Un seul être vous manque… et l’espoir renaît. Si seul un petit but sépare le résultat du BVB contre Freiburg et Köln, au niveau de l’état d’esprit, de la volonté et de la communion avec les fans, c’était le jour et la nuit : l’obscurité contre Freiburg sous le soleil du Ruhrpott, une lueur d’espoir à Köln dans la nuit colonaise. Et personne ne nous empêchera de penser que le départ de Pierre-Emerick Aubameyang est pour beaucoup dans cette envie retrouvée.

Même si nous restions sur neuf victoires consécutives au Westfalenstadion contre les Breisgauer, ce match contre Freiburg était voué à l’échec dès lors que Peter Stöger a eu l’idée saugrenue de faire figurer Pierre-Emerick Aubameyang dans le cadre et, pire, de lui offrir une place de titulaire. Notre entraîneur autrichien a commis une grosse erreur de jugement : il n’a pas compris à quel point aucun fan du BVB digne de ce nom n’avait envie de voir une dernière fois sous nos couleurs un joueur qui, depuis plusieurs mois, se moque de ses dirigeants, de ses coéquipiers, des fans et de l’institution Borussia elle-même. Forcément, dans le climat désenchanté qui entoure actuellement le club, la présence de l’indésirable ne pouvait que faire tourner les choses au désastre. Et cela a tourné au désastre.

Triste fin

Dès son arrivée pour l’échauffement puis à l’annonce de son nom, Aubameyang a été accueilli par les huées du Westfalenstadion. Puis à chaque touche de balle. Mais on n’a pas risqué de se casse la voix car il a fallu attendre près de 20 minutes pour voir Auba toucher son premier ballon, il n’en touchera que 19 en tout. Il aurait pu faire preuve d’un minimum de fierté, montrer à ses détracteurs (soit à peu près tout le stade) qu’il pouvait malgré tout se montrer professionnel jusqu’au bout, il n’en a rien été. Dans la lignée de son attitude puérile de ces derniers temps, notre ex-buteur a réagi en gamin puni qui sait qu’il a mérité sa sanction mais décide de bouder malgré tout. Résultat : un vrai plot, aucun appel de balle, pas de mouvement, aucun duel, nos Jungs auraient été meilleurs en jouant à dix car au moins ils n’auraient pas été déstabilisés par la présence d’un intrus qui a fait rejaillir le courroux du public sur tout le reste de l’équipe. Bien sûr, c’est triste de voir sortir Auba par une si petite porte, une sortie honteuse et sous les sifflets. C’est un joueur qui nous a beaucoup apporté, qui a amené de la fraîcheur et de la bonne humeur lors du dur retour sur terre qui a suivi l’euphorie des années 2010-2013 et dont les buts à répétition nous ont permis de rester aux avant-postes des classements. C’est donc un beau gâchis de penser qu’au final, il va laisser une trace minuscule dans notre club et que les seuls maillots floqués aujourd’hui à son nom au Westfalenstadion ont été travestis en termes peu amènes. Mais il en est le seul responsable (avec son entourage) et tout cela pour quoi ? Pour finir dans un club qui, objectivement, représente actuellement une régression sportive par rapport au BVB et dans un championnat qui, de son propre aveu, ne l’attirait pas il y a encore trois mois. Nous respectons son choix d’aller gagner plus d’argent ailleurs, de s’offrir un autre cadre de vie que le Ruhrpott et de relever un nouveau défi mais tout le monde en serait sorti gagnant, lui le premier, s’il l’avait fait avec plus de classe et de maturité. Rideau.

Les Kumpel d’abord

Dans le jargon de Pott, on ne parle pas de Freunde (amis) mais de Kumpel. Kumpel, cela veut dire copain mais aussi gueule noire. Les Kumpel ce sont donc des amis du fond de la mine, pas des potes qui postent des photos d’eux en train de faire les pitres sur Instagram, mais une amitié profonde, de celle que partagent ceux qui ont traversé des épreuves difficiles ou affronté des grands dangers ensemble. Les grands succès de l’histoire du BVB ont tous aussi obtenus par des équipes de Kumpel. On se souvient des drei Alfredos ou de Max & Moritz des premiers titres. En 1963, onze garçons du Ruhrpott, pour la plupart passés par la case mine ou usine, démontent la meilleure équipe d’Europe de l’époque, le Benfica d’Eusebio, 5-0 au Rote Erde, pour signer le premier grand exploit international du club. L’épopée des Helden von 1966, vainqueurs surprise du grand Liverpool de Bill Shankly en finale de C2, regorge d’anecdotes croustillantes sur des sorties nocturnes et complices de potes qui, pour ceux qui ne nous ont pas quitté, se revoient encore fréquemment. Les joueurs emblématiques de la renaissance du club en finale de Pokal 1989 contre Brême, Zorc, de Beer, Dickel, figurent encore dans l’entourage du BVB. L’équipe d’Ottmar Hitzfeld avait été bâtie à coup de millions pour rapatrier les stars du football allemand d’Italie mais elle était animée par une immense solidarité, il suffit de se souvenir des sauvetages de Klos, Kohler et Kree lors de la 1/2 finale d’Old Trafford ; notre nouvel entraîneur adjoint Jörg Heinrich me disait encore l’été passé être en contact régulier avec certains de ses coéquipiers de l’époque. Et si les joueurs de Jürgen Klopp ont été surnommés Bubis puis Pöhler, c’est qu’ils partageaient bien davantage ensemble qu’une simple relation de travail. Aujourd’hui, en revanche, on a l’impression d’avoir davantage des coéquipiers que des Kumpel sur le terrain, comme dans les grands clubs d’Europe et leurs équipes de mercenaires. Sauf nous n’avons pas les mêmes moyens et que, dès lors que, si nous ne parvenons plus à compenser par un état d’esprit, une solidarité et une envie supérieurs, nous ne pourrons plus rivaliser avec ces clubs.

Recrutement à revoir

Le flop Immobile, le cirque Dembelé et Aubameyang, la baisse d’ambiance au Westfalenstadion, posent donc la question de la stratégie de recrutement, Après la folle époque 2010-2013, nous avons fait le pari de poursuivre notre ascension vers les sommets en misant sur l’arrivée de joueurs talentueux grâce à une cellule de recrutement extrêmement performante. Nous avons recruté des joueurs venus de tous horizons, uniquement sur la base de leur talent et de leur potentiel, nous éloignant des bassins de recrutement traditionnel du club, en Suisse, en Europe de l’Est ou du Nord. Or, dans ces pays, la mentalité est plus proche de celle de Ruhprott et la Bundesliga y est vue comme un Eldorado. En revanche, en recrutant dans des endroits où il n’y a aucune culture de Bundesliga, qui y est souvent considérée comme un championnat de seconde zone, le risque est grand que nos nouveaux joueurs connaissent des difficultés d’intégration et souhaitent tôt ou tard aller voir ailleurs. Il ne s’agit donc pas de recruter plus cher, ce serait la pire erreur car il y aura toujours des clubs pour offrir plus que nous, mais mieux : c’est-à-dire de ne pas considérer le seul talent du joueur mais aussi son caractère, sa capacité à s’intégrer dans la Ruhr et à s’investir à long terme dans un projet collectif, comme avait si bien su le faire Jürgen Klopp avec des joueurs comme Barrios ou Kagawa, certes venus d’horizons lointains mais dont la mentalité s’est très vite adaptée aux valeurs du BVB.

Un cauchemar

Les dernières déclarations d’Hans-Joachim Watzke semblent indiquer une inflexion de la politique du club dans ce sens et c’est tant mieux car on ne veut plus jamais revivre de matchs du style de celui vécu contre Freiburg. Un vrai non-match, aucun fond de jeu, aucune envie de nos Jungs, une ambiance morose avec un vrai divorce entre l’équipe et ses supporters, en bref un cauchemar. Pourtant, nous avons cru pouvoir nous en sortir lorsque Shinji Kagawa a ouvert le score d’une somptueuse reprise acrobatique. Un éclair dans la grisaille car ce n’était même pas le fruit d’une action construite mais bien d’un ballon revenu fortuitement, après quelques rebonds, sur notre magicien japonais. On était prêt à s’en contenter tant Freiburg paraissait inoffensif. Mais, sur leur première offensive, les Breisgauer ont égalisé juste avant la pause, un but qui rappelle celui encaissé à Berlin, avec une défense schwarzgelbe hors de position en trois passes. La priorité de Peter Stöger, c’est de stabiliser la défense, il a encore du travail… Pire, le cauchemar va devenir total lorsque Freiburg a pris l’avantage sur un ballon bêtement perdu par Sahin, un lob astucieux de Petersen et un retour dans son but pas trop rapide de Bürki.

Une égalisation sous les sifflets

C’est en vain que nous avons attendu la réaction de nos Jungs. Mais rien, le néant. Aubameyang ou pas, on aurait quand même attendu que notre équipe montre un peu plus de fierté devant un stade comble. Mais les duels perdus ont succédés aux mauvaises passes, provoquant les réactions de plus en plus courroucées et les sifflets du Westfalenstadion. Franchement, quand on porte ce maillot, on n’a juste pas le droit de présenter un tel « spectacle ». Bref, nous nous attendions à quitter le stade, dépités, sur une défaite mille fois méritée lorsque l’improbable égalisation est survenue à l’ultime seconde, sur un centre dans le tas de Yarmolenko, un mauvais renvoi fribourgeois et une volée chanceuse de Jeremy Toljan. Mais cette égalisation a été loin de provoquer la liesse du Westfalenstadion car elle est vraiment tombée par hasard, certainement pas le fruit d’une pression intense ou la juste récompense d’une équipe qui s’est sortie les tripes pour éviter la défaite. Du coup, malgré cette égalisation tombée du ciel, c’est sous les sifflets nourris du Westfalenstadion que nos Jungs ont quitté la pelouse. Et le plus grave, c’est qu’il ne s’agissait pas des sifflets épars de quelques touristes avec leurs billets viagogo qui n’estimaient pas avoir rentabilisé leurs billets à 120€ mais bien des protestations du noyau dur des fans, y compris du cœur même de la Südtribüne.

La rédemption

Mais on ne serait pas supporters du BVB sans avoir une capacité de résilience hors du commun. Bien sûr, le départ d’Aubameyang a soulagé tout le monde et induit un nouvel état d’esprit dans l’équipe. Mais c’est surtout que les fans du BVB fonctionnent ainsi : si notre équipe ne donne pas tout sur le terrain, on le fait savoir, on montre notre mécontentement mais au match suivant on oublie tout et on se remobilise derrière nos Jungs. Six jours après le schisme contre Freiburg, nous nous retrouvons donc dans un Gästeblock gonflé à bloc au Müngersdorf. L’ambiance festive régnant en ce vendredi à Köln, toute fébrile d’excitation devant l’imminence de Karneval, y a aussi contribué : les masques ont déjà envahi les rues, dans les bars les guildes et les firmes sont déjà en costumes d’apparat pour préparer le Rosenmonntagzug, sirotant les diverses Kölsch par centaines, alors que partout retentit les Viva Colonia et autres tubes des Höhner, y compris le fameux Kölle Alaaf, que l’on espère alors ne pas entendre trop souvent le soir au stade car il signifie toujours un but du Effzeh. Les fans de ce dernier sont aussi remontés à bloc : leur équipe a bien démarré ce deuxième tour et l’espoir fou d’un maintien miraculeux est revenu dans la Domstadt. Bref, dès les premières notes du Mer stonn zo dir, FC Kölle, une ambiance magnifique envahit le Müngersdorf, ça nous fait plaisir de retrouver ces ambiances-là après les atmosphères un peu moroses des matchs de Wolfsburg, Berlin et Freiburg.

Transformés

Comme nous l’avons souvent constaté, l’ambiance en tribunes influe souvent celle sur le terrain et vice-versa, cette osmose entre les fans et l’équipe constitue traditionnellement l’une des forces du BVB. Dès le coup d’envoi, on aperçoit chez nos Jungs une envie largement supérieure aux matchs précédents. Bien sûr, tout n’est pas parfait, Bürki réussit un arrêt réflexe étourdissant devant une vieille connaissance Milos Jojic pour empêcher le Effzeh d’ouvrir le score. Mais sinon, la première mi-temps est schwarzgelbe. Notre nouvelle recrue Michy Batshuayi ouvre le score à la réception d’un caviar de Jeremy Toljan. Comme un symbole de renouveau : un but de celui qui doit faire oublier le lâcheur gabonais sur un service de l’une des nouvelles recrues les plus critiquées de l’été, qui est en train de montrer à ses détracteurs la pertinence de son transfert. Même après le retour de Guerreiro et Schmelzer, Toljan pourra prétendre conserver une place de titulaire sur le flanc gauche de notre défense. A la mi-temps, les Geissböcke pouvaient s’estimer tout heureux de n’accuser qu’un but de retard, on pense notamment à ce but de Batshuayi annulé pour hors-jeu ou à cette frappe de Kagawa sur la latte sur une action où notre Borussia aurait aussi pu bénéficier d’un pénalty.

Les vieux démons

Néanmoins, cette unité et cette envie retrouvées n’ont pas gommé d’un coup de baguette magique nos vieux démons. Peter Stöger n’est toujours pas parvenu à nous donner une vraie stabilité défensive et l’orientation qu’il entend donner à notre jeu offensif reste toujours aussi floue. Les Geissböcke parviennent à égaliser à l’heure du jeu sur un tir anodin relâché par Bürki, toujours aussi inconstant, permettant à Zoller d’égaliser d’une tête bizarroïde. Heureusement, dans la foulée, Michy Batshuayi nous redonne l’avantage ; ce qui nous a plu dans ce but, ce n’est pas tellement la finition pleine d’opportunisme de notre nouveau buteur mais la manière dont il s’est arraché pour aller voler le ballon dans les pieds d’un défenseur colonais, ce qui a lui a ensuite permis, après un relais inspiré avec Pulisic, d’aller marquer. Batshuayi a la réputation d’un joueur assez fantasque et inconstant mais s’il fait preuve à chaque match de la même combativité, il devrait rapidement se faire adopter par le mur jaune. Malheureusement, nos Jungs sont à nouveau rattrapé par leurs vieux démons, notamment notre faiblesse sur balles arrêtées, et Köln égalise une nouvelle fois, sur corner.

Schürrle, ce héros…

2-2, une dizaine de minutes à jouer, le spectre d’un nouveau match nul planait sur le peuple jaune et noir. Mais nous allons néanmoins arracher la victoire : d’abord, parce que notre équipe on l’a déjà dit, a montré beaucoup plus d’envie et de rage que lors des matchs précédents. Mais aussi, il faut le reconnaître, parce que Köln nous y a un peu aidés. Normalement, après être revenus deux fois au score contre un adversaire du calibre du BVB, les Domstädter auraient pu se contenter d’un match nul. Mais le drame du Effzeh, c’est que, malgré le redressement opéré depuis le départ de Peter Stöger, il part de tellement loin qu’il ne peut se contenter d’un nul à domicile dans sa course au maintien. Même contre Dortmund. Et une prise de risque excessive des Geissböcke nous a permis de lancer un contre éclair via Sancho, Schürrle et Kagawa pour mettre André Schürrle sur orbite. Notre champion du monde avait déjà bénéficié d’une balle de match similaire, à peu près au même moment du match, contre Wolfsburg, il l’avait lamentablement galvaudée par une passe ratée. Mais cette fois, il fait le bon choix : il temporise pour s’ouvrir une brèche et sa frappe surpuissante termine au fond. Délire en Gästeblock !

Et peut-être le début d’un retour en grâce pour Schürrle. On a beaucoup parlé de son départ cet hiver mais finalement il est resté, en raison de la blessure de Yarmolenko et d’un salaire jugé prohibitif par les clubs potentiellement intéressés. Et c’est tant mieux. Un départ cet hiver aurait constitué une perte sèche pour le club. N’oublions pas que Tuchel qui l’avait pourtant fait venir, ne lui a accordé du temps de jeu qu’au lance-pierre et qu’au moment où il semblait revenir à un bon niveau, il s’est blessé. On rappellera qu’un certain Mkhitaryan a galéré deux ans, a traîné comme un boulet son statut de transfert de plus cher de l’histoire du club et a été considéré comme un flop que tout le monde voulait voir partir. Puis il s’est imposé comme le meilleur joueur de Bundesliga. Espérons qu’André Schürrle connaîtra le même sort, en tous les cas sa joie et sa rage après ce but victorieux nous ont fait plaisir.

A confirmer

Maintenant, on ne pas s’enflammer, croire que tous nos problèmes sont résolus et que Michy Batshuayi est le nouveau Messie. Même si cette victoire arrachée dans les dernières minutes était ô combien jouissive, nous n’avons que battu le dernier du classement dans la douleur, un adversaire que nous avions balayé 5-0 sans résistance au premier tour. Même si le Effzeh actuel n’a plus rien à voir avec le navire à la dérive de septembre. Il faut maintenant confirmer et enchaîner. Si les 7’000 Borussen privilégiés qui étions à Köln ont pu renouer avec leur équipe, nos Jungs doivent maintenant se réconcilier avec le peuple de Westfalenstadion, après ces prestations si misérables contre Wolfsburg et Freiburg. Et cela passe impérativement par une victoire samedi contre Hamburg !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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