Samedi, le match BVB – Hertha fait figure de match au sommet de la Bundesliga entre deux clubs européens et ayant parfaitement réussi leur entame de championnat. Mais il y a moins de huit ans, c’était encore une affiche de bas de classement entre un BVB en crise après une élimination honteuse en Pokal à Osnabrück et un Hertha scotché à la dernière place. Pour ne JAMAIS oublier d’où nous (re)venons !

C’est, dit-on, dans la difficulté que l’on reconnaît les vrais supporters. Ces dernières années, les fans du Borussia Dortmund ont largement eu l’occasion de démontrer leur attachement à leur club, qui n’a plus terminé dans les cinq premiers du classement depuis 2003. Et le début de cette saison laisse à nouveau entrevoir un championnat dans le ventre mou du classement plutôt qu’un retour en Ligue des Champions. On pensait que le BVB avait un bon coup à jouer dans une Coupe d’Allemagne décapitée par les éliminations de nombreux ténors de la Bundesliga mais les joueurs dortmundois ont trouvé le moyen d’aller perdre en 1/8e de finale sur le terrain d’Osnabrück, un club de 3e division.

Trois jours plus tard, les supporters du BVB auraient donc eu quelques raisons de bouder leur équipe pour la venue au Westfalenstadion de la lanterne rouge, Hertha Berlin. Sauf que Dortmund n’est pas un club comme les autres et c’est devant 77’000 fans que se tiendra la partie opposant le 10e au 18e de la Bundesliga, comme si le fiasco d’Osnabrück n’avait jamais existé. Pourtant, les supporters berlinois sont venus tellement peu nombreux qu’ils ont été parqués tout en haut de la Nordost Tribüne, les places habituellement réservées aux fans adverses ayant été vendues à des supporters jaunes et noirs. Déjà rien que pour l’entrée des joueurs à l’échauffement sur la marche triomphale de l’Aida de Verdi, il y a plus d’ambiance que dans un Camp Nou fêtant un titre de champion d’Espagne.

Faible Berlin

Le grand projet du Hertha Berlin de construire sur la longueur un club capable de jouer régulièrement les premiers rôles est mort avec les mauvais résultats du début de saison et le départ de Lucien Favre. Pour remplacer le Vaudois, les dirigeants berlinois ont fait appel à un entraîneur habitué à jouer le maintien avec des moyens modestes, Friedhelm Funkel (ex-Uerdingen, Duisburg, Rostock, Köln et Francfort). Il est clair que ce n’est plus du tout la même ambition dans le jeu qu’avec Lucien Favre. Pour l’instant, l’opération commando ne fonctionne pas et l’Alte Dame se traîne toujours en queue de classement. Les Berlinois débarquent à Dortmund avec une équipe ultra-défensive et un seul objectif : repartir avec le 0-0. Il est même difficile d’imaginer que le Hertha puisse marquer en contre car il ne dispose plus d’attaquants de la trempe de Pantelic ou Voronin capables de se débrouiller tout seul devant. Quand ton seul attaquant, c’est l’inexistant Ramos, marquer un but s’apparente presque à une mission impossible.

Décevant Dortmund

A Dortmund, il n’y a pas que la ferveur du public qui soit immuable mais aussi les sorties hasardeuses du gardien Roman Weidenfeller. Dans les 90 premières secondes du match, Weidi se troue deux fois, dont l’une qui provoque la première occasion berlinoise mais Valdez sauve (de la main) devant Piszczek. C’est tout ce qu’il y a à signaler au cours d’une première demi-heure insignifiante. Sans rythme et sans idée, Dortmund ne trouve pas de solution face au mur de Berlin, au sein duquel les Suisses von Bergen et Lustenberger (de retour après des mois de galère, entre blessures et banc de touche), ont livré un match solide. Pourtant, le BVB aligne, contre la lanterne rouge, le même 4-2-3-1, ambitieux sur le papier, que sur la pelouse du leader Leverkusen. Mais aligner quatre attaquants ne sert pas à grand-chose si deux d’entre eux, Mohamed Zidan et Nelson Valdez, se révèlent des véritables poids morts pour l’équipe et échouent dans à peu près tout ce qu’ils entreprennent. Si le BVB est loin de son lustre d’antan, c’est aussi en raison de grosses erreurs dans le management sportif ; avoir échangé Zidan contre Petric avec Hambourg et avoir prolongé le contrat de Valdez plutôt que celui d’Alex Frei figurent incontestablement au rang des décisions erronées. La fin de la première mi-temps est un peu plus convaincante, avec quelques occasions dortmundoises, mais le public fait néanmoins part de son courroux à son équipe à la pause.

Penalty salvateur

Le message est passé et le BVB est beaucoup plus pressant après le thé (pour les joueurs du moins, les spectateurs sont plutôt à la Brinkhoff’s), se créant immédiatement une grosse occasion ; malheureusement, celle-ci échoit à Valdez dont le tir s’apparente à une passe au gardien. En face, c’est Kacar qui a le 0-1 au bout du soulier mais ne cadre pas son envoi. On commençait à entrevoir l’éventualité d’un nouveau couac dortmundois contre ce faible Berlin lorsque la délivrance est venue d’un coup de sifflet de l’arbitre après un corner atrocement mal tiré par Zidan. On était encore en train de vitupérer contre l’Egyptien lorsque M. Brych a désigné le point de penalty. Sur le moment, on ne comprend pas ; après avoir revu les images, il s’avère qu’il y avait bien une faute de Kacar sur Owomoyela, même si ce dernier n’avait aucune chance de toucher le ballon. Décision défendable donc, même s’il n’y aurait pas eu à crier au scandale si l’arbitre n’avait rien donné. Le jeune Nuri Sahin prend ses responsabilités et libère enfin les 77’000 fans du Westfalenstadion. Malgré une reprise de Piszczek sur le poteau, c’en était fait des timides espoirs berlinois.

Lucas Barrios est magique

On a failli assister à un événement qui devient de plus en plus rare : un match du BVB sans but de Lucas Barrios. S’il est à créditer d’un excellent match, l’Argentin avait été trop mal soutenu pour être véritablement dangereux. Ses deux premières occasions, un coup de tête au-dessus et une percée annihilée par le gardien Drobny, n’avaient rien donné. Faute de recevoir de ballons dignes de ce nom de la part des Zidan, Valdez et consorts, le successeur d’Alex Frei choisit de faire seul pour le 2-0 : après une touche sur le flanc droit, Barrios enchaîne contrôle orienté et obus dans la lucarne, le tout avec une telle promptitude de geste que Friedrich et Drobny sont encore en train de se demander ce qui s’est passé. En comptant la Coupe et les matchs amicaux, l’Argentin a marqué au moins un but lors de 8 de ses 9 derniers matchs ; et encore, celui où il est resté muet, c’était contre Schalke 04, où il s’était vu refuser un but valable.

Lorsqu’il sera un peu mieux épaulé, Lucas Barrios peut affoler les statistiques en Bundesliga. En tous les cas, je ne regrette pas l’investissement constitué par l’achat d’un Auswärts-Trikot n°18 que j’enfile, symboliquement, par-dessus celui d’Alex Frei (je n’allais quand même pas faire le trajet de l’hôtel au stade sans maillot). L’Argentin constitue la principale raison d’espérer que la saison puisse réserver malgré tout quelques satisfactions du côté du Westfalenstadion même si la difficulté qu’a eu le BVB à battre ce faible Hertha n’incite pas à un optimisme béat. Toutefois, nonobstant la défaite d’Osnabrück, le Borussia reste sur une série de 4 matchs/10 points en championnat, ce qui ne lui est pas arrivé souvent ces dernière années. Il n’en faut pas plus pour enflammer le Westfalenstadion.

Borussia Dortmund – Hertha BSC Berlin 2-0 (0-0).

Signal Iduna Park, 77’000 spectateurs.

Arbitre : M. Brych.

Buts : 60e Sahin (penalty, 1-0), 91e Barrios (2-0).

Dortmund : Weidenfeller ; Owomoyela, Subotic, Hummels, Dede (17e Schmelzer) ; S. Bender, Sahin ; Blaszczykowski, Zidan (70e Rangelov), Valdez (90e Großkreutz) ; Barrios. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Berlin : Drobny ; Stein, A. Friedrich, von Bergen, Pejcinovic ; Piszczek (79e Wichniarek), Lustenberger, Kacar, Ebert ; Raffael ; Ramos. Entraîneur: Friedhelm Funkel.

Cartons jaunes : 77e Ebert, 79e Rangelov, 85e S. Bender.

Notes : Dortmund sans Kehl, D. Le Tallec, Hajnal (blessés), Ziegler ni Feulner (malades) ; Berlin sans Kringe, Ochs, Nicu ni Cicero (blessés).

Classement (11 matchs) : 1. Leverkusen 23 2. Brême 22 3. Hambourg 22 4. Schalke 21 5. Hoffenheim 20 6. Bayern 19 7. Wolfsburg 18 8. Mainz 18 9. Francfort 16 10. BVB 16 11. Hanovre 15 12. Mönchengladbach 11 13. Freiburg 10 14. Stuttgart 9 15. Köln 9 16. Nürnberg 9 17. Bochum 8 18. Hertha 4.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

2 Commentaires

  • Je crois bien que j’étais avec toi à ce match. Mon deuxième match au Westfalenstadion à l’époque. Y en a eu bien quelques autres, depuis…
    Et je me rappelle assez bien de l’anecdote du maillot de Lucas Barrios par dessus celui d’Alex Frei 😉
    Et de la Brinkoff’s qui remplaçait la DAB comme bière officielle au stade, ce qui ne faisait pas forcément la joie de tous les fans, je crois !

    • Je me rappelle, tu voulais venir à ce match pour voir Lucien et, comme il s’était fait virer juste avant, tu détestais le Hertha, ça t’avais fait plaisir de les voir aussi nuls.

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