Kämpfen und siegen, combattre et vaincre ! C’est l’un des slogans et l’un des chants préférés du peuple jaune et noir. Malheureusement, nos joueurs ne l’ont manifestement pas intégré samedi à Leipzig : ils ont tout simplement oublié de combattre ! Et en Bundesliga, ce genre d’attitude se solde immanquablement par une défaite, logique. On a beaucoup critiqué le RB Leipzig, « club sans âme ». Mais au Zentralstadion, l’envie et l’enthousiasme étaient clairement du côté du taureau autrichien et c’est notre équipe qui a joué sans âme. Inquiétant.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Traumtag

Ce déplacement à Leipzig avait pourtant débuté sous les meilleurs auspices. Après un réveil à 4h du matin (ça se mérite, un math de Buli) et un vol sans histoire, mon avion atterrit à quelques encablures de celui du BVB à l’aéroport de Leipzig/Halle. Le soleil et la canicule règnent sur la Saxe. Je débute, fortuitement, mon escapade est-allemande au Fanshop du Lokomotive Leipzig qui, comme nous, déteste le RB Leipzig. « Le vrai football à Leipzig vient de la bouteille », annonce une pancarte vantant la nouvelle bière du club. La sympathique tenancière m’explique que je suis le premier fan du BVB à lui rendre visite aujourd’hui mais qu’elle en attend beaucoup d’autres, elle a d’ailleurs collé un autocollant du Borussia sur sa caisse qu’elle me montre fièrement lorsque je lui achète un t-shirt en signe de soutien pour ce club historique. On se quitte en nous souhaitant bonne chance pour nos duels respectifs du week-end contre le grand Satan Red Bull, samedi contre la première équipe en Bundesliga pour nous et dimanche en Regionalliga contre la réserve du RB pour eux (avec au final un même résultat pour nos deux clubs : une défaite 0-1, sale week-end pour les Traditionsvereine). Après avoir dévalisé une boulangerie et ramené quelques spécialités locales pour mes employés (vu le nombre de matchs que j’ai prévu d’ingurgiter en septembre, il faut bien rappeler que le patron vit toujours), j’en termine avec le shopping pour passer à la partie plus récréative du week-end : la préparation de match. A la bière, forcément.

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Des nouveaux amis

On n’a pas eu d’été mais, depuis la reprise des matchs officiels du BVB, soleil et chaleur sont au rendez-vous, comme s’ils avaient attendu le retour du foot pour briller à nouveau. Les terrasses sont bondées dans cette magnifique ville de Leipzig et je me retrouve assis en compagnie de deux fans travaillant ensemble près de Koblenz. Ils sont étonnés que je connaisse la petite ville d’où ils viennent et la manière dont je l’ai découverte les fait beaucoup rigoler : une erreur de train et un assoupissement en rentrant d’un déplacement trop arrosé à Stuttgart pendant la Frühlingsfest. L’un deux, Markus, est fan du BVB et se rend régulièrement au Westfalenstadion, l’autre, Christian, est natif de Leipzig et fan du RB. Il m’explique sa joie et son émotion à revoir un match de Bundesliga dans sa ville natale. Je lui fais part de mes réticences sur son club, il m’explique qu’il supportait le VfB Leipzig mais avoue qu’il a un peu lâché son club, disparu en 2004, après une relégation dramatique en Regionalliga contre Wattenscheid et qu’il n’imaginait pas devenir fan du Lokomotive, qui lui a succédé, dont il trouve les supporters trop connotés politiquement à droite. Cette conversation ne changera pas mon opinion sur le projet Red Bull mais faire des théories et énoncer des concepts abstraits derrière son ordinateur est une chose, se retrouver confrontés à des trajectoires de vie, des passions tout à fait respectables, en est une autre.

C’est aussi – et peut-être surtout – pour ce genre de rencontres qu’on fait tous ces déplacements, qu’on parcourt des milliers de kilomètres chaque saison, c’est seulement comme cela qu’on peut vraiment appréhender toute la vie et l’émotion qu’il y a derrière un match de football. J’aurai toujours plus de respect et de plaisir à partager ma passion avec un fan d’une équipe – aussi détestable soit-elle – qui est capable de parler, des trémolos dans la voix, du détail de l’action qui a conduit à un but décisif d’un VfB Leipzig – Wattenscheid 09 vieux de plus de dix ans qu’avec un supporter de mon club dont l’horizon footballistique s’arrête à la Ligue des Champions, qui fanfaronne avec ses 27 selfies pris lors du « Klassiker contre le Bayern au Signa Iduna » et qui est complètement largué dès que l’on parle des rouages intimes de la Bundesliga. Il y a beaucoup d’images et de vidéos brocardant le RB Leipzig qui ont circulé parmi la communauté schwarzgelb, Christian me montre qu’ils en ont fait autant à notre sujet. Et je suis forcé de reconnaître que certaines de leurs critiques sonnent juste, notamment lorsqu’elles se gaussent du côté parfois donneur de leçon et détenteurs unique de la passion™ des autoproclamés « meilleurs fans du monde » ou de nos Modefans qui critiquent le manque d’histoire ou le caractère mercantile et opportuniste du RB mais n’avaient jamais mis les pieds au Westfalenstadion avant 2013 et ne s’y déplacent que pour des matchs contre le Real ou le Bayern avec des billets achetés 250€ au marché noir sur internet. Bref, on rigole bien, les tournées s’enchaînent dans la joie et la bonne humeur.

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La douche froide

On retrouve cette ambiance conviviale et détendue dans les nombreux Biergarten bordant le stade, on est loin de l’atmosphère tendue que l’on redoutait au vu du contexte, d’ailleurs la fouille à l’entrée du bloc visiteurs est quasi inexistante. Il paraît que les fans dortmunois situés dans d’autres secteurs ont eu quelques soucis avec la sécurité et ont dû enlever leur maillot pour entrer au stade et assister au match  torse nu. Mais c’est comme cela dans tous les stades d’Allemagne : certains blocs sont interdits aux maillots de l’autre équipe, le seul tort du RB c’est de ne pas l’avoir indiqué explicitement sur le billet, comme c’est la coutume. Le premier nuage dans cette magnifique journée caniculaire en Saxe intervient en arrivant dans le Gästeblock : je suis abordé par un fan visiblement en état avancé de manque qui me propose de racheter ma bière à moitié vide importée d’un Biergarten pour 5€. Je refuse évidemment car j’ai bien compris le problème : aux bars du bloc visiteurs, il n’y rien d’autre que du Red Bull, de l’eau et de la Clausthaller alkoholfrei, tu parler d’un choix !

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Ambiance et marketing

On le sait, le projet du RB Leipzig est avant tout une affaire de marketing. Or, pour Red Bull, le danger c’est d’être amalgamé, comme Hoffenheim, à un club de millionnaires au cigare. C’est une image qui colle peut-être à une boîte de logiciels pour entreprises comme SAP, qui s’adresse avant tout aux décideurs, beaucoup moins à une firme dont le produit vise avant tout un public jeune. La société autrichienne va donc tenter de donner à son club la même image dynamique et impertinente qui bouscule les conventions et vient bouleverser l’ordre établi qu’elle a développé dans ses autres projets marketing, la formule 1 ou les sports extrêmes, voire loufoques. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre leur tifo qui ironise sur nos critiques en affirmant « tu as 60 ans et tu es à nouveau en première division ». L’ambiance des fans locaux est plutôt meilleure qu’attendu : si le RB n’a pas d’histoire, il y a bien une culture du foot à Leipzig. De notre côté, on craignait un gros flop comme à Stuttgart, Gelsenkirchen ou Hoffenheim la saison dernière, en l’absence des Ultras en pleine séance de boycott au Rote Erde. Mais c’est plutôt pas mal en début de match, malheureusement la prestation consternante de nos Jungs va bien vite refroidir l’ambiance et les ardeurs du peuple Borusse.

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Désolant

Car nous allons vite nous apercevoir que notre équipe n’y est pas. Nous sommes complètement dominés par les Bullen dans l’envie et l’engagement. On retrouve ces scénarios du match que l’on déteste avec un BVB qui se retrouve cantonné dans une possession de balle stérile et improductive. Il n’y pas de conviction, de percussion, d’envie, nos joueurs se contentent de faire tourner le ballon en attendant que le but tombe tout seul. Mais c’est difficile de marquer en investissant aussi peu dans les 30 derniers mètres. Au final, nous n’aurons que deux occasions, un tir juste à côté de Schürrle en première mi-temps et une frappe de Schürrle qui heurte le sommet de la transversale alors que nous nous présentions à trois contre un. Il restait dix minutes à jouer et un but dortmundois à ce moment-là aurait été inscrit contre le cours du jeu. Car Leipzig était beaucoup plus proche du 1-0, Bürki et Guerreiro avait déjà dû jouer les sauveurs quelques minutes auparavant. C’est donc tout à fait logiquement que les Bullen ont arraché la victoire à une minute de la fin par Keita qui surgit au milieu d’une défense figée. Le RB Leipzig pouvait fêter la première victoire à domicile de sa non-histoire, mon nouveau pote Christian l’a d’ailleurs tellement fêtée qu’il s’est endormi avant même de me rejoindre à la fameuse Barfußgäßchen, la rue des bars de Leipzig, où je tente de noyer ma déception dans la bière. Certains fustigent les nombreuses fautes commises par le RB, mais l’arbitre n’est pour rien dans notre défaite, c’était juste le reflet d’une équipe qui en voulait beaucoup plus que la nôtre et forcément cela interpelle de voir ce club supposé sans âme nous dominer complètement dans la hargne et la volonté. Il ne s’agit pas de critiquer l’un ou l’autre joueur, samedi c’est toute l’équipe du BVB qui a été insuffisante dans l’engagement et la volonté.

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Contre nature

Alors que beaucoup se sont extasiés sur notre recrutement estival bling-bling à 110M €, nous sommes quelques-uns à nous être inquiétés d’un mercato déséquilibré avec la mise à l’écart des joueurs emblématiques de notre effectif et l’arrivée de joueurs au profil similaires, plutôt rapide et technique mais pas vraiment des guerriers et des monstres physiques. On craignait que notre équipe ne soit pas franchement taillée pour les combats de la Bundesliga et la démonstration en a été faite samedi. Dès lors que les automatismes ne fonctionnent pas encore en attaque et qu’il y a beaucoup trop d’imprécision dans la dernière passe, notre équipe n’a plus de guerriers capables d’aller gagner ce type de matchs à l’énergie ni d’attaquants costauds pour aller peser physiquement sur la défense adverse. Clairement, Thomas Tuchel montre sa volonté de renier l’héritage de Jürgen Klopp pour proposer autre chose. Mais ce faisant, il dénie aussi l’ADN du club. Au Borussia Dortmund, club ouvrier d’une ville industrielle, nous n’irons jamais au stade comme en Espagne pour voir un spectacle avec un jeu léché, sophistiqué et académique, le dernier qui a essayé cela chez nous c’est Bert van Marwijk et cela a échoué. A Dortmund, le foot doit rester une kermesse populaire festive avec un jeu animé avant tout par la passion, le combat et l’enthousiasme, éléments complètement absents dans notre jeu samedi. Même au Bayern Munich, club pourtant plus bourgeois, Josep Guardiola n’a jamais réussi à faire adhérer supporters et joueurs à son projet de jeu, c’est dire si notre entraîneur fait fausse route avec ce qu’il tente de mettre en place. Aucun entraîneur ne sera jamais au-dessus du club et ne pourra imposer un système de jeu contre nature.

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Une grande équipe, vraiment ?

Quand Jürgen Klopp a ramené le BVB vers les sommets, nous étions souvent dans la position de l’outsider qui battait des équipes plus riches avec l’émotion, l’enthousiasme et la rage de vaincre. Aujourd’hui, les rôles sont inversés, c’est nous qui sommes l’équipe riche que tout le monde veut battre à l’énergie et nos Jungs peinent à assumer ce nouveau rôle. Pourtant, si nous voulons vraiment jouer dans la cour des grands, il faut que nos joueurs parviennent à développer cette culture de la victoire à tout prix. La comparaison entre notre match et celui du Bayern ce week-end est éloquente. Le Rekordmeister a été sérieusement bousculé à Gelsenkirchen – au passage, même s’ils n’ont toujours pas marqué le moindre point ni but, il faudra se méfier des Blauen cette saison car cela fait longtemps que l’on n’avait pas vu une équipe bouger le Bayern comme ils l’ont fait pendant une heure de jeu. Mais le Bayern a su laisser passer l’orage et élever le rythme pour aller chercher la victoire dans les dix dernières minutes. Alors que notre équipe est restée sur un rythme monocorde sans chercher à augmenter d’intensité et d’engagement pour prendre les trois points. Je n’ai aucun problème avec la défaite, cela fait partie du foot, on peut perdre un match parce que l’adversaire était meilleur, a eu plus réussite ou a été favorisé par l’arbitre mais pas parce qu’il en voulait plus que nous.

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Réaction attendue

Notre soutien envers notre équipe, quelques soient les résultats, la compétition ou l’adversaire est presque inconditionnel. Presque car il y a tout de même une condition : on veut voir une équipe qui fait honneur au maillot et se bat sur chaque ballon pour nos couleurs, cela n’a pas franchement été le cas à Leipzig. Nous voulions frapper un grand coup contre le Kommerzfußball, l’opération a tourné au flop. C’était attendu mais, malgré le boycott, le Gästeblock à Leipzig était plein. En revanche, le Rote Erde pour le match de nos Amas contre Wuppertal n’affichait pas complet : 6800 fans, c’est plus que respectable pour une deuxième équipe en Regionnalliga mais, en décomptant les supporters adverses, c’est à peine un quart de la Südtribüne, moins de 10% des fidèles du Westfalenstadion qui a répondu à la mobilisation des Ultras, on est resté loin des 8000 spectateurs enregistrées pour un Derby entre BVB II et Schalke II il y a quelques saisons ou des 9999 contre Regensburg pour notre Nachwuchs pendant le Familientag en 2014. Pire, nos deux équipes n’ont récolté qu’un point et ont été incapables de marquer le moindre but alors forcément nous sommes un peu la risée de toute l’Allemagne avec cette journée qui était sensée donner un signal fort contre le foot business. C’était donc un samedi noir pour le BVB ; on s’en relèvera, notre club a toujours fonctionné ainsi, renaître après une désillusion mais il faudra montrer beaucoup plus d’envie et d’engagement. Et rapidement car nous avons commencé de la pire manière cette série infernale de 7 matchs en 21 jours au cours de laquelle nous pourrions déjà perdre beaucoup de nos illusions dans cette saison 2016-2017 si notre équipe ne montre pas tout autre chose que ce qu’elle a présenté dans ce match maudit à Leipzig…

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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Dossier Leipzig (4/5) : Borussia Dortmund Amateure – Wuppertaler SV. Fußballtradition!

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