S’il y a une équipe qui paraît en mesure de venir s’immiscer aux deux premières places du classement, au détriment du Bayern ou du BVB, c’est bien Leverkusen. L’éternel loser du foot allemand n’a pas fait beaucoup de bruit durant l’été mais il sort du mercato renforcé dans toutes les lignes.

Le club (Ewige Tabelle : 8)

Leverkusen est le plus vieux Werksklub du foot allemand puisque, dès sa création en 1904, il est l’émanation du géant pharmaceutique Bayer. D’ailleurs, le stade se trouve à quelques encablures seulement du gigantesque complexe chimique qui abrite le créateur de l’aspirine, dans cette banlieue industrielle sinistre de Cologne, surtout connue pour son échangeur d’autoroutes. Le Bayer a intégré la Buli pour la première fois en 1979 et ne l’a plus quittée depuis. Nous sommes donc loin d’un caprice de milliardaires façon Hoffenheim ou Leipzig. Bayer bénéficie même (comme Volkswagen à Wolfsburg) d’une exception à la règle 50+1 (qui interdit à un investisseur d’être majoritaire dans un club allemand) en raison de son engagement depuis plus de 20 ans. Vizekusen est d’ailleurs, à part le Bayern Munich, le club le plus régulier aux avant-postes de la Bundesliga : depuis 1985, la Werkself n’a pas figuré dans la première moitié du classement qu’à deux reprises (14e en 1996 et 15e en 2003), alors que les grandes Traditionsvereine du pays ont toutes connu des passages à vide. Le stade affiche fièrement la longue liste des adversaires nationaux et européens du Bayer pour montrer cette permanence aux avant-postes. Sauf que celle-ci ne débouche que sur un palmarès minable : une Coupe UEFA en 1988 et une Pokal en 1993. Mais sinon des défaites en finale de Königsklasse (2002), de Pokal (2002, 2009) et surtout pas le moindre titre, juste des deuxièmes places (cinq fois).

Les échecs de Vizekusen dans sa quête du Meisterschale ont marqué l’Histoire de la Bundesliga, notamment en 2000 lorsque le Bayer n’a pas réussi à obtenir le point sur le terrain du modeste Unterhaching qui lui aurait permis de devancer le Bayern ou en 2002 où, après avoir longtemps fait la course en tête, les Rheinländer, en quête d’un triplé historique, ont perdu contre des mal-classés lors des 32ème et 33ème journées pour laisser le titre au BVB grâce au Meistertor d’Ewerthon à moins de 20 minutes de la fin de la saison. Depuis quelques années toutefois, Leverkusen ne vise plus ouvertement le titre chaque été et préfère ironiser sur son incapacité à gagner le Meisterschale : malgré l’appui de son sponsor, il ne parvient plus à rivaliser financièrement avec les cadors du foot allemand en raison d’un stade trop petit et d’une attractivité limitée. Homme fort du club depuis 2005, l’ancien champion du monde Rudi Völler se contente de mettre en place une équipe compétitive et espère un fléchissement des ténors pour enfin aller chercher ce Meisterschale tant attendu.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Perspectives

En refusant catégoriquement tout départ de ses stars Çalhanoğlu, Toprak ou Bellarabi, Rudi Völler a donné un signal fort d’ambitions retrouvées. Le potentiel offensif de la Werkself est impressionnant : Kiessling, Chicharito, Mehmedi, Bellarabi, Çalhanoğlu et les nouveaux venus Pohjanpalo, ex-grand espoir du foot finlandais qui s’est un peu perdu en Zweite Liga mais qui peut surprendre, et surtout Volland, dont on attend qu’il prenne une dimension supplémentaire dans un club plus ambitieux qu’Hoffenheim. A la baguette, on devrait retrouver Julian Brandt qui rêve de marcher sur les traces d’un certain Toni Kroos qui avait longtemps permis à Neverkusen de faire la course en tête en 2010-2011 avant de craquer face aux Bubis du BVB. A mi-terrain, l’arrivée du capitaine de l’équipe d’Autriche Baumgartlinger vient ajouter du muscle aux côtés d’Aranguiz et de Lars Bender.

L’an passé, si le Bayer n’a pu se mêler à la lutte pour le titre et passer les phases de groupes de Ligue des Champions, c’est avant tout en raison d’une défense trop perméable. Pour y remédier, Völler a bien joué le coup en temporisant pour acquérir pour une somme modique (10M €), Aleksandar Dragovic alors que l’on parlait encore de 25M € en début d’été lorsque le BVB s’était intéressé à lui. Avec sa longue expérience de Königsklasse à Bâle et Kiev, l’Autrichien permet désormais au Bayer de disposer de trois centraux solides, quoiqu’un peu fantasques, avec Toprak et Tah. Sur les côtés, le prometteur da Costa et le grand espoir Heinrichs sont des atouts supplémentaires. Enfin, dans les buts, Özcan, révélation de la saison passée à Ingolstadt, constitue une alternative crédible au titulaire Leno. Bref, Levrkusen s’est renforcé partout. Sauf sur le banc : s’il a fait des miracles avec le modeste Paderborn et gagné des titres avec le riche Salzburg, l’entraîneur Roger Schmitt doit encore démontrer qu’il a l’étoffe de coacher un grand d’Allemagne. Et ses deux première saisons à la Werkself ne plaident pas en sa faveur, lui qui a toujours donné l’impression de réagir sur du court terme plutôt que de construire une équipe capable de lutter tout devant. S’il a su en tirer les leçons, alors Leverkusen sera un rival sérieux. Sinon, la patience n’a que rarement été le fort de Rudi Völler…

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Transferts

Départs : Ramalho (Mainz), Papadopoulos (Leipzig), Ryu (Ferencvaros), Öztunali (Mainz), Frey (Kaiserslautern), Kramer (Mönchengladbach), Brasnic (Düsseldorf), Dzalto (Regensburg), Yelldell (Grossaspach), Boenisch, Kresic (?).

Arrivées: Dragovic (Kiev), Özcan (Ingolstadt), Baumgartlinger et da Costa (Mainz), Lomb (Münster), Pohjanpalo (Düsseldorf).

Pronostic : 3ème

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Le stade : BayArena (30’210 places)

Depuis sa dernière rénovation, la BayArena est devenu un stade très esthétique avec son armature métallique ronde. Mais, outre sa taille modeste, ce stade a un gros défaut : l’absence quasi-totale de spectateurs derrière un but, en côté sud, pour laisser place à un hôtel et des places VIP. Forcément, ce mur vitré un peu triste péjore grandement l’effet visuel de l’ensemble.

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L’ambiance

Les thuriféraires d’Hoffenheim et Leipzig nous expliquent qu’il faut leur laisser un peu de temps et qu’avec l’habitude leurs fans mettront autant d’ambiance que les autres. C’est faux : la passion ne s’achète pas et un Werksklub restera toujours un Werksklub. La preuve : même après près de 40 ans à jouer les premiers rôles en Bundesliga, l’ambiance à Leverkusen reste l’une des plus faibles de la ligue. Et pourtant, nous sommes dans une cité industrielle du Nordrhein-Westfalen, terre de foot s’il en est, mais rien n’y fait. Il y a bien des fans assez actifs dans un angle mais ils ne sont pas très nombreux et le reste du stade ne suit que rarement. D’ailleurs, les supporters des voisins Köln, Düsseldorf et Mönchengladbach refusent obstinément de parler de derby contre Leverkusen. Dès lors, le BVB n’entretient pas de vraie rivalité avec Neverkusen, juste le mépris habituel envers un Werksklub. Cela ne nous empêche pas d’avoir encore des frissons en pensant au doublé de Kevin Grosskreutz en janvier 2011 en début de deuxième mi-temps à la BayArena lors du choc au sommet entre nos deux clubs.

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Biergarten

La BayArena est située entre un parc et d’interminables rangées de maisonnettes d’un étage, toutes identiques, logeant les employés de Bayer. Fais attention si tu y gares ta voiture, tu as vite fait de ne pas la retrouver entre des rues rectilignes similaires. L’accueil n’est guère plus chaleureux par train avec la « gare » déserte et glauque de Leverkusen-Mitte. Ce n’est donc pas la fête, les alentours de la BayArena, à peine quelques vendeurs de bières ambulants. Il existe néanmoins un Biergarten assez sympathique, Pille-Sportsbar, planqué derrière le McDonalds avec un pub, une grande terrasse et une halle avec écrans géants où se chambrent les fans des deux camps. L’endroit à visiter avant un match à Leverkusen…

Julien Mouquin.

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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