Aucune mousse – du moins pas alcoolisée – mardi soir au Westfalenstadion, mais un très bon match de football et une jolie ambiance. Brillant, mais inefficace en première mi-temps, brouillon, mais accrocheur en seconde, le Borussia Dortmund a confirmé ce qu’on pense de lui depuis le début de la saison : un talent fou, beaucoup de virtuosité, un banc monstrueux, mais un manque de tranchant devant le but, une certaine fragilité défensive et encore pas mal de choses à mettre en place. Au final, c’est plutôt un bon point contre les Galactiques du Real Madrid et, comme on pouvait s’y attendre après le tirage au sort, c’est bien lors de la double confrontation contre le Sporting Lisbonne que va se jouer notre qualification pour les huitièmes de finale.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Le crime parfait

Si tu vas au Westfalenstadion et que tu n’es pas au courant de l’affiche du jour, tu peux au moins deviner au premier coup d’œil de quelle compétition il s’agit. A quoi reconnaît-on un Westfalenstadion en mode Ligue des Champions ? Premièrement, le stade se remplit beaucoup plus tardivement qu’en Bundesliga, la plupart des fans profitant le plus longtemps possible des Biergarten en raison de l’absence d’alcool dans le stade. Deuxièmement et corollaire, alors qu’en championnat de longues files se forment aux buvettes, celles-ci sont complètement désertées en Königsklasse. Troisièmement, et c’est toujours un crève-cœur, il y a des sièges en Südtribüne qui perd dès lors près de la moitié de sa capacité. Il y a quelques années, certains milieux policiers voulaient supprimer les places debout en Buli. Le ministre allemand de l’Intérieur était alors intervenu en affirmant que mettre des sièges dans le mur jaune serait un crime. Et pourtant, ce crime abominable, l’UEFA le commet à chaque match de Coupe d’Europe dans notre Heimat. Enfin, rien d’étonnant de la part d’une organisation qui a créé un truc aussi infâme que cette Ligue du Pognon. Quatrièmement, à quelques exceptions près, les supporters adverses sont souvent inexistants et c’est particulièrement le cas de ceux du Real.

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Les fantômes madrilènes

Alors qu’ils avaient droit à 3’200 billets, les Merengue n’en ont commandé que 1’600 et les fans qu’on a pu croiser en ville ne devaient de loin pas tous venir de Madrid. Bref, de vrais fantômes silencieux, rien à voir avec la guerre des chants en tribunes que nous livrons tous les week-ends ou presque en Buli. A tous ceux qui rêvent de copier un jour un club comme le Real, je pose la question : à quoi bon gagner des titres si c’est pour générer aussi peu d’engouement et de passion ? C’est toujours dommage de jouer nos matchs les plus importants dans un Westfalenstadion pareillement édulcoré. Pas tellement pour l’image que l’on donne, on s’en contrefiche et tous les connaisseurs savent bien que notre Tempel se découvre en championnat et surtout pas en Coupe d’Europa. Mais c’est triste de penser que 15’000 fans, dont une partie de la rédaction de ton site préféré, qui sont avec nous contre Darmstadt ou Freiburg sont privés d’Europe en raison de la capacité réduite du stade.

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Enthousiasmant

Néanmoins, contrairement à certains de nos matchs européens du printemps, il règne une belle ambiance en cette magnifique soirée d’été indien sur le Ruhrpott. Les chants claquent bien, les tribunes latérales sont souvent debout pour reprendre les chants et, à part quelques temps morts en deuxième mi-temps, à l’image de l’équipe, nos Jungs ont pu compter sur un soutien quasi permanent du peuple schwarzgelb, il y avait clairement moins de footix viagogo que ce que nous pouvions craindre. La brillante performance de notre Borussia a certainement contribué à cette belle ambiance. Le match démarre sur les chapeaux de roue avec un coup franc de chaque côté, détourné par Bürki et Navas. On se souvient qu’Iker Casillas avait développé un certain complexe du Westfalenstadion, Keylor Navas n’a manifestement pas ce problème et c’est lui qui va maintenir le Real dans le match en première mi-temps. Car le BVB a complètement surclassé le tenant du titre dans le jeu pendant les 45 premières minutes. Cela joue vite, nos joueurs n’hésitent pas à prendre des risques, à dribbler, le rythme et le pressing sont intenses, on s’est fait plaisir. Seul problème et ce n’est pas nouveau : cela manque d’efficacité, à l’image d’un Demeblé impressionnant dans ses dribbles, mais faisant souvent le mauvais choix dans le dernier geste.

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Tellement fragile

Pire, malgré sa supériorité collective, notre BVB va se faire piéger par les individualités madrilènes sur une talonnade de Bale et une reprise de Ronaldo. En 2012-2013, en phase de groupe comme en ½ finale, le Portugais était à chaque fois venu allumer le mur jaune après son but au Westfalenstadion et le Real s’était fait démonter derrière. Il a retenu la leçon : cette fois, il fuit la Südtribüne après son but. Vu l’ampleur du score, certains avaient nié l’évidence après la victoire à Wolfsburg, mais c’est un fait : notre défense n’est pas tout à fait à la hauteur de nos ambitions pour gagner des titres. Le 4-1-4-1 de Thomas Tuchel fonctionne très bien contre des adversaires plus modestes, mais, face à des individualités comme celles du Real ou de Leverkusen samedi, on peut se demander s’il ne faudrait pas mieux protéger notre fragile défense en introduisant une vraie sentinelle, Rode ou Bender, aux côtés de Weigl, en enlevant un milieu offensif, par exemple Götze, qui semble s’être acquis le pardon d’une majorité du peuple borusse, mais qui, malgré quelques éclairs, ne donne pas l’impression d’être très bien intégré au collectif.

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Le missile de Schürrle

Heureusement, nos Jungs vont être (un peu) récompensés de leur belle première mi-temps en égalisant sur un coup franc mal renvoyé par Navas sur Varane pour permettre à Pierre-Emerick Aubameyang d’égaliser. On espérait voir nos Jungs faire la décision en deuxième mi-temps, face au mur jaune. Malheureusement, ce sera moins brillant après la pause. Le rythme descend d’un ton et, lorsque l’intensité n’y est plus, notre jeu de possession devient vite stérile. Le Real en profite pour reprendre l’avantage par Varane sur un nouvel oubli défensif. Et malgré les bonnes entrées de Schürrle, Pulisic et Mor, on a craint un moment la première défaite de notre Histoire au Westfalenstadion contre le Real : les attaques se faisaient moins tranchantes, les occasions moins dangereuses et l’arbitre n’était pas trop de notre côté. Néanmoins, nos Pöhler vont trouver les ressources pour revenir une deuxième fois sur un centre de Christian Pulisic et une frappe surpuissante d’André Schürrle qui n’ont laissé aucune chance à Navas qui aurait sans doute fini scotché au fond du but s’il était trouvé sur la trajectoire. Le Westfalenstadion explose et pousse pour aller chercher un troisième but afin d’écrire une nouvelle page de la magie de notre stade. Malheureusement, cette égalisation est arrivée un peu tard, car on sentait le Real au bord de la rupture dans cette ambiance survoltée. Il y a bien eu une ultime occasion dans les arrêts de jeu, mais cela se termine par un cafouillage et une faute sur Navas.

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Mitigé

On quitte le stade sur un sentiment mitigé ; d’ailleurs, en ville, ce n’était pas l’ambiance des grandes soirées de fêtes européennes, nos bars préférés se sont vidés assez rapidement : d’un côté, prendre un point contre le Champion d’Europe après avoir été mené deux fois au score, ce n’est pas si mal, surtout que les Merengue ont tout de même eu quelques balles de break. Et on préserve notre invincibilité à domicile contre la Maison Blanche. D’un autre côté, c’est un peu frustrant de ne pas avoir concrétisé davantage d’occasions, d’avoir donné deux buts sur les rares incursions adverses dans notre camp et de ne pas avoir mis à profit notre domination en première période pour prendre les devants au tableau d’affichage. Mais en face il y avait une équipe de stars planétaire qui ont tout gagné et jouent ensemble depuis longtemps, alors que notre équipe est au début d’un processus de reconstruction avec des jeunes joueurs inexpérimentés. Et c’est clairement ce type de match qui nous fait avancer pour qu’à l’avenir nous soyons en mesure de concrétiser notre domination et notre virtuosité technique. A commencer par samedi à Leverkusen, car, s’il n’y a qu’un match à gagner cette semaine, c’est bien celui contre la Werkself. Pour la qualification en Ligue des Champions, on se doutait depuis le début qu’il faudrait prendre quatre points au moins contre le Sporting Lisbonne, c’est toujours d’actualité et ça paraît largement faisable ; ensuite il ne restera plus qu’à valider la qualification contre Varsovie, avant d’aller jouer la première place dans une dernière journée de gala à Madrid sans pression. L’article a commencé en parlant de mousse, il se termine par une pression, ce n’est pas si compliqué le foot en Allemagne.

Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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