Il n’a pas encore joué son premier match en Bundesliga que le RB Leipzig a déjà remporté son premier titre : celui de club le plus détesté d’Allemagne. Pour la Ligue des Champions, l’objectif avoué du patron du club, le fondateur de Red Bull Dietrich Mateschitz, il faudra patienter encore un peu.


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Le club (Ewige Tabelle : non classé)

On reviendra plus longuement sur l’histoire du RasenBallsport Leipzig en marge du prochain déplacement du BVB en Saxe, mais le problème c’est justement que ce club n’a aucune histoire. Pour faire bref : après avoir sponsorisé divers sports extrêmes et remporté le titre mondial en Formule 1 avec Sebastian Vettel, le patron autrichien milliardaire et fondateur de la marque de boissons énergisantes Red Bull Dietrich Mateschitz s’est mis en tête d’investir dans le football. Ces premiers clubs, à Salzburg et New York, n’évoluant pas dans des ligues assez prestigieuses pour ses ambitions mégalomaniaques, il a choisi de s’implanter en Allemagne. La règle 50+1 rendant quasiment impossible le rachat d’un club de Bundesliga ou et de Zweite Liga, il s’est tourné vers les ligues inférieures. Et vers Leipzig, parce que celle-ci possédait un grand stade sous-utilisé et qu’elle n’était pas trop loin de la maison mère de Fuschl am See. Il a donc tenté de racheter l’un des deux clubs historiques de la ville, le Lokomotive et la Sachsen, alors en cinquième division, mais leurs fans ont catégoriquement refusé, avec des protestations parfois violentes, pour ne pas vendre leur âme au taureau autrichien, malgré les promesses de gloire de son patron. Red Bull s’est alors tourné vers un petit club de banlieue, lui aussi en Oberliga, sans fan pour s’opposer au rachat, le SSV Markranstädt, qu’il a aussitôt rebaptisé RB Leipzig (pour RasenBallsport – jeu de balle sur gazon – la ligue ayant refusé le nom Red Bull) et déménagé dans le grand stade de Leipzig, renommé Red Bull Arena. Nous sommes en 2009 et, à coup d’investissements massifs, le RB mettra une année pour grimper en 4ème division, trois pour accéder à la 3ème division et deux pour accéder à la Bundesliga il y a quelques mois.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Perspectives

L’entraîneur de la promotion, Ralf Rangnick, qui avait déjà tenu ce rôle avec l’autre club complètement artificiel de la Buli, Hoffenheim, est passé directeur sportif et il pourra jouer son rôle préféré : surenchérir avec le chéquier du patron sur le marché des transferts et ensuite pleurnicher que personne n’aime son club, seul contre tous. Pourtant, son premier mercato n’est guère spectaculaire. Une seule arrivée vraiment significative, celle du grand espoir Timo Werner. Mais on attendra la fin du mercato, les moyens de Red Bull sont immenses et d’autres arrivées sont encore possibles cet été ou sinon à Noël, surtout que la marque au taureau a par le passé plusieurs fois manigancé quelques magouilles entre des différents clubs pour contourner les règles. Mais pour l’instant, le contingent n’est pas la hauteur des ambitions affichées (la Ligue des Champions). Offensivement, cela tient la route avec Werner, l’autre grand espoir offensif allemand Selke (bien que décevant aux JO) et les internationaux danois Poulsen, suédois Forsberg, américain Boyd (ex-BVB II), Autrichien Sabitzer et Guinéen Keita. En revanche, le secteur défensif autour de l’ancien international Compper et de la révélation de Rio Klostermann n’est pas à la hauteur. Depuis le début du mercato, Leipzig cherche à enrôler des gardiens (Leno, Zieler) et des défenseurs (Ginter, Mustafi, Dragovic) de renom, mais tous ont, pour l’instant, refusé. En attendant les renforts espérés, le nouvel entraîneur Ralph Hasenhüttl, jusque-là connu pour sa capacité à tirer le maximum avec un budget limité à Aalen et Ingolstadt, devra faire avec les moyens du bord. L’aventure Red Bull dans l’élite a commencé par un gros couac, qui a fait hurler de joie toute l’Allemagne, avec une élimination en Pokal à Dresde, une vieille Traditionsverein de l’ex-RDA, sorte d’anti-RB, aux penaltys après avoir mené 0-2 à la pause… Et le RB devra s’habituer à ces accueils hostiles, sauf lors de la première journée où il rendra visite à son club jumeau d’Hoffenheim pour la plus triste affiche de la saison en Bundesliga.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Transferts

Départs : Jung (Ingolstadt), Hierländer (Sturm Graz), Quaschner (Bochum), Teigl (Augsburg).

Arrivées : Müller (Kaiserslautern), Werner (Stuttgart), Keita et Schmitz (Red Bull Salzburg), Kalmar (FSV Frankfurt)

Pronostic : 11ème

Le stade : Red Bull Arena (42’959 places)

Le Zentralstadion de Leipzig est magnifique et très original. Il a en effet été construit dans la cuvette de l’ancien stade, un monstre soviétique de l’ex-RDA de 100’000 places. Pour y accéder, il faut escalader les anciennes tribunes avant de franchir des passerelles jusqu’à la nouvelle enceinte. La construction de ce stade a été décidée à une époque où Dietrich Mateschitz ne savait sans doute même pas situer Leipzig sur une carte. Lorsque l’Allemagne a obtenu la Coupe du Monde 2006, il fallait un stade en ex-Allemagne de l’Est pour d’évidentes raisons politiques, mais aucun club de la défunte RDA, en proie à des difficultés économiques, n’était capable de le financer. Ce sont donc les collectivités publiques qui ont payé cette nouvelle arène et ont choisi Leipzig, qui paraissait la plus susceptible de retrouver, à terme, un club de pointe. Mais elles pensaient alors que ce serait le Lokomotive ou le Sachsen et non pas un milliardaire autrichien qui s’en approprierait jusqu’au nom.

© Julien Mouquin / Génération WS

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L’ambiance

Inutile de te faire un dessin… Les fans historiques du Lokomotive et du Sachsen ne rallieront jamais le RB qu’ils haïssent profondément, ils iront plutôt grossir les rangs des supporters adverses. Bien sûr, ce genre de projet attire toujours des opportunistes appâtés par les promesses de succès rapide et facile, le stade affichera sans doute souvent complet, mais, comme le répètent les banderoles qui fleurissent dans tous les stades d’Allemagne, la passion et la ferveur ne s’achètent pas. Il n’y a donc pas grand-chose à attendre de l’ambiance du RB Leipzig, même si le sponsor ne manquera sans doute pas de financer des tifos moisis et de distribuer des gadgets aux couleurs du club et des abominables Klatschpappen (ces éventails en carton qui se plient et s’agitent pour faire un bruit infect). Lors du déplacement en Pokal à Dresde, tout le monde redoutait les débordements des ultras du Dynamo, mais ceux-ci se sont bien tenus (enfin, à part une tête de taureau tranchée). Le seul incident, c’est le pyro lancé par un « ultra » de 15 ans du RB qui a blessé quatre policiers. Une fois emmené au poste, le mioche a éclaté en sanglots et sa grand-maman a dû venir le rechercher. L’anecdote situe ce à quoi devraient ressembler les « supporters » du RB Leipzig.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Biergarten

Mon seul déplacement au Zentralstadion pour un match du RB remonte à un match de Dritte Liga contre le BVB II et la grande esplanade devant le stade était déserte. On verra si cela s’est amélioré lors de notre prochain déplacement là-bas, mais l’accueil risque d’être plutôt tendu, vu la réprobation des fans dortmundois envers le projet Red Bull. C’est dommage, car, à part son affreux club en plastique, Leipzig est une ville magnifique.

Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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