C’était en décembre 2012 et le Westfalenstadion connut alors l’un des arbitrages les plus catastrophiques de son histoire. Le Borussia Dortmund semblait se diriger vers une victoire sans trop de soucis contre une pâle équipe de Wolfsburg. C’était compter sans l’inénarrable  Wolfgang Stark dont les erreurs avaient changé le cours de match puisque quatre des cinq buts plus l’expulsion de Schmelzer sont le fruit de décisions litigieuses, voire scandaleuses. Une chose est sûre : on ne regrette pas que M. Stark ait depuis pris sa retraite.

La défaite concédée par le Borussia Dortmund trouve son origine lors de la Coupe du Monde 2002. Cette année là, quelques décisions arbitrales litigieuses permettent à la Corée du Sud d’accéder en demi-finales. Le monde est scandalisé, pas tant par les décisions controversées elles-mêmes, on a vu bien pire que ça, mais surtout par le fait que ces erreurs profitent à une petite nation dont la présence dans le dernier carré dérange car elle prive le monde d’affiches prestigieuses et les sponsors de retransmissions lucratives. Plus jamais ça, clame t’on en haut lieu, les arbitres doivent comprendre que, dans le doute, il faut toujours avantager l’équipe la plus prestigieuse. Pour assurer cette « prime aux grands » la tête de l’arbitrage mondial est confié, peu après la Coupe du Monde 2002, à deux personnages sulfureux qui n’avaient pas de compétences en la matière et occupent des fonctions a priori incompatibles avec un poste à la tête de l’arbitrage, les présidents des fédérations espagnoles et brésiliennes. Le second nommé est récemment tombé avec des accusations de corruption pour des sommes faramineuses, le premier est pour l’instant passé entre les gouttes (article écrit en 2012, ce personnage est aujourd’hui aussi tombé depuis), malgré quelques rumeurs peu flatteuses, notamment sur son rôle dans l’attribution de la Coupe de Monde 2022 au Qatar. En tous les cas, depuis que ce duo infernal chapeaute l’arbitrage mondial, on a l’impression qu’une carrière d’arbitre ne se construit plus seulement sur les compétences mais bien davantage sur la capacité à commettre des erreurs « politiquement correctes ».

Wolfgang Stark, le multirécidiviste

Wolfgang Stark est le rejeton typique de ce système dévoyé. L’arbitre bavarois est régulièrement sous le feu de la critique pour des erreurs assez grossières mais son statut d’arbitre phare d’Allemagne n’est jamais remis en question, c’est toujours lui qui représente le pays dans les grandes compétitions internationales. Sans doute parce qu’il siffle toujours dans le sens du vent. Au plan international, il a notamment comme titres de gloire en C1 un Spartak Moscou – Marseille en 2010 où il avait offert la qualification aux Phocéens à coup de décisions erronées ou la demi-finale 2011 entre le Réal Madrid et Barcelone qu’il avait faussée par l’expulsion scandaleuse de Pepe sur une simulation de Dani Alves, quelques jours après avoir déclaré être fan de Messi. Et puis Wolfgang Stark, c’est aussi l’homme qui a sauvé l’Espagne d’une élimination quasi certaine lors du dernier Euro en oubliant un pénalty flagrant pour les Croates avant de valider un but espagnol litigieux sur la contre-attaque. C’est encore pire au niveau national, j’ai le souvenir d’arbitrages complètement incohérents de M. Stark lors de matchs Dortmund – Schalke en 2009, Dortmund – Hoffenheim en 2010 ou encore Leverkusen – Dortmund en 2011. Et j’imagine que les fans de tous les clubs d’Allemagne (sauf du Bayern) peuvent ressortir le douloureux souvenir d’un match de leur équipe favorite tronqué par M. Stark. Et pourtant, celui-ci sévit toujours. Mes compagnons de route du week-end peuvent en témoigner : avant ce match contre Wolfsburg, j’avais avoué craindre plus l’arbitre bavarois que l’adversaire du jour. Et ça n’a pas raté.

Pourtant, c’était bien parti…

Le début de match laissait pourtant augurer d’une victoire assez aisée du BVB. Malgré l’absence d’encouragements, action « Ohne Stimme keine Stimmung » oblige, les Pöhler s’installent d’emblée dans le camp adverse. C’était assez impressionnant de voir le Westfalenstadion, d’habitude si bruyant, réduit au silence pendant 12 minutes et 12 secondes. Enfin, presque réduit au silence parce que le temple jaune n’a pu s’empêcher de faire une légère entorse au boycott des chants lorsque Marco Reus a ouvert le score sur un coup franc rentrant, Diego Benaglio étant trompé par la vaine tentative de déviation de Lewandowski, en position de hors-jeu pour quelques centimètres. Même s’il est litigieux, ce but récompensait l’emprise  totale du Borussia sur le jeu, il faut un Diego Benaglio des grands soirs pour que le match ne soit pas plié après une demi-heure.

Le scandale

Tout va basculer à la 35e : Diego lance Vieirinha, un bon mètre hors-jeu, le juge de touche oublie de lever son drapeau, le Brésilien centre pour Dost dont la reprise est sauvée du genou sur la ligne par Schmelzer. Dans un premier temps, M. Stark laisse jouer puis, devant les pleurnicheries des Wölfe, se ravise et donne pénalty et carton rouge à Marcel Schmelzer pour une main imaginaire. Pour être franc, depuis nos places en Südost Tribüne, on n’était pas convaincu du caractère erroné de la décision, les avis étaient partagés parmi les potes du Block 85 mais, vu les antécédents du personnage, on s’est énervé comme si M. Stark s’était grossièrement fourvoyé et c’était effectivement le cas.

Le Bavarois s’excusera à la fin du match mais ça nous fait une belle jambe, ce qui aurait dû être une aimable promenade de santé se transformait en galère pénible, surtout que Diego transforme le pénalty. L’injustice est tellement crasse que la ligue a décidé de n’infliger aucune suspension au latéral gauche du BVB, en dépit du règlement imposant au minimum un match de suspension après un carton rouge ; ça ne nous paraît pas franchement une bonne idée car chaque club victime d’un carton rouge un peu sévère sera désormais tenté de demander une annulation de la suspension de son joueur. Et où est la logique de ne réparer que la partie la moins dommageable de l’injustice, la suspension, mais pas la plus grave, les points perdus. On préférerait voir M. Stark expédié en Dritte Liga pour éviter que pareille mésaventure ne se reproduise lors des prochains matchs.

Le sketch continue

On n’était pas encore au bout du sketch arbitral. Wolfsburg prend l’avantage sur un coup franc de Diego magnifiquement repris par Naldo, lequel profite de la passivité de la défense dortmundoise et du juge de touche, qui oublie un hors-jeu de position de Kjær masquant Weidenfeller. Tu imagines l’ovation que l’on a réservée au trio arbitral à la pause. Mené au score et en infériorité numérique, le BVB va être admirable de courage après la pause, dominant copieusement un Wolfsburg minimaliste. Il faudra une nouvelle fantaisie de M: Stark pour l’égalisation avec un pénalty de compensation accordé à Lewandowski qui a certes été poussé dans le dos par Kjær, mais n’a pas fait grand chose pour rester debout. A ce moment-là, face à un adversaire aussi peu entreprenant, il aurait peut-être, compte tenu des circonstances, été tactique de lever un peu le pied pour sauver un point à 10 contre 11. Mais ce n’est pas le genre de la maison: le BVB va continuer à prendre tous les risques afin d’offrir la victoire attendue à son fantastique public et va se faire piéger sur une approximation de Santana qui permet à Diego de lancer Bas Dost. Très prolifique depuis le limogeage de Felix Magath, le meilleur buteur du dernier championnat de Hollande crucifie Weidenfeller pour offrir la victoire à Wolfsburg. Cette fois, Dortmund ne reviendra pas, surtout qu’en face il y a un gardien en état de grâce cet automne, Diego Benaglio, qui assure la victoire des siens en détournant un dernier tir de Marco Reus.

Schade

Quand tu finis le match avec 21 tirs contre 7 à l’adversaire en jouant près d’une heure en infériorité numérique, tu peux vraiment avoir des regrets et te dire que, à la régulière ça aurait été l’occasion de soigner le goal average. C’est vraiment rageant car, avec les défaites de Schalke et Leverkusen, il y avait une bonne opération comptable à réaliser ce week-end. Wolfsburg obtient lui un succès un peu inespéré. Malgré une campagne de transferts ambitieuse, les Wölfe avaient connu une entame de saison catastrophique, les méthodes musclées de Felix Magath ne passant plus auprès des joueurs. Depuis le changement d’entraîneur, cela va mieux, l’effectif faisant bloc derrière l’intérimaire parti pour rester Lorenz-Günther Kostner. Avec Andries Jonker, ex-adjoint de van Gaal au Bayern, comme numéro 2, et Klaus Allofs, manager débauché avec fracas au Werder Brême, le VfL s’est doté d’un staff de qualité. Reste à voir si cela suffira pour donner ambition et motivation à ce club artificiel et sans âme. D’ailleurs, les Wölfe se sont déplacés à Dortmund avec tellement peu de fans qu’il a été décidé de laisser les places assises installées pour la Coupe d’Europe en secteur visiteurs. C’est pourquoi, malgré un match à guichets fermés, ce Dortmund – Wolfsburg restera comme plus faible affluence de l’année pour un match de Bundesliga au Westfalenstadion. On avait rêvé d’un scénario différent pour la dernière rencontre de Buli du BVB à domicile d’une année 2012 si riche en émotions.

Borussia Dortmund – VfL Wolfsburg 2-3 (1-2).

Signal Iduna Park, 80’000 spectateurs (guichets fermés, record négatif en 2012).

Arbitre : M. Stark.

Buts : 6e Reus (1-0), 36e Diego (pénalty, 1-1), 40e Naldo (1-2), 61e Blaszczykowski (pénalty, 2-2), 73e Dost (2-3).

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Santana, Hummels, Schmelzer; Gündogan, Leitner (46e Perisic); Blaszczykowski (81e Schieber), Götze, Reus; Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Wolfsburg: Benaglio; Fagner, Naldo, Kjær, Schäfer; Polak, Josue (72e Kahlenberg); Hasebe, Diego, Vieirinha (86e Rodriguez); Dost. Entraîneur: Lorenz-Günther Kostner.

Cartons jaunes: 49e Reus, 61e Kjær, 63e Josue, 64e Gündogan, 83e Götze, 90e Kahlenberg.

Carton rouge: 35e Schmelzer (sauvetage du genou sur la ligne)

Notes: Dortmund sans Kehl, Löwe, Bender ni Owomoyela (blessés), Wolfsburg sans Pilar ni Helmes (blessés).

Classement (16 matchs): 1. Bayern 41 2. Leverkusen 30 3. BVB 27 4. Francfort 27 5. Schalke 25 6. Stuttgart 25 7. Hambourg 24 8. Mönchengladbach 24 9. Freiburg 23 10. Hanovre 23 11. Mainz 23 12. Brême 21 13. Nürnberg 19 14. Wolfsburg 19 15. Düsseldorf 18 16. Hoffenheim 12 17. Augsburg 8 18. Fürth 8.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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