kilomètres au nord-est de Dortmund, quelque part entre notre ville préférée et Hanovre. On s’attendait à découvrir l’une de ces cités industrielles un peu glauques du NRW mais Bielefeld s’avère en fait plutôt riante, les stations de métro sont des œuvres d’art et les alentours du stade sont bordés de parc, de jardins et d’étangs – et de Biergarten cela va sans dire. L’affiche du jour, c’est Arminia Bielfeld – Hannover 96, pas vraiment un derby puisqu’Hanovre se trouve dans le Niederrhein. Il faut dire que l’Arminia n’a jamais vraiment eu le temps de se créer de vraies rivalités, même pas avec le BVB (même si l’on parle de Westfalenderby entre Bielefeld et Dortmund), car c’est un club qui ne reste jamais assez longtemps dans une ligue pour s’y faire des ennemis héréditaires. C’est au moins un record qui échappe au Bayern Munich : l’Arminia partage, avec Nuremberg, le record de promotions en Bundesliga (7) mais aussi le record de relégations en Zweite Liga (7 aussi). Lors de sa dernière apparition en Buli, en 2009, l’Arminia avait connu de graves problèmes financiers qui l’avaient contrainte à repartir presque de zéro en troisième division. Depuis, le club a retrouvé la Zweite Liga en 2013, a subi une nouvelle relégation au terme d’un barrage dramatique contre Darmstadt en 2014, avant une énième promotion en 2015. Au moins, supporter les Arminen, c’est la garantie de ne jamais s’ennuyer ! Et de régulièrement avoir quelque chose à fêter…

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© Julien Mouquin / Génération WS

Hanovre sous pression

Si Bielefeld ne vise rien d’autre que le maintien cette saison, l’adversaire du jour, Hannover 96, lui n’ambitionne rien d’autre que le retour immédiat dans l’élite après la relégation subie en mai dernier. Un beau gâchis car il n’y a pas si longtemps les Roten éliminaient Séville en Coupe d’Europe mais ils se sont sabordés en virant, à quelques mois d’intervalle, les deux principaux artisans de leur retour au sommet, l’entraîneur Mirko Slomka, et le manager Jürg Schmadtke, qui fait désormais le bonheur du 1. FC Köln. Depuis, la trajectoire de Sechsundneunzig n’a été qu’une longue descente aux enfers au gré des décisions inconsidérées du président Martin Kind, l’un des dirigeants les plus controversés d’Allemagne. Martin Kind, c’est l’ennemi juré de notre directeur général Hans-Joachim Watzke puisque le président de 96 milite pour l’abrogation de la clause 50+1 (qui interdit les actionnaires majoritaires dans les clubs allemands) dont Aki est le plus fervent défenseur. Herr Kind a en tous les cas mis la pression sur ses joueurs en déclarant que ne pas remonter cette année coûterait 50M € à son club et pourtant le Wiederaufstieg n’aura rien d’aisé dans la « beste Zweite Liga aller Zeiten » avec la présence de nombreux monuments du foot allemand Stuttgart, Hanovre, Kaiserslautern, Düsseldorf, Nürnberg, Karlsruhe, 1860, Bochum… C’est une équipe d’Hanovre déjà sous tension qui débarque à Bielfeld surtout que c’est l’ennemi honni, l’Eintracht Braunschweig, qui a réussi le meilleur début de saison dans la catégorie. D’ailleurs, les matchs les plus chauds de la saison outre-Rhin sont peut-être à chercher dans cette 2. Liga avec les retrouvailles entre Stuttgart et Karlsruhe, ainsi qu’entre Hanovre et Braunschweig…

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Choreo

La rivalité est moindre ente Bielefeld et Hanovre mais le match débute dans une superbe ambiance avec un somptueux Choreo sur tout le stade, y compris en bloc visiteurs, avec lesquels il existe quelques liens d’amitié avec les locaux, pour fêter les 90 ans du stade, le Bielefelder Alm (Schüco Arena pour le nom officiel). Il s’agit d’une superbe enceinte de près de 30’000 places, qui affiche presque complet, avec des tribunes bien verticales et un kop assez imposant (bordé d’une charmante publicité Gin Lovic pour le gin local…), bref un joli petit stade de foot comme on les adore. C’est ça qui est génial en Allemagne, et surtout en Rhénanie du Nord-Westphalie : tous les week-ends tu as l’embarras du choix avec des affiches improbables aux ambiances de feu et à la ferveur authentique, c’est vraiment là que vibre le cœur du foot, bien davantage que dans les affiches de prestige peuplées de touristes en quête de gloire et de selfies.

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Contraste

Le match offre une vraie opposition de style entre une équipe de Bielefeld limitée mais combative et survoltée par son formidable public et un Hanovre plus à l’aise techniquement et collectivement mais moins engagé. Dans un premier temps, c’est le cœur des Blauen qui va dominer. En Allemagne, les joueurs préférés des foules sont rarement les stars au palmarès prestigieux qui enquillent les buts, enchaînent les dribbles spectaculaires et animent les pages people. Les fans leur préfèrent les joueurs de devoir, les clubistes qui s’identifient complètement à leur couleurs et font preuve d’un engagement exemplaire en toutes circonstances. A Bielefeld, le joueur, buteur et capitaine s’appelle Fabian Klos, lequel fait partie du onze des 111 ans d’histoire du club, récemment désigné par les fans. Ce presque trentenaire a longtemps milité dans les séries inférieurs avant de rejoindre l’Arminia en 2011 en pleine galère financière et depuis il est resté fidèle à son club de cœur, au gré des relégations et promotions, malgré de nombreuses offres de Vereine plus huppées. Le stade va donc chavirer lorsque son idole va lui offrir, peu avant la demi-heure, cinq minutes de pure folie. Cela commence par l’ouverture du score sur pénalty, se poursuit par un tir sur la base du poteau et se termine par un 2-0 de vrai renard des surfaces. Le tout en 300 secondes de pur délire.

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Six buts, comme d’habitude

Un peu sonné, Hanovre va toutefois trouver les ressources pour faire valoir sa maîtrise technique et collective supérieure contre un Bielefeld qui a éprouvé le besoin de souffler après son début de match furieux. Les Roten vont égaliser, d’abord sur un autogoal de Schuppan en fin de première mi-temps puis sur un coup de tête de Karaman. Il restait 20 minutes à jouer et l’on ne donnait pas cher des chances d’un Arminia visiblement fatigué. Mais, contre le cours du jeu, Bielefeld va reprendre l’avantage sur un coup-franc lointain de Brian Behrendt, certes surpuissant mais sur lequel le gardien d’Hanovre Tschauner n’a pas bonne mine. Il ne restait plus alors qu’aux Blauen d’Ostwestfalen à s’arque-bouter sur cet avantage au score. Ils ont failli y arriver mais un mauvais pressentiment nous envahit lorsqu’Hanovre obtient un corner au début des arrêts de jeu. Et cela va se vérifier : la deuxième mi-temps va se terminer comme la première, soit par un autogoal du malheureux défenseur Sebastian Schuppan à la première minute du temps supplémentaire ! Bielefeld a donc inscrit cinq goal mais c’est bien un match nul 3-3 qui sanctionne ce derby complètement fou. Nous sommes un peu déçu pour l’Arminia et son magnifique public mais ne regrettons en rien ce petit voyage en Westphalie de l’Est : six buts, un match plein de suspense et de rebondissements, de la ferveur, une ambiance de feu et de la bière. Vive la Zweite Liga !

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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