Der Tempel der Glückseligkeit. Le temple de la béatitude : il est des soirs où le surnom de notre cher Westfalenstadion prend tout son sens. Et ce match contre Mönchengladbach en fait incontestablement partie : derby contre un rival historique, victoire fleuve, démonstration de vitesse, de virtuosité et d’intensité de nos Jungs, ambiance fantastique, bières à gogo, première place au classement… Que demander de mieux ?

« Je serai content avec une victoire jaune et noire », déclarait cette semaine notre directeur général Hans-Joachim Watzke. Et il ne parlait pas de football mais de politique avant les élections législatives du week-end en Allemagne. Aki souhaitait en effet que la République fédérale soit à nouveau dirigée par une coalition entre le parti dont il est membre, la CDU d’Angela Merkel, les noirs, et les libéraux du FDP, les jaunes. Il n’aura pas été exaucé : Mme Merkel devrait être réélue pour un quatrième mandat de quatre ans mais le faible score de son part et la poussée de la droite nationaliste de l’Alternative für Deutschland n’ont pas donné la majorité absolue aux jaunes et noirs, comme cela avait été le cas entre 2009 et 2013. En revanche, et c’est cela qui nous importe, d’autres jaunes et noirs, ceux du BVB, ont, eux, obtenus un sixième mandat de leader. D’une durée d’une semaine mais notre victoire contre Mönchengladbach a été si impressionnante que nous ne pouvons pas exclure que la domination jaune et noire sur la Bundesliga se prolonge bien au-delà.


L’ambiance retrouvée

En arrivant au Westfalenstadion, on sent de l’excitation dans l’air dans les Biergarten. Déjà parce que le Borussenderby c’est toujours un événement très attendu mais aussi parce que le Bayern Munich, malgré deux buts offerts par des erreurs d’arbitrage, a perdu deux points la veille contre Wolfsburg. Et, même si nous ne nous projetons pas aussi loin, on sait que lorsque le Bayern fait la course en tête en pleine confiance, il est quasiment intouchable. En revanche, dès qu’il est en retrait de la première place, la crise peut vite s’installer du côté de la Säbener Strasse. Dès lors, l’occasion était belle de mettre un peu la pression sur le Rekordmeister avec ce match contre Mönchengladbach qui devait nous permettre de prendre trois longueurs d’avance sur les Bavarois, histoire de rendre la lutte pour le Meisterschale un peu plus excitante que les saisons précédentes. Et l’ambiance s’en ressent : c’était juste énorme ! Dès le coup d’envoi, les chants emplissent l’atmosphère, on a retrouvé un noyau solide qui chante durant tout le match au cœur de la Südtribüne et les reste du mur jaune, les tribunes latérales suivent le mouvement à la moindre occasion. Grandiose. Le classement, un rival historique et le jeu excitant expliquent sans doute l’ambiance retrouvée du Westfalenstadion. Et il nous semble aussi que les mesures prises pour exclure du stade les touristes viagogo ou ebay commencent à porter leurs fruits ; c’est un combat qui est loin d’être gagné mais, depuis le début de saison, on aperçoit moins de footix dans les allées du Westfalenstadion. Réjouissant.

Comme un ouragan

Comme à Hambourg, en quittant le stade, je me fais la réflexion que, contrairement à d’autres victoires fleuves remportées au Westfalenstadion contre ce même Mönchengladbach, nous n’avons cette fois pas profité des problèmes d’une équipe en pleine crise. Les Fohlen n’avaient encaissé que cinq buts lors des cinq premières journées et ils n’ont pas livré un mauvais match. Roman Bürki a d’ailleurs dû prouver à deux reprises en première mi-temps qu’il était fait du même adamantium que Manuel Neuer pour repousser fermement deux tentatives à bout portant des Fohlen, la première d’Hazard alors que le score était encore de 0-0. Mais, après avoir plié comme le roseau de fable, le falsche Borussia a fini par être emporté par l’ouragan – c’est de saison – jaune et noir. Remplaçant le titulaire suisse Sommer, le gardien Peter Sippel a pourtant retardé l’échéance et prouvé pourquoi il avait été titulaire en équipe d’Allemagne M21 et présenté comme un futur grand du foot allemand, avant qu’une blessure et la révélation de son remplaçant à Kaiserslautern, Kevin Trapp, ne viennent mettre un frein à sa prometteuse carrière. Mais samedi, il a été le meilleur des siens, s’opposant à des essais de Sokratis, Götze et surtout, d’un réflexe miraculeux, Aubameyang. Mais à l’impossible nul n’est tenu. Une ouverture de Weigl, un centre d’Aubameyang et une reprise splendide de Philipp, ça fait 1-0. Puis 2-0 sur un décalage de Dahoud, un centre de Toljan et un nouveau missile de Maximilian Philipp. Après un nouveau miracle de Sippel devant Aubameyang, notre buteur Gabonais va enfin trouver la faille pour le numéro trois à la conclusion d’une action amorcée par Sokratis et Philipp. 3-0 à la mi-temps, le Westfalenstadion chavire de bonheur, crie, chante et chambre aussi un peu, en reprenant le célèbre Torhymne des Fohlen.

Ousmane wer ?

Ces trois buts illustrent à merveille le nouveau système de jeu du BVB. Notre Borussia possède autant le ballon que la saison passée (79% contre Gladbach). La différence avec le plan de jeu de Tuchel, c’est que désormais le BVB ne se contente plus d’une possession conservatoire et monocorde en mode Guardiola, sans prises de risques et presque uniquement faite de jeu court. Avec Peter Bosz il y a des vrais changements de rythme, une alternance entre jeu court et jeu long et des prises de risque dans les transitions. Le premier et le troisième but en sont l’illustration avec à chaque fois une ouverture de trente mètres de Weigl puis Sokratis pour trouver la faille dans le bloc adverse et casser ses lignes. Forcément, cela implique peut-être davantage de pertes de balle mais on peut se le permettre grâce à la règle des trois secondes mises en place par Peter Bosz : ainsi que détaillée dans un article récent dans l’excellent Reviersport, cette exigence de notre entraîneur implique que notre adversaire ne doit pas être en possession du ballon plus de trois secondes avant de voir fondre sur lui l’impitoyable pressing dortmundois.


Un système forcément exigeant : « Si un seul d’entre nous dort, nous avons un gros problème », révélait Sokratis Papastathopoulos dans l’article précité et nous l’avions appris à nos dépens à Wembley et même en quelques occasions contre Mönchengladbach, qui s’est procuré au moins quatre bonnes occasions de contre, dont une fera mouche : dès que le pressing se relâche, il peut y avoir danger. Mais, en même temps, cela nous permet de récupérer la balle très haut dans le terrain, comme sur le deuxième but où Mahmoud Dahoud a pu décaler Jeremy Toljan dans le dos d’une défense en train de remonter et donc désorganisée. Face à l’exigence du système de notre nouvel entraîneur, on comprend mieux pourquoi Ousmane Dembelé a choisi l’exil à Barcelone : avec un tel système, on ne voit pas quel rôle aurait pu occuper notre soliste français, sinon celui de joker de luxe.

La fête continue

La démonstration dortmundoise va continuer après la pause dans un stade en extase. Pierre-Emerick Aubameyang marque le 4-0 après un coup franc de Mario Götze et une première reprise sur le poteau. Notre troisième match consécutif avec un but sur balle arrêtée, que je considérais pourtant comme notre point faible après le match de Freiburg… Une nouvelle récupération haute permet à Aubame de s’offrir le triplé avec un solo plein de sang-froid. Le but de l’honneur des Fohlen, notre premier encaissé cette saison, sur un contre bien mené par Hazard et Stindl ne viendra même pas ternir la fête : il fallait bien que cela arrive un jour et autant que cela tombe à 5-0. Et puis, nous n’en sommes pas restés là : cerise sur le gâteau, c’est au revenant Julian Weigl qu’a échu l’honneur de clôturer la fête de tir sur un enchaînement somptueux : amorti de la poitrine, rebond, volée pleine lucarne. Wunderschön ! 6-1, la première place du classement, un goal-average record, nous pouvions célébrer et sautiller de bonheur avec nos Jungs, avant d’aller poursuivre la fête dans les Biergarten. J’adore ces « Tage wie diese » où tout le monde sort du stade sourire jusqu’aux oreilles, la félicité à l’état pur, j’imagine que le paradis, ça doit un peu ressembler à ça.

Fiat lux ?

Depuis que le BVB a fait son grand retour sur la scène européenne en 2010, nos entraîneurs se sont cassés les dents sur la mise en place d’un turnover pouvant nous permettre de jouer sur tous les tableaux. Jürgen Klopp alignait presque toujours les mêmes joueurs, c’était parfait pour les automatismes mais exigeant pour les organismes, finissant par user les joueurs. Dans l’excès inverse, Thomas Tuchel pratiquait la rotation permanente non seulement des hommes mais aussi du système de jeu. Résultat : l’équipe n’avait plus de repères ni d’automatismes. Peter Bosz a t’il enfin trouvé la solution ? Il s’est un peu planté dans son turnover à Wembley contre Tottenham mais depuis les choses semblent se mettre en place. Contre Mönchengladbach, il s’est passé sans dommage de Sahin, maître à jouer du début de saison, et Yarmolenko, meilleur joueur du match précédent à Hambourg. Philipp et Götze sont revenus avec succès dans l’alignement alors que Toljan, pour sa première titularisation en jaune et noir en Bundesliga, et Weigl, pour sa première apparition de la saison, ont rendu une copie parfaite. L’impression qui se dégage, c’est celle d’un collectif, certes encore en rodage, mais déjà suffisamment maîtrisé par les joueurs pour que ceux-ci soient interchangeables et que nul ne soit irremplaçable. Même Aubameyang semble pouvoir être remplacé par Isak, Yarmolenko, Philipp ou Schürrle à la pointe de l’attaque. C’est riche de promesses !

Carpe Diem !

Ce début de saison enchanteur nous permet de prendre quelques longueurs d’avance sur nos rivaux présumés Hoffenheim, Bayern, Leipzig, Schalke ou Leverkusen. Mais il est bien trop tôt pour parler de Meisterschale, c’est d’ailleurs un peu triste de considérer un titre comme une vulgaire ligne sur un palmarès. Un titre, c’est d’abord un processus qui nécessite une longue maturation. C’est une série d’aventures, d’émotions, de joies, parfois de peines, que nous nous réjouissons de partager, semaine après semaine, dans tous les stades d’Allemagne avec nos Jungs. C’est pour vivre ces moments là, sentir grandir l’excitation à chaque sortie, vibrer avec notre équipe, qu’on aime le football et, s’il y a la consécration au bout, cela ne fera que magnifier le tout. Mais on a aussi le souvenir de débuts de saison tonitruants, comme en 2013-2014 avec Klopp ou en 2015-2016 avec Tuchel, où l’équipe avait faibli dans les frimas et sur les terrains gras de novembre et décembre pour laisser s’échapper le Bayern. Nous n’avons aussi pas oublié les moments pénibles de la saison passée, les problèmes extra-sportifs, les divisions au sein du club, un style de jeu et un état d’esprit qui ne nous convenaient pas toujours. Nous n’avons pas oublié non plus les retours glauques dans le froid après des défaites navrantes à Leverkusen, Darmstadt, Berlin ou Munich. Tous ceux qui ont vécu ces soirées-là n’ont donc pas forcément envie de faire des grandes projections sur le futur mais juste de savourer l’instant présent et de nous projeter uniquement sur le prochain déplacement à Augsburg pour vivre le prochain épisode de l’aventure qui s’amorce et qui paraît riche en promesses. Ah oui et auparavant, il y a ce petit match contre le Real Madrid, le club le plus titré de la planète football et double champion d’Europe en titre, dans le plus beau stade du monde. C’est d’ailleurs non sans une certaine gourmandise que l’on regarde le programme qui nous attend ces prochaines semaines au Westfalenstadion, Real, Leipzig, Schalke, Bayern… En continuant sur cette lancée, il pourrait y avoir encore quelques soirs de félicité dans le Ruhrpott !

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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