C’est toujours plus beau quand c’est inutile, paraît-il. Cette saison, notre déplacement à Munich n’est pas dénué d’importance en raison de notre lutte pour les places en Ligue des Champions avec Leipzig et Hoffenheim. En revanche, en 2013-2014, le classement était déjà plié et c’est pour la beauté du geste que nous étions allés démonter le Rekordmeister 3-0 dans son Arroganz Arena. Un déplacement sympathique

Le Borussia Dortmund vit une saison assez étrange. D’un côté, l’équipe est très inconstante avec beaucoup d’absences et quelques mauvais matchs qui donnent l’impression d’une saison globalement peu aboutie. D’un autre côté, le club a assuré le minimum syndical dans toutes les compétitions avec une victoire en Supercup, une deuxième place (provisoire) en Bundesliga, un quart de finale en C1 et une demi-finale (en attendant mieux…) en Pokal avec quelques prestations grandioses au passage. C’est ainsi que, cette semaine, le BVB, en alignant une équipe B, s’est offert deux victoires de prestige en surclassant celles que d’aucuns considèrent comme les deux meilleures équipes actuelles du monde, le Real Madrid et le Bayern Munich. Au final, c’est complètement inutile puisque cela n’a remis en cause ni la qualification des Merengue ni le titre du Rekordmeister. Mais ça fait plaisir aux supporters, tout en laissant quelques regrets de se dire qu’avec un peu moins de blessés, il y avait bien mieux à faire cette saison.

L’ombre d’un doute

Le Bayern connaît lui aussi une saison contrastée. Le début de championnat a été laborieux après la débâcle en Supercup à Dortmund et les premiers pas de Josep Guardiola n’ont pas été sans mal avec certains cadres de l’équipe qui contestaient le système de jeu ou leur nouveau positionnement sur la pelouse. En début d’automne, le Rekordmeister a régulièrement été mis en difficultés par des adversaires qu’il surclassait quelques mois plus tôt. Puis les stars bavaroises ont commencé à s’habituer aux méthodes Guardiola et le machine s’est mise en route avec un hiver irrésistible. Certes, le Bayern 2013-2014 n’a jamais donné cette impression de rouleau compresseur qui laminait l’opposition en vingt minutes grâce à un pressing infernal comme avec Jupp Heynckes, les victoires s’obtenaient davantage à l’usure mais au final l’impression d’invulnérabilité du Bayern était la même. Sauf que, depuis quelques semaines, le doute s’est à nouveau installé sur la Säbener Strasse. Certes, on peut comprendre une certaine décompression après l’officialisation du Meisterschale, ce qui explique sans doute le nul contre Hoffenheim et la défaite à Augsburg.

Mais la double confrontation contre Manchester a laissé entrevoir d’autres failles dans la cuirasse bavaroise. En 180 minutes contre les Red Devils, le Rekordmeister a employé au moins cinq (!) systèmes de jeu différents : 4-3-3 sans pointe, 4-3-3 avec pointe, 4-2-3-1, 4-4-2 et 4-1-4-1… L’impression qui se dégage, c’est une équipe qui joue contre-nature dans un système de possession de balle stérile et horizontale qui l’ennuie profondément et qui attend d’être menée au score pour s’affranchir du carcan tactique inopérant voulu par son entraîneur afin de revenir à son jeu naturel, avec de la vitesse, de la verticalité et de la présence physique dans la surface. Cela a suffit pour battre les Mancuniens mais c’est quand même assez intrigant qu’une équipe qui a tout balayé sur son passage durant la saison aborde le money time en Pokal et en Ligue des Champions avec aussi peu de certitudes. (Note: toute ressemblance entre le Bayern 2014 de Guardiola et le BVB de 2017 de Tuchel serait bien entendu purement fortuite…)

Stars vs. collectif

Josep Guardiola voulait donc profiter de la venue d’un adversaire aussi coriace que Dortmund pour se rassurer et réussir un match référence en alignant sa meilleure équipe possible ; la motivation est d’autant plus grande que le Bayern n’a plus battu le BVB en Bundesliga à Munich depuis trois saisons. A l’inverse, les Pöhler viennent un peu en facteurs : Jürgen Klopp fait tourner son effectif dans la marge de manœuvre limitée que lui laisse son infirmerie, ménageant notamment Piszczek et Lewandowski. Sur le papier, les stars bavaroises partaient donc avec les faveurs de la cote contre ce BVB bis. Mais le football est un sport collectif… Et entre une constellation de vedettes peu à l’aise avec leur plan de jeu et un collectif évoluant selon un schéma immuable depuis quatre ans, permettant de modifier l’équipe sans péjorer les automatismes, le duel va vite tourner en faveur de l’homogénéité. Le système de Jürgen Klopp est parfois un peu prévisible et certains entraîneurs ont su le déjouer mais il reste dévastateur face à un adversaire aussi mal préparé tactiquement que ne l’était le Bayern en cette belle soirée d’avril. Guardiola a fait une véritable offrande au BVB en adoptant un système de jeu qui paraissait taillé sur mesure pour mettre en valeur le collectif jaune et noir.

La possession de balle stérile, la multiplication des passes latérales, l’absence d’intensité et de changements de rythme ont ainsi permis au bloc et au pressing dortmundois de se mettre en place et de complètement neutraliser l’armada offensive munichoise. Ou comment revivre le scénario de la finale 2012 de la Pokal ou de la Supercup 2013 avec plus de 70% de possession bavaroise pour quasiment aucun danger. Ou si peu : une reprise bloquée par Weidenfeller, un tir à côté et un but annulé, toujours par Mandzukic, c’est maigre vu les individualités en présence. En revanche, chaque récupération de balle dortmundoise permettait aux Pöhler d’aller martyriser une défense qui ne peut plus jouer dans un fauteuil comme la saison dernière, maintenant qu’elle n’est plus vraiment protégée par un Doppelsechs performant.

La rédemption de Miki

Lors de la victoire contre le Real Madrid, le BVB a aligné un vétéran récupéré dans un bureau de placement du chômage (Friedrich) pour museler Karim Benzema, un centre-avant de troisième division (Durm) comme latéral pour neutraliser Gareth Bale et un Doppelsechs composé d’un éternel réserviste qui n’a quasiment pas joué depuis deux ans (Kirch) et d’un espoir qui fêtait sa première titularisation en jaune et noir (Jojic). Mais, paradoxalement, alors que ces anonymes ont été héroïques, celui qui a mangé la feuille de match et la qualification, c’est le transfert le plus cher de l’histoire du club, Henrikh Mkhitaryan, un but offert au Real sur une relance foireuse et une occasion immanquable ratée à l’aller, trois grosses possibilités non converties au retour. Miki devait donc un revanche au peuple jaune et noir et il s’y est employé samedi sur les bords de l’Isar. Après une touche de Jonas Hofmann, un relais express entre Pierre-Emerick Aubameyang et Marco Reus met hors de position la défense bavaroise et permet à l’Arménien de conclure en finesse au deuxième poteau. Il en a raté des plus faciles que cela contre le Real. Un avantage logique pour le BVB, un minimum à la pause, en songeant notamment à la frappe d’Aubameyang détournée par Neuer.

Ce n’était que partie remise puisque les Bubis vont porter l’estocade juste après la pause. En voie de rédemption, Mkhitryan s’offre un solo de quarante mètres pour servir Aubameyang qui trouve Reus dont la frappe vient tranquillement mourir dans le filet bavarois. On était juste en dessus et on a eu le temps de le savourer ce but, quelques secondes de pure extase en voyant ce ballon s’en aller tout doucement dans la bonne direction. On était à peine remis de nos émotions qu’un long ballon de Sokratis abusait l’arrière-garde locale comme une défense de 5e ligue dans le Gros-de-Vaud un dimanche matin au lendemain de bal au village, permettant à Jonas Hofmann d’aller fusiller le malheureux Lukas Raeder, qui a relayé Neuer blessé à la pause pour des débuts compliqués en Buli. Et le soussigné de parader dans l’Allianz Arena avec son maillot floqué Hofmann…

En terrain conquis

Depuis son inauguration en 2005, l’Allianz Arena avait longtemps fait figure de tombeau maudit pour Dortmund. Mais depuis qu’il a trouvé, en février 2011, les clés pour battre le Bayern dans son antre, le BVB ne veut plus les rendre. Sur les quatre derniers matchs de Bundesliga disputés entre le Bayern et le Borussia à Munich, les Schwarzgelben ont pris 10 points contre 1 seul au Rekordmeister sur un goal average de 8-2. La frustration bavaroise est abyssale, matérialisée par l’ancien Schalker Rafinha, maillon faible de Bayern dont seul Guardiola persiste à faire un titulaire, expulsé (comme d’habitude) pour voie du fait,

Cela faisait longtemps que, dans les tribunes, les fans du Ruhrpott débarquaient en terrain conquis dans l’ambiance aseptisée à l’anglaise de l’Allianz, désormais sur la pelouse aussi Munich est une possession jaune et noire. On en vient presque à regretter qu’Aubameyang n’ait trouvé que Raeder puis l’extérieur du petit filet pour donner encore plus d’ampleur au triomphe dortmundois sous les regards dépités des clients silencieux du Bayern qui n’en auront pas eu pour leur argent samedi soir.

L’heure de vérité

Nous, si. Avec en prime la défaite la plus nette de la carrière d’entraîneur de Josep Guardiola. Je suis assez heureux d’avoir assisté à ça, même si on n’en demandait pas tant… Pour être franc, on avait fêté dans le bus de l’aller en anticipant un retour morose après une défaite à Munich, c’était tellement festif que la première chose que j’ai faite en arrivant à l’Allianz Arena c’est d’acquérir un maillot floqué Schieber au Fan Shop mobile du BVB. Mais finalement, il a aussi fallu fêter au retour avec un moment d’hystérie dans les couloirs du stade, avant que je ne procède, sous les éclats de rire, à une distribution de Meisterschale et de Pokal en Gummi au compte du Bayern dans le car du retour. L’affront du match aller est lavé et, sur les trois duels disputés cette année entre les deux équipes phares du foot allemand, le Borussia aura maîtrisé 245 minutes sur 270, il n’y a guère que les 25 dernières minutes du match aller avec une prise de risque totale pour tenter d’égaliser qui lui auront échappé. C’est de bon augure avant une éventuelle finale de Pokal entre les deux clubs. A priori, le Bayern sera au rendez-vous de l’Olympiastadion avec une demi-finale mercredi à domicile contre un Kaiserslautern pas au mieux en Zweite Liga. Dortmund aura la tâche plus ardue mardi face à Wolfsburg qui, lors de la répétition générale en Buli, lui aura posé plus de problèmes que le Real et le Bayern réunis. On espère que le Borussia poursuivra sur sa lancée pour ce match le plus important de la semaine, histoire que ces deux victoires savoureuses et prestigieuses mais inutiles contre les colosses madrilènes et munichois ne prennent pas un gout amer si d’aventure le véritable objectif devait être raté.

FC Bayern Munich – Borussia Dortmund 0-3 (0-1).

Allianz Arena, 71’000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: M. Zwayer (excellent).

Buts : 20e Mkhitaryan (0-1), 49e Reus (0-2), 56e Hofmann (0-3).

Bayern: Neuer (46e Raeder); Rafinha, Martinez, Dante, Alaba; Lahm, Schweinsteiger; Robben (69e Kroos), Götze, Ribéry (60e Müller); Mandzukic. Entraîneur: Josep Guardiola.

Dortmund: Weidenfeller ; Grosskreutz, Papastathopoulos, Hummels (70e Friedrich), Durm; Kehl, Sahin; Hofmann (62e Lewandowski), Mkhitaryan, Reus; Aubameyang (76e Jojic). Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 10e Martinez, 58e Hofmann, 80e Kroos, 83e Mkhitaryan.

Carton rouge: 91e Rafinha (voies de fait).

Notes: Bayern sans Starke, Badstuber, Contento Shaqiri ni Alcantara (blessés), Dortmund sans Blaszczykowski, Subotic, Schmelzer, Bender ni Gündogan (blessés).

Classement (30 matchs): 1. Bayern 78 2. BVB 61 3. Schalke 58 4. Leverkusen 51 5. Wolfsburg 50 6. Mönchengladbach 49 7. Mainz 47 8. Augsburg 42 9. Hoffenheim 40 10. Hertha 37 11. Francfort 35 12. Brême 33 13. Hanovre 32 14. Freiburg 32 15. Stuttgart 28 16. Hambourg 27 17. Nürnberg 26 18. Braunschweig 25.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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