Les gens qui me connaissent savent que mon nom ne rime pas vraiment avec Westfalenstadion. Non pas que je n’aime pas ce stade, la ville, ou le club. Non, loin de là même. Mais disons que le WS n’a jamais vraiment réussi à me rendre l’amour que je porte en lui, au point que certaines personnes m’aient affublé d’une légende me renvoyant à « la malédiction du WS » afin de retracer mes quelques péripéties et embrouilles vécues avec ce tas de pierres et de ferrailles. Et puis, il y a eu ce match.

Quoi de mieux qu’un match contre le Bayer Leverkusen, l’équipe par excellence dont tout le monde se fout ou, au mieux, aime rigoler de son histoire et de ses foirages mythiques, pour mettre fin à « la malédiction du WS ». Ma malédiction.

La route comme première épreuve

Samedi. 6h du matin. Quand on a la chance d’habiter en Moselle, à quelques minutes de cette douce terre allemande, le voyage pour Dortmund s’annonce relativement rapide. 400km, 4 heures de route, et nous voilà arrivés à Tremonia. Notre ancienne ville libre d’Empire que nous chérissons tant, là où la bière et les brasseurs ont prospéré, où le mot « DAB » n’est pas une célébration navrante, là où le football est roi. Mais avant de poser les pieds dans la Ruhr, il est temps de prendre la route. La première épreuve de notre périple pour quiconque a déjà eu le plaisir de traîner sa vieille carcasse sur des autoroutes allemandes tout aussi vieilles.

Fort heureusement, pour accompagner ce périple de bosses et de bouchons, quatre autres braves guerriers sont venus garnir nos rangs et affronter ce trajet plus long que prévu par des chants et autres chansons allemandes venant enflammer nos cœurs de Français (oui, pour la première sur ce site, une histoire débute sans aucune présence suisse.)

Comme tout voyage vers Dortmund, le lecteur CD commence à cracher les premiers titres du meilleur album en l’honneur de la ville et du club, j’ai nommé « Dauerkarte ». Un album publié il y a de cela quelques années par The Unity et quelques autres groupes de supporters, regroupant de nombreux acteurs de la musique locale allant du rap, beaucoup, à de la Oi! des familles avec un titre en l’honneur du plus beau, du plus fort, du plus grand, mon amour à moi : Der Fette mit der Sechs ! Un album, que vous pouvez encore télécharger gratuitement via ce lien, qui nous rappelle une certaine époque. Celle où un petit milieu de terrain avec le même bide à bière que ses supporters pouvait nous mettre des pralines du milieu de terrain et faire lever les foules, tel le bel homme qu’il est.

« Wir haben keinen Ronaldinho, wir brauchen keinen Becks. Wir haben den Florian Kringe, der Fette mit der Sechs. »

Mais avant de retrouver l’ancien fief de ce beau Florian, notre petit groupe doit se coltiner les embouteillages allemands liés à ces travaux qui n’avancent toujours pas malgré les années et ces zones d’autoroutes sur une seule voie. Histoire de nous faire comprendre que non, la malédiction n’est pas encore passée. Deux heures de perdu plus tard, les bouchons enfin passés, le temps se fait aussi pressant qu’une équipe entraînée par Kloppo. Il est 14h30, nos pieds touchent enfin cette terre de charbon et d’acier. Et si nous ne sommes pas encore à Dortmund, nous avons au moins le mérite d’être à Witten, dans ce qui nous servira de demeure pour notre courte nuit, à quelques minutes de notre antre chéri. On touche enfin au but, mais avant ça, une nouvelle épreuve s’offre à notre vaillant groupe : le taxi.

Turco-allemand, un peu enrobé, des tics dans tous les sens, un allemand à faire passer tout élève de LV2 pour le futur Günter Grass, notre chauffeur de taxi fut un moment inoubliable de ce voyage. La raison ? Une question. Une seule. Celle avec laquelle il a décidé d’engager la conversation avec nous, les petits étrangers arrivés en ville. Cette question, la voici. « Et vous, vous pensez quoi des étrangers dans le pays ?, avant d’enchaîner par, non parce que dans le centre-ville de Dortmund, il y a pleins de Tziganes! Je ne les aime pas moi, les Tziganes. Ah, puis il y aussi des Bulgares! Et pleins d’autres étrangers. Je ne les aime pas moi ces gens! Et vous, à Paris, y a aussi des étrangers, non ? C’est des Tziganes ? Des Arabes ? Des Africains ? » De quoi instaurer un sacré bon climat dès le début. Malgré tout, même si notre chauffeur du jour ne semble pas franchement être le mec le plus ouvert du monde, on peut lui reconnaître ses compétences sur la route, ce dernier nous déposant pile à l’heure, quelques minutes avant le début de la rencontre, sur la Strobelallee.

Le match de la saison ?

Juste le temps de monter les escaliers pour rejoindre la zone Süd du stade, de faire apparaître -enfin!- un Suisse dans ce récit, que le match commence. Même pas le temps de vraiment s’installer que le match s’enflamme grâce à un premier pion de Dembélé, un but qui en appellera beaucoup d’autres comme vous le savez très certainement, le match se terminant par un lourd 6-2. Mais l’important n’est pas forcément ici. Enfin, à travers ce match, on a su apercevoir ce que l’on aime, ce que l’on veut. Enfin, ces joueurs ont su répondre présents. Enfin, ce stade a retrouvé un peu de son standing. Car si le spectacle était sur le terrain, il l’était aussi dans les tribunes.

Comme vous le savez si vous lisez nos autres articles, nous sommes souvent assez critiques sur la situation actuelle dans les tribunes et sur l’ambiance du WS. La faute à une véritable fracture entre « supporters lambda » et ultras, mais aussi à la rançon du succès faisant venir foule de personnes plus préoccupées par les dribbles de Dembélé que par la reprise des chants balançaient à pleine voix par les blocs 13 et 12.

Pour une fois depuis bien longtemps, le stade s’est décidé à bouger ses fesses de son siège pour reprendre les chants. Si les plus longs et techniques restent malheureusement trop souvent pour les initiés et motivés, les simples, efficaces et connus de tous, eux, sont repris à maintes reprises par une grande partie, voire la totalité du stade. Si ce n’est pas du niveau de ce qu’était ce stade il y a de cela cinq ou six ans, les décibels restent acceptables dans ces moments de communion et de fusion. Des moments qui donnent du sens à ce « Ich hab mein Leben dir vermacht, jeden Tag und jede Nacht! » repris par tous, faisant lever le WS et perdre la voix des plus anciens et plus jeunes. Et si un chant comme « Wir halten deine Fahne hoch » n’a pas forcément le même effet sur la totalité du public, il permet aussi de montrer qu’avec une poignée d’ultras motivés, rugissant tel un coup de grisou, il est aussi possible de percer quelques tympans. Et de faire taire un parcage du Bayer inexistant. Comme souvent.

L’autre attraction des tribunes s’est trouvée être … mon voisin de stade. La fatigue et l’alcool semblent avoir eu raison de lui, ce dernier ayant réussi l’exploit de pioncer, en plein match, malgré les chants de la Süd et la flopée de buts, le tout pendant une bonne petite heure. Oui, une heure. Quand même. Bien que n’ayant jamais eu l’occasion de mettre les pieds dans une faculté de médecine, je pense pouvoir diagnostiquer un certain manque de sommeil chez cette personne.

Autre grand moment de ces tribunes, cet épisode un peu cocasse où l’un de nos Suisses s’est décidé à sniffer du tabac. Car oui, si ce peuple est extrêmement présent sur ce site, il est aussi bon de rappeler les coutumes parfois étranges de ces personnes (Message : la rédaction suisse de Generation WS prend acte de cette critique et réagira en conséquence, NDLR). D’après eux, sniffer du tabac serait un rituel dans leur armée (oui, la Suisse a aussi une armée visiblement). Dans tous les cas, les Allemands posés dans notre zone, eux, ne semblent pas franchement connaitre cette coutume et ont donc eu cette lumineuse idée de penser que l’un de nous était en train de prendre de la cocaïne. Entre le cadavre dormant de l’un, la fausse cocaïne de l’autre, il était bien difficile de passer à côté de nous durant ce match. Le meilleur de la saison jusqu’ici.

Un après match de qualité

Chez certaines personnes, la troisième mi-temps ne semble réservée qu’à ce faux sport qu’est l’ovalie. Autant vous dire que ces derniers n’ont jamais dû foutre un pied en Allemagne et encore moins ici, à Dortmund. Si le football reste le principal attrait de la ville, l’alcool reste un élément important de la vie quotidienne de tout bon dortmunder. Avant t’attaquer notre folle nuit, direction la piscine. Là où l’on peut lâcher ces quelques deniers restants dans le fond de sa poche afin de se payer les premières bières de la soirée et de se caler rapidement l’estomac pour d’autres grâce au traditionnel Currywurst.

Notre groupe se retrouve alors. Un groupe composé à la fois de Français, de Français anciennement Allemands, de mi-Français mi-Allemands, de mi-Français mi-Allemand faux Slovaque ou encore de Suisses. Il faut toujours un quota de Suisses.

C’est d’ailleurs aussi chez ces mêmes Suisses que l’on se décide d’aller. Située dans un charmant immeuble, la demeure de ces derniers se révèle alors être un musée à la gloire du club et du football en général. Écharpes placardées sur les murs, drapeaux dans tous les sens, une bonne partie des objets vendus dans la boutique officielle du club se trouvent réunis ici, dans trois ou quatre pièces seulement. Des coussins aux draps, de la liqueur d’alcool à la moutarde (!), la plupart des objets de l’appartement portent l’écusson du club. Même la box Sky arbore fièrement les couleurs du club.

MARE HOOLIGAN!

C’est donc dans ce lieu que la soirée débute. Après quelques bières devant le match de Gladbach contre l’ennemi, décision est prise pour s’en aller au centre-ville afin de se remplir le bide avant d’y introduire quelques litres d’alcools. Refus après refus, l’un des Suisses, Alexandre pour ne pas le citer, se décide alors de nous emmener chez « Mare » qui, d’après l’enseigne partiellement éclairée, est une « Pizzeria-Restaurante-Baguetteria. » Se rendre chez « Mare » est un risque à prendre une fois dans sa vie. Une épreuve offerte par Dieu afin de se prouver à soi-même et à son estomac que oui, même quand un snack est tenu par une famille pakistanaise où les normes d’hygiènes ne semblent pas franchement être sa priorité numéro une, on peut tout à faire survivre et ne pas avoir de salmonellose foireuse venant te gâcher ta future beuverie. Une belle leçon de vie.

Une baguette enfilée plus tard, certains se décident à continuer la soirée au Lutge-Eck, d’autres, comme moi, décident de prendre un véritable repas du côté des Italiens de l’Ostéria. Un must.

Et puis, il y a le Lutge-Eck. Une soirée arrosée (un peu trop pour certains), notre table décidant d’animer un peu la chose en lançant des chants en français, allemand, anglais ou encore polonais, des tournées de 09er et même une apparition sur la page Facebook du bistrot. Une soirée pouvant se résumer par une chanson du cru, « Musik, Bier und gute Laune. »

La malédiction est officiellement terminée.

Pierre Vuillemot

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