Tout le monde se souvient du triomphe 4-1 en demi-finale contre le Real Madrid lors de notre épopée européenne 2012-2013. Mais auparavant, le BVB avait déjà battu les Merengue en phase de poule pour finir premier du groupe le plus relevé de l’histoire de la Ligue des Champions avec les champions en titre d’Allemagne, d’Espagne, d’Angleterre et de Hollande. Et pourtant, contrairement aux deux saisons précédentes, où le Borussia Dortmund avait été souverain en Bundesliga mais inexistant en Coupes d’Europe, il était en grandes difficultés dans son championnat mais brillant en Ligue des Champions.

Honnêtement, samedi dernier, quand j’ai quitté le Westfalenstadion après le match exécrable du Borussia Dortmund contre Schalke 04, je ne donnais pas cher des chances du BVB contre le Real Madrid. C’est donc sans grande conviction que j’ai entrepris le déplacement de la Ruhr, presque par obligation parce que mes abonnements sont valables pour la Ligue des Champions et qu’il aurait quand même été un peu criminel de laisser des places vides pour cette affiche. D’ailleurs, on s’est contenté d’un déplacement express en mode aller-retour direct, un peu comme quand tu vas voir un match dans ta ville de résidence, tu prends le bus, tu bois quelques bières, tu regardes le match, tu rebois quelques bières et tu prends le bus pour rentrer. Là, c’était la même chose sauf que c’était un train et qu’il y avait quand même 1440 kilomètres à parcourir et même un peu plus en tenant compte du détour imprévu par Koblenz, sieste intempestive oblige ; en même temps, je savais que prendre un train à 1h52 du matin après une victoire du BVB, ça présentait certains risques. Ce qui est sûr, c’est qu’en partant le mercredi matin à 8h, j’avais l’air suprêmement intelligent en traversant les rues d’Echallens, petite bourgade suisse, avec le maillot et l’écharpe d’un match qui se jouait le soir 720 kilomètres plus au nord.

Echte Borussia

Mais finalement, les choses vont se dérouler beaucoup mieux que prévu. Par rapport au naufrage de Schalke, le BVB récupère Götze et Schmelzer ; du coup, l’entraîneur Jürgen Klopp revient à son traditionnel 4-2-3-1 et renonce au chaotique 3-5-2 mis en place 90 minutes avant le Revierderby, sans la moindre séance d’entraînement préalable. Et c’est une équipe dortmundoise transfigurée qui va venir sur la pelouse, le vrai Borussia Dortmund, celui qui a survolé la Bundesliga durant deux saisons. Au-delà de la disposition tactique, c’est dans l’état d’esprit que le BVB est trois tons au-dessus de sa « performance » du Revierderby, il y a beaucoup plus de dynamisme et les Pöhler mettent une intensité folle dans leur jeu. Même Kevin Großkreutz, transparent depuis le début de la saison, est dans le coup. Et surtout, le Borussia retrouve son schéma de jeu préféré, soit laisser le contrôle du ballon à l’adversaire, mais exercer un pressing agressif très haut dans le terrain, gagner les duels sur les deuxièmes ballons et propulser de nombreux joueurs en phase offensive dès le cuir récupéré. Certes, tout n’a pas été parfait, il y a eu un certain déchet à la relance mais, dans l’ensemble, on a vraiment reconnu le Borussia Dortmund qui nous a tant fait rêver lors des deux saisons écoulées.

Joie de courte duré

Comme en face, le Real Madrid a quelques atouts à faire valoir, cela débouche sur un excellent match de football dans une ambiance que seuls ceux qui ont déjà goûté à la magie du Westfalenstadion peuvent imaginer. C’est probablement dans un début de match qu’il a dominé que le Real a laissé passer sa chance car un but précoce aurait calmé le chaudron jaune et replongé le BVB dans ses doutes actuels. On pense en particulier à cette reprise manquée par Mesut Özil après quelques minutes de jeu : on l’a échappé belle car, quatre jours après une défaite contre Schalke, encaisser un but par un gamin de Gelsenkirchen aurait probablement fait passer le Westfalenstadion en mode Ordre du Temple Solaire avec Jürgen Klopp et Kevin Großkreutz dans le rôle des gourous infernaux.

Après vingt premières minutes prudentes, le Borussia va se rendre compte qu’il n’a strictement rien à envier à ce Real Madrid-là et s’enhardir. Les offensives s’enchaînent en direction d’un Iker Casillas impérial, notamment sur une frappe de Sebastian Kehl à la conclusion d’une action lumineuse sur le flanc gauche de l’attaque dortmundoise. Pour une fois serait-on tenté de dire car le jeu du BVB a eu tendance à pencher sur le côté droit, pour profiter des difficultés d’un Essien peu à son avantage au poste de latéral. Les efforts dortmundois vont trouver une juste récompense sur une mauvaise relance madrilène, le capitaine Sebastian Kehl lance Robert Lewandowski qui s’en va battre très proprement Iker Casillas. Si le Borussia a manifestement beaucoup appris de ses échecs européens passés, il va tout de même faire preuve d’une certaine naïveté en ne parvenant pas à serrer le jeu jusqu’à la pause après l’ouverture du score. Parti à l’abordage, le BVB se fait surprendre en contre sur une magnifique ouverture de Mesut Özil pour Cristiano Ronaldo qui devance d’un lob astucieux la sortie inutile et hasardeuse de Roman Weidenfeller. Comme il est le meilleur joueur dortmundois depuis le début de la saison derrière l’absent Blaszczykowski, on pardonnera volontiers ce petit écart à Weidi. Quant à Cristiano Ronaldo, ce sera son seul éclair du match, parfaitement contrôlé qu’il a été notamment par Lukasz Piszczek, qu’une rumeur annonçait récemment au Real Madrid pour dix millions d’euros mais le Polonais vient de prolonger son contrat à Dortmund jusqu’en 2017. Assurément une excellente nouvelle.

Marcel Schmelzer, ce héros

 Après la pause, unser BVB attaque, comme d’habitude, face au mur jaune et va mettre une grosse pression sur le Real. Certes, les Merengue ont aussi eu quelques bonnes séquences, avec surtout un tir juste trop croisé de di Maria qui fait passer un frisson d’angoisse sur le Tempel der Glückseligkeit. Mais la majorité des occasions sont jaunes et noires, avec notamment un tir de Götze superbement sorti par Casillas. On était en train de se dire que, trois semaines après s’être cassé les dents sur un Joe Hart stratosphérique à Manchester, le Borussia avait le chic pour toujours tomber sur des gardiens en état de grâce lorsque le portier espagnol va y aller de sa bévue en repoussant mal un centre anodin de Mario Götze. Marcel Schmelzer peut armer une volée imparable dans le petit filet pour redonner l’avantage au BVB. C’est un but qui illustre parfaitement l’état d’esprit qui animait les Pöhler en ce mercredi soir, avec cinq joueurs, dont le latéral gauche, dans la surface de réparation adverse à la conclusion d’une action de jeu. Contrairement à ce qui s’était trop souvent passé dans ses dernières campagnes européennes, le BVB n’a pas joué petit bras, il s’est convaincu qu’il était meilleur que son adversaire et il est allé chercher cette victoire. Au passage, on a une pensée pour l’entraîneur national Joachim Löw, qui avait vertement critiqué Marcel Schmelzer après Autriche – Allemagne.

Mais ils sont où les Espagnols ?

 Mené au score, la tâche devenait compliquée pour le champion d’Espagne. Quand tu es habitué aux ambiances Mickey de la Liga ou à la non-ambiance d’un Clàsico au Camp Nou, c’est sûr que tu peux bien t’appeler Real Madrid, cela fait un choc de se retrouver dans le chaudron du Westfalenstadion, même en version allégée sans bières ni places debout en raison des règlements absurdes de l’UEFA, avec 60’000 fans déchainés qui font corps avec leur équipe pour défendre l’avantage et saluent chaque conquête de ballon comme un titre de champion du monde. En s’endettant massivement, le foot espagnol a pu s’acheter beaucoup de choses ces dernières années mais la ferveur, elle, ne s’achète pas. Bref, on n’a pas entendu des supporters madrilènes inexistants et on se réjouit déjà d’aller mettre le feu à Bernabeu dans quinze jours. Comme j’ai bu l’apéro avant le match en Biergarten avec deux agents de joueurs qui avaient obtenu leur billet directement de l’adjoint de José Mourinho, je m’étais promis de ne pas (trop) allumer les Espagnols dans cet article, alors je m’en tiendrai à cette pique. J’ai été raisonnable, non ?

Tout reste à faire

Le Real n’est pas parvenu à revenir, le BVB tenait sa victoire, la première contre les Merengue après deux nuls au Westfalenstadion et deux défaites à Bernabeu. Malgré son palmarès, la Maison Blanche n’y arrive toujours pas sur sol allemand et voit son compteur bloqué à une seule victoire pour 24 déplacements outre-Rhin. Toute prestigieuse qu’elle soit, cette victoire ne nous fait pas oublier le couac contre Schalke qui va nous laisser un goût amer jusqu’au prochain succès contre les Knappen. Néanmoins, elle ouvre quelques perspectives intéressantes. Primo, c’est la première victoire contre un grand d’Europe depuis le retour du Borussia sur la scène européenne après la quasi faillite du début des années 2000, c’est la preuve que Dortmund est gentiment en train de redevenir un nom qui compte au plus haut niveau. Deuzio, ces trois points laissent entrevoir la possibilité d’une qualification dortmundoise pour la suite des événements. Certes, dans ce groupe, le plus relevé de l’histoire de la Ligue des Champions, tous les points seront difficiles à conquérir mais, ce qui est sûr, c’est que quoiqu’il advienne lors des deux prochaines journées avec les déplacements à Madrid et Amsterdam, le BVB abordera le dernier match au Westfalenstadion face à Manchester City dans une position plus favorable qu’une année auparavant contre Marseille. On n’a donc pas fini de vibrer avec le Borussia cette saison.

Borussia Dortmund – Real Madrid 2-1 (1-1).

Signal Iduna Park, 65’829 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Kassai.

Buts : 36e Lewandowski (1-0), 38e Ronaldo (1-1), 64e Schmelzer (2-1).

Dortmund : Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; Bender (67e Gündogan), Kehl; Reus (91e Perisic), Götze (87e Schieber), Grosskreutz; Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Real: Casillas; Ramos, Varane, Pepe, Essien ; Khedira (20e Modric), Xabi Alonso ; di Maria, Özil, Ronaldo ; Benzema (73e Higuain). Entraîneur: José Mourinho.

Cartons jaunes: 47e  Ramos, 62e Alonso, 93e Gündogan.

Notes: Dortmund sans Blaszczykowski ni Owomoyela (blessés), Real sans Marcelo, Arbeloa ni Coentrao (blessés).

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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