Les premiers seront les derniers, paraît-il. Demain, le BVB joue son dernier match de la saison contre le Werder Brême. En 2012-2013, c’est lors la première journée que les Werderaner nous avaient rendus visite au Westfalenstadion. Pour la première association de Marco Reus et Mario Götze en Bundesliga.

Cent onze jours, c’est le laps de temps qui séparait le dernier match de Bundesliga de la saison dernière au Westfalenstadion de la rencontre d’ouverture de la nouvelle saison, soit la plus longue trêve estivale de l’histoire du foot allemand. Cent onze jours sans match du BVB au Westfalenstadion, c’était long, très long, trop long car un déplacement dans le temple jaune et noir reste le must absolu, on a été voir plein de matchs durant la pause mais rien n’égale une soirée dans le plus beau stade du monde. C’est donc tout frétillants d’impatience que l’on est arrivé dans l’antre du Borussia Dortmund, retrouver les copains du Block 85, constater que tout le monde a repris son abonnement au même endroit et que la blonde de la buvette est toujours aussi souriante, payer les premières tournées de la saison, s’apercevoir que la Brinkhoff’s est toujours aussi bonne et que son prix n’a pas augmenté durant l’été. Bref, c’était surtout l’occasion de constater à quel point tout cela nous avait manqué.

La crise, c’est pour les autres

La veille du match, le Borussia Dortmund avait annoncé ses résultats financiers pour la saison 2011-2012 qui  méritent que l’on s’y arrête, surtout dans le contexte actuel. Un peu partout dans l’Europe du football, on parle de crise, de restrictions budgétaires, de déficits abyssaux, d’impôts impayés, de mercato asséché. Virtuellement en faillite il y a moins de 10 ans, le BVB fait désormais figure d’élève modèle en réalisant son meilleur exercice en 103 ans d’existence. Le chiffre d’affaires a explosé à 215 millions d’euros, le bénéfice avant impôts s’élève à 39,3 millions et la dette a été ramenée de 56,1 à 40,6 millions, avec une valeur de l’effectif activée à 25,6 millions au bilan alors que la valeur réelle est estimée à 200 millions.

Comme quoi, le succès sportif n’est pas incompatible avec une gestion saine, sans endettement massif ni mécène étranger mégalomane. Et les perspectives d’avenir sont plus que favorables puisque les droits TV vont exploser en Allemagne, alors que le BVB se retrouvera propriétaire d’un stade qui sera bientôt complètement amorti. Dans ce contexte, on ne peut que souhaiter une application stricte du fair-play financier cher à Michel Platini qui pourrait complètement redistribuer les cartes du football européen en faveur de ceux qui ne vivent plus au-dessus de leurs moyens.

Le pyromane

Comme le veut la tradition, la saison de Bundesliga s’ouvre sur la pelouse du champion sortant. Pour cette saison de jubilé, la cérémonie d’ouverture est plutôt chiche mais peu importe, comme souvent au Westfalenstadion, le spectacle est avant tout dans les gradins. L’affiche, Borussia Dortmund – Werder Brême, est historique puisque le 24 août 1963, le regretté Timo Konietzka, récemment disparu, avait inscrit le premier but de l’histoire de la Bundesliga à la 58ème seconde du match Brême – Dortmund. Quarante-neuf ans plus tard jour pour jour, c’est à nouveau un joueur du Borussia Dortmund, Marco Reus, qui aura l’honneur d’inscrire le premier but de la cinquantième saison de Bundesliga d’un tir croisé après une erreur d’Ignjovski. Natif de Dortmund, ancien junior du BVB, le jeune international allemand aura dû attendre ses 23 ans pour enfin porter les couleurs de la première équipe du Borussia Dortmund, après six ans d’exil à Ahlen et Mönchengladbach. Avant le match, il avait déclaré se réjouir de voir la maison Dortmund brûler à nouveau ; en l’occurrence, c’est lui qui a mis le feu pour enflammer définitivement le Westfalenstadion.

Egalisation logique

Le BVB ne va pas continuer sur sa lancée. Les errements vus en matchs de préparation et en Supercup à Munich se répètent : cela manque de rythme, il y a trop d’approximations et surtout la défense, si performante lors des deux saisons écoulées, laisse apparaître des failles inhabituelles. Le Werder est tout près d’égaliser sur une percée d’Eljero Elia qui échoue seul devant Roman Weidenfeller puis sur une reprise de Marko Arnautovic qui heurte la base du poteau. C’est dire que le BVB était plutôt bien payé avec ce score de 1-0 à la pause. Le scénario ne change guère après la pause ; certes, le Borussia se procure quelques possibilités de faire le break mais il ne domine pas complètement son sujet avec toujours un peu de flottement en défense. Si, au moment de l’ouverture du score, on imaginait que le match allait se terminer sur un score fleuve, là on commence à avoir vraiment peur. On sentait arriver le but et ça n’a pas manqué, sur un centre de Marko Arnautovic repris de la tête par la nouvelle recrue brêmoise Theodor Gebre Selassie. C’était complètement mérité et on voyait poindre la mauvaise plaisanterie car le BVB ne donnait pas franchement l’impression de pouvoir accélérer pour aller reprendre l’avantage.

Götzinho le sauveur

Mais Marco Reus n’est pas le seul prodige du Borussia Dortmund, il y a aussi Mario Götze. Formé, comme Reus, à Dortmund mais n’ayant lui jamais quitté le club, Götzinho a manqué tout le deuxième tour ce printemps pour une blessure et a été gêné dans sa préparation estivale par une conjonctivite, il n’a donc pas encore nonante minutes dans les jambes. En revanche, il a été parfait dans son rôle de joker de luxe : trois minutes après son entrée en jeu, il libérait le Westfalenstadion en terminant d’un tir au ras du poteau un mouvement initié par Blaszczykowski et Lewandowski. Mario Götze devrait prochainement postuler pour une place de titulaire et ainsi constituer l’association Götzeus qui fait déjà fantasmer toute l’Allemagne. Reste à savoir qui devra céder sa place : normalement, ce serait plutôt Blaszczykowski mais le Polonais est très bon depuis qu’il assure l’intérim dans le couloir droit et a encore été à l’origine des deux buts contre le Werder ; c’est peut-être bien Kevin Grosskreutz, transparent contre Brême, qui sera le plus menacé.

Au final, malgré la défaite, cette équipe de Brême rajeunie s’est un peu rassurée en tenant la dragée haute au champion d’Allemagne. Après l’élimination en Coupe à Münster et l’ouverture du score précoce de Marco Reus, on pouvait craindre le pire pour les Werderaner mais ils ont parfaitement soutenu la comparaison et n’auraient rien volé en quittant la Ruhr avec un point. C’est donc un succès un brin chanceux pour un Borussia Dortmund toujours à la recherche d’un match de référence dans cette nouvelle saison. S’il veut prolonger une série d’invincibilité qui dure désormais depuis 29 matchs de Bundesliga, le BVB devra clairement hausser son niveau de jeu car il ne pourra pas toujours s’en remettre au talent, aussi immense soit-il, de Marco Reus et Mario Götze pour lui sauver la mise.

Borussia Dortmund – Werder Brême 2-1 (1-0).

Signal Iduna Park, 80’645 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Zwayer.

Buts : 11e Reus (1-0), 75e Gebre Selassie (1-1), 81e Götze (2-1).

Dortmund: Weidenfeller ; Kirch (82e Perisic), Subotic, Hummels, Schmelzer; Gündogan (71e Leitner), Kehl; Blaszczykowski, Reus, Grosskreutz (78e Götze); Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Brême: Mielitz; Gebre Selassie, Prödl, Papastathopoulos, Ignjovski (66e Petersen); Fritz; Arnautovic, Junuzovic, Hunt (87e Füllkrug), Elia; De Bruyne. Entraîneur: Thomas Schaaf.

Cartons jaunes: 21e Gündogan, 28e Ignjovski, 59e Junuzovic, 62e Kehl.

Notes: Dortmund sans Bender, Owomoyela ni Piszczek (blessés), Brême sans Stevanovic (blessé).

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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