Le message de la Südtribüne était limpide : s’inspirer de l’exemple des glorieux aînés de 1963 pour démonter le Benfica Lisbonne. Notre souhait a été exaucé ou presque, au niveau du résultat à tout le moins. Dans le jeu, ce fut un peu moins évident car, paradoxalement, le Borussia a été moins bon qu’au match aller. Mais la confiance acquise lors des démonstrations contre Wolfsburg, Freiburg et Leverkusen nous a permis de concrétiser nos occasions et de prolonger notre rêve étoilé.

Nous l’avions suggéré en publiant un article rétro sur la victoire historique 5-0 contre le grand Benfica Lisbonne en 1963 : la clé de ce huitième de finale n’était certainement pas dans notre dispositif tactique ou dans la composition d’équipe mais bien dans la capacité de nos Jungs à s’inspirer de l’état d’esprit qui avait permis aux Emmerich, Brungs, Schmidt, Wosab et consorts de terrasser la meilleure équipe d’Europe de l’époque. Kämpfen und siegen. C’était bien là l’essence du message délivré par la Südtribüne avec un somptueux Choreo revisitant les coupures de presse de 1963. Cela nous fait toujours plaisir de constater que nous sommes sur la même longueur d’onde que le mur jaune. Notre BVB n’a peut-être pas le même budget que certains nouveaux riches du football européen mais ce que nous avons de plus que les autres, c’est notre Histoire, notre patrimoine, nos traditions et c’est là-dessus que nous devons compter pour venir jouer dans la cour des très grands. Cette semaine, en Ligue des Champions, nous avons assisté à l’effondrement d’un club qui a sacrifié son stade historique pour aller jouer dans un truc qui ressemble plus à un supermarché aseptisé histoire d’encaisser plus d’argent et d’un machin artificiel sans histoire ni traditions monté à coup de pétrodollars. Nous avons la chance d’avoir quelque chose que ces clubs ne pourront jamais s’acheter: une âme et c’est souvent cela qui fait la différence dans ces grandes soirées européennes, nous l’avions d’ailleurs constaté à nos dépens l’an passé contre un Liverpool auquel nous étions pourtant supérieurs. Et c’est le grand reproche que nous avons souvent fait à Thomas Tuchel, de trop se focaliser sur un projet de jeu et pas assez sur l’état d’esprit, la piqûre de rappel du Gelbe Wand n’était donc pas inutile, même si notre entraîneur semble commencer à adopter une approche plus pragmatique et plus en adéquation avec les valeurs immémoriales du club depuis quelques semaines.

Maudit goal !

Pourtant, le message n’est pas complètement passé tout de suite. La faute à ce satané premier goal : un corner d’Ousmane Dembelé, une déviation de Christian Pulisic et Pierre-Emerick Aubameyang bat enfin Ederson, l’invincible gardien du match aller. Ce but a un peu chloroformé nos Jungs. C’est le danger des schémas tactiques préétablis : tu te prépares à un long jeu de patience contre un adversaire regroupé en défense mais, après 231 secondes seulement, le retard du match aller est déjà effacé. Du coup, nos Jungs ne savaient plus trop quelle attitude adopter. Continuer à presser ? Lever le pied en attendant que le deuxième but tombe comme un fruit mur ? Contrairement aux héros de 1963 qui avaient agressé les Portugais durant 90 minutes, contrairement au match aller où, nonobstant les occasions ratées et ce but malheureux, nos Borussen avaient constamment mis Benfica sous l’éteignoir, nos Borussen ont opté pour la seconde hypothèse. Et, dès qu’il met moins d’intensité dans son jeu, notre BVB devient vite vulnérable. Du coup, la première mi-temps est crispante, notre jeu est un peu mou et les Portugais parviennent même à venir inquiéter notre défense. Fort heureusement, Roman Bürki a très bien fait ce qu’il avait à faire : pour sa première campagne de Königsklasse, notre gardien est en train de prouver qu’il a vraiment l’étoffe d’un dernier rempart de prétendant au titre européen. Mais, à la mi-temps, nous n’en menions pas large et nous étions bien contents d’avoir pensé à emmener huit bières avec nous pour braver l’interdiction d’alcool de l’UEFA, étancher notre soif et calmer nos angoisses devant la prestation mitigée de nos Jungs.

Le rouleau compresseur

Au match aller, notre équipe était fragilisée, Aubameyang en tête, par ses mauvais matchs de Mainz et Darmstadt. J’avais écrit que la clé du match retour, ce serait de l’aborder avec confiance après une série de victoires en championnat. Et cela s’est vérifié : clairement, les victoires probantes contre Wolfsburg, Freiburg et Leverkusen ont libéré les esprits. Le foot, ce n’est jamais une histoire de tableau noir mais bien de dynamique, d’émotions, de confiance… Dès lors, malgré une prestation globalement moins aboutie qu’au match aller, les buts sont tombés comme des fruits mûrs grâce à l’esprit libéré de nos Pöhler qui, cette fois-ci, ont su avoir le geste juste au moment de conclure. Le but libérateur est tombé d’un lob plein de sang-froid de Christian Pulisic admirablement lancé par Lukasz Piszczek. Cette fois-ci, le rouleau compresseur était lancé et, dans l’ambiance enfin délirante du Westfalenstadion, Benfica n’avait pas l’ombre d’une chance de revenir. Pierre-Emerick Aubameyang a définitivement rassuré le peuple jaune et noir en reprenant un centre de Marcel Schmelzer, avant de s’offrir le triplé sur un service en or de Christian Pulisic. Vitesse, spontanéité, confiance : quand il joue comme ça, le BVB devient irrésistible. On s’est même pris à rêver d’un cinquième but, pour la beauté du geste, pour le clin d’œil à l’Histoire mais non, nous en sommes finalement restés à ce score de 4-0 qui suffit largement à notre bonheur et que nous avons dignement fêté. J’adore l’ambiance en ville de Dortmund un soir de qualification européenne. Un peu moins le réveil à 5h du matin après quelques tournées de NullNeuner au Lütge Eck et deux heures de sommeil (coma ?) pour aller prendre l’avion du retour…

Rêvons plus modeste !

Il n’y a pas de tirages faciles en Coupe d’Europe mais on dira que nous avons quand même été plutôt bien lotis en héritant de Benfica pour ces huitièmes de finales car il y avait manifestement une classe d’écart entre les deux équipes. Nous nous sommes fait des frayeurs inutiles avec les multiples occasions ratées du match aller mais cela aura au moins eu le mérite de nous offrir un match retour à frissons. Le BVB est souvent considéré par certains théoriciens comme une bonne étape dans la carrière d’un joueur avant de rejoindre « un club plus grand ». Et franchement, on s’en contrefiche un peu des opinions des mécréants, notre statut suffit largement à notre bonheur. On n’affiche pas des ambitions pharaoniques de Ligue des Champions à coup de centaines de millions, on ne rêve pas plus grand, on ne défraie pas la chronique sur le marché des transferts. Mais, malgré les départs et les blessures, on avance et on est toujours en course. Tranquillement, avec humilité, avec nos valeurs, notre stratégie et, mine de rien, nous nous invitons chaque années dans la cour des grands d’Europe : finale en 2013, 1/4 de finale en 2014, 1/8e de finale en 2015, 1/4 de finale en 2016 (Europa League) et minimum 1/4 de finale en 2017, rares sont les clubs européens à pouvoir se targuer d’une telle constance au plus haut niveau.

Vivement la suite !

J’ai vraiment l’impression que nous avons encore quelques belles émotions à vivre dans cette Ligue des Champions 2016-2017 et que le mythique Borussia Dortmund International va encore résonner dans quelques stades d’Europe. Mais nous n’avons guère le temps de savourer cette qualification car, déjà, se profile l’un des sommets de la saison, le pèlerinage obligatoire à l’Olympiastadion de Berlin et ses 20’000 fans en jaunes et noirs. N’oublions jamais que la Bundesliga reste la priorité absolue et qu’il faut au minimum défendre cette troisième place, en attendant mieux. Du coup, j’ai à peine eu le temps de rentrer de Dortmund, faire une ou deux apparitions au travail que c’est déjà l’heure de préparer le déplacement dans la capitale. Les nuits de sommeil sont peut-être un peu courtes mais j’adore ces périodes où les matchs s’enchaînent à un rythme infernal. Et cela devient carrément magique quand notre équipe aligne les succès. Je dois avouer qu’il y a quelques semaines on ne savait pas trop où allait notre équipe et nous étions assez perplexes quant à nos perspectives de fin de saison. Mais finalement, peut-être bien que cette saison qui paraissait mal embarquée va nous réserver quelques belles surprises.

Julien Mouquin

Photos: © Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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