Si l’on excepte la demi-finale de Pokal la saison dernière, l’Olympiastadion ne nous a pas tellement souri ces dernières années. Et pourtant, c’est un stade dans lequel nous avons vécu quelques belles émotions, comme ce match liquidation en 2014 qui avait couronné Robert Lewandowski comme meilleur buteur de la Bundesliga, une semaine avant la finale perdue dans le même stade contre le Bayern Munich.

On ne le répétera jamais assez mais le football en Allemagne est entré dans une autre dimension, sans équivalent en Europe, depuis la Coupe de Monde 2006. Ce match entre le Hertha Berlin et le Borussia Dortmund l’atteste : malgré l’absence totale d’enjeu, le stade est archicomble, l’ambiance festive et colorée avec deux magnifiques tifos et nous ne sommes pas moins de 25’000 fans dortmundois à avoir fait le déplacement de l’Olympiastadion. Il faut dire que l’enceinte berlinoise fait un peu figure de deuxième maison pour tout supporter jaune et noir qui se respecte. Déjà parce que, malgré la présence d’une piste d’athlétisme, c’est une arène magnifique, colossale, chargée d’histoire après avoir accueilli les plus grands événements du sport, deux Coupes du Monde, dont une finale, Jeux Olympiques d’été avec les médailles de Jesse Owens, Championnat du Monde d’athlétisme avec les records d’Usain Bolt et, en 2015, finale de Ligue des Champions.

L’année précédente, après la défaite en finale de C1 contre le Bayern dans le froid et aseptisé Wembley, Jürgen Klopp avait promis que le BVB jouerait à nouveau cette finale de Champion’s League en 2015, à Berlin, dans un stade beaucoup plus favorable au peuple jeune et noir (promesse non tenue…). Le rendez-vous est pris, même si, en attendant, on a déjà une finale à y jouer, plus exaltante : celle de la DFB-Pokal. C’est depuis une autre finale, remportée 4-1 contre le Werder Brême après un match épique en 1989, marquant la renaissance du club après deux décennies de galère et même un passage en Zweite Liga, que les fans dortmundois entretiennent ce lien si particulier avec l’Olympiastadion, devenu lieu de culte et de pèlerinage. La popularité du Borussia dans la capitale est telle qu’il vient même d’y ouvrir un Fanshop permanent. C’est dire si l’on attendait avec impatience ce double déplacement berlinois, en championnat puis en finale de Coupe. Accessoirement, l’Olympiastadion est le seul stade allemand à proposer des Maßbier, ce qui ne gâte rien…

C’est blanc, c’est bleu…

C’est blanc, c’est bleu, ça monte et ça descend et là je ne parle pas du Lausanne-Sport mais du Hertha BSC Berlin. Relégation en 2010, promotion en 2011, relégation en 2012, promotion en 2013, l’Alte Dame a fait l’ascenseur ces dernières saisons. C’est donc presque une incongruité de la voir enchaîner deux championnats consécutifs dans la même ligue puisqu’elle évoluera toujours en Bundesliga lors de la reprise du mois d’août. Néanmoins, l’exercice écoulé laisse un goût d’inachevé dans la capitale. Le Hertha, dans l’euphorie de la promotion, avait en effet bouclé le 1er tour en sixième position et paraissait en mesure de marcher sur les traces de l’Eintracht Francfort, passé de la Zweite Liga à l’Europa League. Las, le printemps a été une longue descente aux enfers pour les Berlinois : seul le SV Hambourg a comptabilisé moins de points qu’eux sur le 2e tour. L’avance était suffisante pour ne pas risquer la relégation mais il faudra retrouver une nouvelle dynamique pour la prochaine saison, sous peine de faire une nouvelle fois l’ascenseur.

Tournée fatale

En fait, le principal enjeu du jour, c’était l’attribution du titre de meilleur buteur de la Bundesliga, qui se jouait presque en famille : Robert Lewandowski (18 buts avant cette dernière ronde) disputait cet honneur à celui qu’il va remplacer à Munich, Mario Mandzukic (18), à celui qui va le remplacer à Dortmund, le Berlinois Adrian Ramos (16), sur le banc samedi, et à son coéquipier Marco Reus (16). Mais cet enjeu ne va semble t’il pas mobiliser les deux formations et on assiste à un vrai match de liquidation, je profite surtout de prendre le soleil et de sympathiser avec mes nouveaux amis, deux fans dortmundois, un Sri-lankais et un supporter berlinois plutôt excité au milieu de la marée jaune. Comme il ne s’était rien passé pendant quarante minutes, je pensais pouvoir tranquillement aller chercher la tournée avant la pause sans rien manquer. Pas de bol : le temps d’arriver au bar, j’avais entendu deux grandes clameurs retentir dans l’Olympiastadion. Dans mon fief du Westfalenstadion, je peux deviner de manière infaillible à quoi correspond une clameur, je suis moins familier avec l’enceinte du Hertha, je pense qu’il doit y avoir 1-1 mais, en regagnant les gradins, je constate que c’est 0-2 sur l’écran géant, grâce à Robert Lewandowski, après une percée de Mats Hummels, et à un tir précis de la révélation Milos Jojic, lequel prouve que les dirigeants dortmundois n’ont pas complètement perdu leur flair pour dénicher des jeunes talents à coût réduit.

Ce handicap de deux buts allait s’avérer insurmontable pour ce Hertha vacillant du printemps 2014 et, à aucun moment, on a eu l’impression que les locaux pourraient revenir dans le match, malgré l’entrée en jeu du buteur Ramos, dont je doute qu’il puisse constituer une alternative valable à Lewandowski à Dortmund. A voir dès le mois d’août… Le BVB augmentera encore un peu sa confiance avant sa finale avec deux nouvelles réussites, sur un coup franc de Robert Lewandowski puis sur un centre tir de Pierre-Emerick Aubameyang repris par Henrikh Mkhitaryan.

Bilans

Outre la palme d’équipe la plus fair-play de Bundesliga, Dortmund s’arroge donc le titre de meilleur buteur de la ligue grâce à Robert Lewandowski, lui qui avait laissé échapper cette distinction au profit de Stefan Kiessling en toute fin de saison passée. Lewa n’est que le troisième joueur dortmundois à devenir Torjäger de la Buli après Lothar Emmerich (1965-1966 et 1966-1967) et Marcio Amoroso (2001-2002). Même si son comportement au 2e tour nous a un peu réconciliés avec lui, cela ne nous empêchera pas de conserver un goût amer sur la manière dont s’est déroulé son transfert au Bayern Munich. Mais passons.

Puisque l’on est dans les bilans, c’était mon quarante-troisième match du BVB cette saison (31 Bundesliga, 4 amicaux, 5 Ligue des Champions, 1 Supercup, 1 Pokal et 1 deuxième équipe), ce qui représente des trajets pour environ 62’970 kilomètres, soit une fois et demie le tour de la planète. Mais je ne regrette pas un seul de ces kilomètres, la saison a été plutôt bonne avec un succès en Supercup contre le Bayern, une victoire dans le Derby à Gelsenkirchen, un quart de finale en C1, une deuxième place en championnat avec le troisième meilleur total de points jamais réussi dans l’histoire du club (après les records des titres 2011 et 2012) et un maintien pour la réserve acquis de haute lutte lors de l’ultime journée. Après, il y a aussi quelques regrets : le 0-0 du Derby retour contre Schalke, ces affreux mois de novembre et décembre avec une avalanche de blessures qui n’ont pas permis de garder le contact au classement avec une armada bavaroise qui n’était peut-être pas aussi invincible que cela et un manque d’ambition, d’enthousiasme et de conviction dans une Ligue des Champions qui, du peu que j’en ai vu, était assez faiblarde cette année et où il y avait sans doute un coup à jouer.

Boucler la boucle

Toutefois, en comparaison aux années précédentes, il nous manque encore dans cette levée 2013-2014 un grand moment d’exaltation, le match référence, l’émotion forte qui va encore transcender un quotidien déjà plutôt réjouissant. C’est pourquoi, avant deux mois et demie sans football en attendant la Supercup d’août prochain, je vais devoir m’infliger un 44ème match du Borussia Dortmund cette saison. A nouveau dans ce somptueux Olympiastadion mais de l’autre côté : dans l’Ostkurve, fief habituel des fans du Hertha, en face de la Marathontor traditionnellement occupée par le peuple jaune et noir, en championnat et lors des victoires en Pokal de 1989 et de 2012 (5-2 contre le Bayern). Un mauvais présage ? Pas forcément, c’est aussi depuis la Marathontor que les supporters dortmundois avaient assisté à la défaite en prolongations de leur équipe contre le Rekordmeister en 2008. En 1989, il y avait 50’000 Borussen sur les bords de la Spree, 80’000 en 2012, combien seront-nous samedi prochain ? Beaucoup, dans les rues, places et parcs de la capitale, au traditionnel Treffpunkt de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche. Puis, pour les plus chanceux, dans l’Ostkurve ou ailleurs dans le stade ou devant le Public-Viewing et autres lieux de célébration organisés à l’intention de la marée venue du Ruhrpott pour 48 heures d’hystérie collective, histoire de clôturer en beauté cette saison, comme elle avait commencé en juillet avec la Supercup : par un triomphe contre le Bayern Munich !

Hertha BSC Berlin – Borussia Dortmund 0-4 (0-2).

Olympiastadion, 76’197 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: M. Stieler.

Buts : 41e Lewandowski (0-1), 44e Jojic (0-2), 80e Lewandowski (0-3), 82e Mkhitaryan (0-4).

Hertha: Kraft; Ndjeng, Langkamp (58e Niemeyer), Brooks, Pekarik; Skjlebred (34e van den Bergh), Hosogai, Kobiashvili (64e Ramos), Schulz; Wagner, Mukhtar. Entraîneur: Jos Luhukay.

Dortmund: Weidenfeller ; Piszczek, Friedrich, Hummels (56e Papastathopoulos), Schmelzer; Jojic, Sahin (46e Kirch); Grosskreutz; Mkhitaryan, Reus (70e Aubameyang), Grosskreutz; Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 69e Schulz, 85e Wagner.

Notes: Hertha sans Baumjohann, Ronny, Cigerci, Lustenberger ni Gersbeck (blessés) Dortmund sans Blaszczykowski, Kehl, Subotic, Bender, ni Gündogan (blessés).

Classement (34 matchs): 1. Bayern 90 2. BVB 71 3. Schalke 64 4. Leverkusen 61 5. Wolfsburg 60 6. Mönchengladbach 55 7. Mainz 53 8. Augsburg 52 9. Hoffenheim 44 10. Hanovre 42 11. Hertha 41 12. Werder 39 13. Francfort 36 14. Freiburg 36 15. Stuttgart 32 16. Hambourg 26 17. Nürnberg 25 18. Braunschweig 23.

 

 

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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