Si Jürgen Klopp a su ranimer la flamme à Dortmund, sa première saison se termine par une immense désillusion : le BVB manque une qualification européenne à la dernière seconde de la saison sur un but qui n’était pas valable. Malgré cet échec, Michael Zorc et Hans-Joachim Watzke n’ont pas hésité à prolonger le contrat de leur entraîneur jusqu’en 2012. A ce moment-là, même le supporter le plus fanatique du BVB n’aurait osé rêver que ce contrat nous vaudrait deux nouveaux Meisterschale…

Après ce Derby complètement fou, le BVB connaît un brutal retour sur terre et un automne 2008 difficile. Les critiques pleuvent : le jeu du Borussia est un mélange de défense passoire (« un stand de tir », avait même titré la très sérieuse Süddeutsche Zeitung), un concept inachevé et un coach toujours à la recherche de son onze de base. « Ce sont des jours noirs, une semaine noire » résumait Klopp après une série de défaite. « Un entraîneur peut être un chic type mais à la fin seul compte le succès », constate le chef de presse Josef Schneck. Pourtant, Neven Subotic assure que l’équipe n’a jamais perdu la foi en son entraîneur : « Je le connaissais déjà, j’avais confiance en lui mais pour l’équipe c’était important de voir qu’il mettait en pratique ce qu’il racontait et que tu le trouvais toujours aussi gentil. C’était pour moi l’évaluation la plus importante. » Sebastian Kehl confirme : « Un petit travail de persuasion était nécessaire et cela n’arrive pas directement depuis le premier jour. Au début des moments difficiles, nous avons pensé : comment cela peut-il fonctionner ? Il y avait des discussions. Mais il avait clairement dit depuis le premier jour qu’avec lui seul ce chemin était possible et qu’il allait nous convaincre de jouer ce type de football là. »

Une victoire chanceuse en Pokal contre Hertha remet le BVB sur la bonne voie et le club parvient à redresser la barre avant Noël, ne concédant qu’une seule défaite sur la fin du premier tour, contre Hambourg qui deviendra plus tard la bête noire de Jürgen Klopp. « Nous savions tous que l’argent marque des goals, explique notre speaker Nobby Dickel. Mais nous n’avions pas d’argent. C’était une victoire que Jürgen soit venu chez nous. L’équipe, qui partait auparavant battue d’avance, jouait vraiment mieux sa première année, chacun pouvait le constater. Le style de jeu avait totalement changé. Mais, mis à part le fait que nous avions énormément progressé footballistiquement, Jürgen a aussi voulu que l’amour débordant pour notre club augmente et que nous soyons nombreux à croire au retour des heures de gloire. Il était là 24 heures par jour pour réunir les gens. Il ne s’est jamais plaint des blessures. Il disait toujours « nous avons assez de bons joueurs ». Il disait qu’il ne se souciait jamais des choses qu’il ne pouvait pas lui-même influencer. C’était pour nous une nouvelle situation, nous avons remarqué qu’il allait de l’avant, qu’il persévérait et nous avons à nouveau cru au succès. » Le manager Fritz Lünschermann renchérit : « C’était un vrai changement. Nous avons vu des matchs qui n’étaient vraiment pas présentables. Les Jungs couraient comme des lapins derrière la balle. Mais après un moment, ils combinaient. C’était fantastique. Nous nous sommes dits : les gars, ça va être une époque ! Et c’est devenu une époque que nous n’oublierons jamais. C’était son œuvre. »

Malgré la grave blessure de Mats Hummels au printemps et un début de deuxième retour raté, le BVB fait presque aussi bien au deuxième tour qu’au premier pour finir à la sixième place. La saison se termine toutefois sur une énorme désillusion. Le BVB est maître de son destin avant la dernière journée pour obtenir une qualification en Europa League, qui serait la première qualification européenne du club en championnat depuis cinq ans. Il suffisait d’aller gagner à Mönchengladbach lors de la dernière journée mais le BVB ne parvient pas à faire mieux que 1-1. On a longtemps cru que ce résultat suffirait puisque notre adversaire direct pour cette place européenne, Hambourg, perdait 2-0 à Francfort après 60 minutes. Mais les Rothosen parviennent à retourner la situation et s’imposent dans les arrêts de jeu sur but hors-jeu de Piotr Trochowski, privant ainsi le BVB de toute qualification européenne. Et des rentrées d’argent de la Coupe d’Europe : « Il y aura un peu moins d’argent, philosophait Jürgen Klopp, une fois la déception passée. Mais nous avons acquis une énorme expérience et nous avons tissé des liens forts avec les fans. J’espère que quelques sponsors se diront « il se passe à nouveau quelque chose, c’est cool, nous voulons en être ». Tout le monde peut monter dans un train en marche mais c’est tellement plus beau de l’aider à partir. »

Malgré ce relatif échec, Hans-Joachim Watzke décide de prolonger le contrat de Jürgen Klopp jusqu’en 2012 : « Personne dans le club n’était contre Klopp, tous ont soutenu cette décision. Dans l’ensemble, c’était une saison grandiose. Il a juste manqué la cerise sur le gâteau. La fin était une énorme déception pour nous tous. Nous n’avons pas voulu tout gâcher et faire mieux que la septième place n’était pas si mal. Il y avait de la déception sur la saison et cela nous a encore rapprochés. Au final, le plus important c’est que nous trois – Jürgen, Michael et moi – pouvions très bien collaborer. C’était la clé. »

Si tu as raté le début :

1er décembre : Revolution 09

2 décembre : Une défaite salutaire

3 décembre: Un rendez-vous presque manqué

4 décembre: A la conquête des cœurs

5 décembre: Goldene Zukunft braucht Vergangenheit

6 décembre: Un employé comme les autres

7 décembre: L’apprentissage

8 décembre: Le premier Derby

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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