La révolution est en marche à Gelsenkirchen : avec les arrivées du manager Christian Heidel et de l’entraîneur Markus Weinzierl, les Blauen tentent clairement d’entamer un nouveau cycle. Avec son « projet Dortmund », notre rival de toujours n’en sera que plus dangereux. A la limite tant mieux, cela fera encore plus plaisir de les battre, tant qu’ils ne décrochent pas ce titre qui fuit Herne-West depuis 1958.

Le club (Ewige Tabelle : 6)

Schalke fait partie des grands noms du foot allemand. Les Knappen constituaient même, avec leurs amis du 1. FC Nürnberg, les deux meilleurs clubs du pays, avant la création de la Bundesliga en 1963, à l’époque des Gauliga, ligues régionales dont les vainqueurs se disputaient ensuite le titre. Null Vier a souvent été considéré comme un club nazi parce qu’il a obtenu la plupart de ses sept titres sous le règne du IIIème Reich mais ses accointances avec le régime hitlérien n’ont jamais été vraiment prouvées et aujourd’hui le club n’est pas plus impacté que d’autres par la mouvance d’extrême-droite. Le dernier des sept titres des Blauen remonte à 1958 et depuis ils courent après le Meisterschale dans une quête devenue obsessionnelle. Il y a bien quelques succès, des Pokal en 2001, 2002 et 2011, une Coupe UEFA en 1997 mais plus de titre ; c’est passé parfois tout près, comme en 2001 (« Vier Minuten Meister ») ou en 2007 (« Nur gucken nicht anfassen »), mais toujours avec l’échec au bout.

Pour tenter de conquérir enfin le Meisterschale, les Blauen ont même été jusqu’à renier les valeurs traditionnelles d’un club du Ruhrpott : parrainage avec un géant gazier paraétatique russe, engagement de mercenaires onéreux et d’entraîneurs prestigieux, ambitions grandioses fanfaronnées à chaque début de saison… En vain. Cette stratégie ambitieuse s’est soldée par une succession de désillusions, de résultats en dents de scie, de changements incessants d’entraîneurs et de problèmes financiers. Le principal responsable de cette politique, le manager Horst Heldt, a été viré au printemps dernier, sous les huées des fans lassés des promesses non tenues. Désormais, le club entend complètement modifier sa stratégie et s’inspirer, même si on ne l’avoue qu’à demi-mot à Herne-West, de ce qu’a réussi Dortmund depuis 2008 avec Jürgen Klopp. C’est à dire construire le succès sur la durée en partant avec des jeunes. Pour ce faire, les Knappen sont allés chercher le directeur sportif Christian Heidel, celui-là même qui a construit le succès de Mainz avec Klopp et Tuchel. Le nouvel entraîneur, Markus Weinzierl, qui a emmené Augsburg en Coupe d’Europe, présente lui aussi un profil proche de celui de Kloppo : pas de passé prestigieux de joueur, des succès avec des clubs modestes à Regensburg et Augsburg et l’habitude de construire sur la durée avec peu de moyens et des jeunes. Le projet est prometteur, la grande question est de savoir si, dans un club marqué depuis des années par l’instabilité, l’impatience et la fébrilité, on laissera au duo Heidel-Weinzierl le temps de mettre en place sa stratégie. Après la défaite initiale à Francfort, Null Vier est déjà sous pression avant de recevoir le Bayern lors de la deuxième journée : on aura un premier élément de réponse. Klopp n’a pas connu le succès immédiatement au BVB, sa première saison s’est conclue sur un échec douloureux, avec un retour en Europe manqué lors de l’ultime journée, et il y a longtemps eu des doutes sur sa capacité à ramener le BVB au sommet. On verra si Schalke est capable de la même patience.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Perspectives

Le premier recrutement porte clairement la patte de Christian Heidel. Pléthorique depuis la désastreuse ère Magath, le contingent a été dégraissé et le vente, à un prix déraisonnable, de Leroy Sané doit permettre au nouveau directeur sportif d’assainir les finances et de retrouver une certaine capacité d’investissement, sans pour autant représenter une immense perte sur le plan sportif tant l’espoir franco-allemand brillait par son irrégularité. Le recrutement a été plutôt malin et bon marché. Naldo ne représente pas l’avenir mais une solution gratuite pour pallier au départ de Matip. Pareil pour Coke, figure emblématique du FC Séville, qui vient amener son expérience (malgré une longue blessure) pour un prix dérisoire. En attaque, les Blauen fondent de grands espoirs sur la nouvelle étoile du football suisse, Breel Embolo. Bentaleb et Baba sont des paris venus en prêt, alors qu’avec Stambouli et Konoplyanka, Heidel va tenter de relancer deux éléments qui sortent d’une saison difficile. Enfin, trop souvent délaissés, à l’image d’un Özil bradé à Brême, les jeunes du club devraient enfin avoir leur chance, avec la promotion de plusieurs espoirs en première équipe et des clés du jeu qui devraient enfin être laissées aux deux grands talents d’Herne-West, Leon Goretzka et Max Meyer. Avec Nastasic, Geis, Kolasinac, Schöpf ou encore Avdijaj, tous âgés de moins de 23 ans, c’est clairement une équipe en devenir, avec quelques anciens pour les entourer comme le gardien Fährmann, Aogo, le capitaine Höwedes ou le buteur Huntelaar.

Il est clair que ce recrutement hétéroclite ne permettra pas à Null Vier de briguer le titre dès cette saison, surtout que la défense demeure un peu lourde et qu’il risque de falloir du temps pour mettre les choses en place. Mais il y a clairement un projet intéressant en marche à Gelsenkirchen et, si la mayonnaise prend, il faudra s’habituer, à moyen terme, à revoir en lui un concurrent sérieux au classement. A la limite tant mieux : certes, nous éprouvions toujours de la Schadenfreude à voir notre rival de toujours loin derrière nous au classement et, quel que soit l’enjeu, le Derby est toujours resté le match le plus important de la saison. Mais il y aurait une saveur supplémentaire à retrouver un Derby tout en haut du classement, tant nos deux clubs n’ont pas joué conjointement les premiers rôles depuis une éternité.

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Transferts

Départs : Sané (Manchester City), Höjbjerg (Southampton), Neustädter (Fenerbahce), Belhanda (Kiev), Friedrich (Augsburg), Höger (Köln), Matip (Liverpool), Gspurning (Union Berlin).

Arrivées: Naldo (Wolfsburg), Stambouli (PSG), Bentaleb (Tottenham), Baba (Chelsea), Coke (Sevilla), Avdijaj (Sturm Graz), Wellenreuther (Mallorca), Embolo (Bâle), Konoplyanka (Seville).

Pronostic : 4ème

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Le stade : Veltins-Arena (62’271 places)

C’est un aveu qui me coûte mais la Veltins-Arena est une réussite. Contrairement à nombre de ces stades modernes, froids et aseptisés comme l’Allianz Arena, Wembley ou l’Emirates, l’antre des Knappen est un stade avec une âme, grâce notamment à un imposant kop debout en Nordkurve. Même s’il accueille régulièrement concerts, biathlon, courses de voiture ou hockey sur glace, et qu’il dispose de nombreuses loges, cela reste un vrai stade de football. Et l’effet est toujours impressionnant lorsque, par mauvais temps, le toit amovible se ferme et que l’on se retrouve dans une patinoire géante de plus de 60’000 places. Comme il faut quand même trouver quelques défauts à l’enceinte de notre pire ennemi, on mentionnera un débit insuffisant aux bars, la vue en partie masquée par les structures métalliques dans les rangs supérieurs et des affreux arrondis inutiles sous les sièges qui empêchent d’entreposer les bières et glissent quand on veut rester debout.

Gelsenkirchen est une ville assez laide et plutôt curieuse ; il n’y a pas de véritable centre-ville, c’est un agglomérat de quartiers avec chacun leur propre centre. Et au milieu de ces différents quartiers, on trouve l’immense no man’s land regroupant stade, terrains d’entraînements, centre de formation, patinoire, piscine, hôtel, discothèque et l’ancien Parkstadion avec ses 70’000 places, toujours debout quinze ans après avoir été remplacé par la Veltins-Arena. Gelsenkirchen est clairement une ville où le football occupe une place centrale dans la cité, encore davantage qu’à Dortmund, deux fois plus peuplée.

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L’ambiance

Là aussi, c’est un aveu pénible mais actuellement l’ambiance est sans doute plus authentique du Ruhrpott à Herne-West qu’elle l’est à Dortmund, les mauvais résultats des Blauen les ayant préservés de l’invasion touristique qui plombe un peu l’ambiance au Westfalenstadion. Si, de tout temps, Schalke a recruté ses fans dans toute l’Allemagne, le public y est sans doute moins occasionnel qu’il l’est devenu chez nous. Malgré les difficultés et les échecs répétés dans la course au titre, le stade affiche toujours complet ou presque avec plus de 60’000 fans et plus de 142’000 membres (davantage que le BVB, même si nous sommes en passe de les dépasser). L’ambiance en revanche a un peu pâti des désillusions à répétition avec un divorce entre les supporters et leur équipe pas à la hauteur des ambitions grandioses affichées en début de saison. Il n’était pas rare d’entendre l’équipe sifflée par ses propres fans ces dernières saisons et parfois copieusement huée après quelques défaites infamantes. Forcément, ça laisse des traces et on a parfois senti une certaine distance entre les supporters et leur équipe, sauf bien sûr dans le Derby où la perspective de battre l’ennemi honni du BVB suffit à remobiliser le peuple bleu et blanc derrière son équipe. Mais, dans la cité aux 1000 feux, il suffit d’une étincelle pour embraser le stade et retrouver une vraie ambiance du Pott, l’une des meilleures d’Allemagne.

Nous aurons l’occasion de te reparler longuement de la rivalité qui nous oppose à Schalke mais il faut bien constater que le Derby a perdu un peu de sa magie depuis 2-3 saisons. Au début du retour du BVB vers les sommets, le Revierderby a été préservé de l’invasion touristique car les Modefans préféraient les affiches contre le Bayern ou le Real, les clubs qu’ils connaissaient en Ligue des Champions. Mais depuis quelques saisons, le message est passé, le Derby est LE match de la saison et, malheureusement, c’est devenu un trophée que veulent s’offrir les Gloryhunter de tous bords à grand coup de billets illégaux à 250€ et de selfies, un peu comme ces Occidentaux qui se paient à grands frais des safaris en Afrique pour dégommer l’un ou l’autre espèce menacée. Car c’est cela qu’est devenu notre Derby, un patrimoine en danger, menacé par l’invasion de ces parasites qu’on ne verra jamais contre Freiburg, Paderborn ou Augsburg et qui cherchent juste une affiche de prestige pour leur petite gloriole personnelle, sans faire l’effort de comprendre les valeurs des deux clubs et la raisons d’une rivalité ancestrale. C’est même devenu tellement une menace que les fans des deux camps ont mis leurs rivalités de côté à l’été 2014 pour lutter ensemble contre une célèbre société de revente de billets sur internet. Car, malgré tous les différends qui nous opposent et ils sont nombreux, il y a toujours plus de respect mutuel entre fans des deux camps que pour ces touristes opportunistes qui paradent avec leur attirail jaune et noir tout juste sorti du Fanshop avant le match. Un Derby de mineurs du Ruhrpott, cela ne s’achète pas mais cela se conquiert par la ferveur et la sueur.

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Biergarten

Il existe de nombreux Biergarten dans le vaste espace qui jouxte le stade mais ils sont zone interdite le jour de Derby habillé en Schwarzgelb. Si tu n’as pas une suffisamment longue expérience du Derby pour savoir où et quand tu peux ou non afficher tes couleurs partisanes, le seul moyen de vivre un Revierderby à Herne-West sans trop de risques, c’est d’aller sagement prendre le Sonderzug à Dortmund, puis d’embarquer dans les bus sous forte escorte policière qui te conduisent au stade en traversant des allées de bars remplis de fans des Blauens plutôt vindicatifs et assez prompts à jeter tout ce qu’il leur passe sous la main en direction des bus remplis de Borussen. Même si c’est toujours tendu, parfois au-delà des limites de l’acceptable, on espère que cette ambiance de Derby perdurera et que nos successeurs auront toujours l’occasion de vivre ses atmosphères-là et non pas un truc complètement aseptisé pour touristes qui se « détestent » sans trop savoir pourquoi, juste parce  qu’ils ont lu quelque part que c’était le club ennemi.

Julien Mouquin.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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