Le vendredi 14 janvier 2011, le deuxième tour de Bundesliga débute par une finale à la BayArena puisque le leader Dortmund se déplace sur la pelouse de son dauphin Leverkusen. Six minutes, trois cent quarante et une seconde pour être précis, c’est le temps qu’il avait fallu au Borussia Dortmund pour assommer le Bayer Leverkusen et la Bundesliga tout entière. Cette 18e journée devait relancer le championnat, elle n’avait fait que placer le BVB sur une voie royale vers le Meisterschale.

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© Julien Mouquin / Génération WS

Avant même les derniers coups de sifflet du premier tour, en décembre, tous les regards étaient déjà braqués sur le choc qui voyait le leader Dortmund rendre visite à son poursuivant le plus dangereux, Leverkusen, pour l’ouverture des matchs retour. Soit pour relancer le championnat, soit pour asseoir la suprématie du Borussia. Eh bien, le choc a tourné court puisqu’en l’espace de six minutes, le BVB a complètement atomisé la Werkself. Tout a commencé en début de 2e  mi-temps. Par une touche. Rory Delap ne joue pas au Borussia Dortmund, mais Lukasz Piszczek, si. Et le Polonais a également un peu de force dans les bras. Sur sa longue remise en jeu, les défenseurs Friedrich et Schwaab ratent l’interception et Kevin Grosskreutz n’a plus qu’à conclure au deuxième poteau.

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Le délire

On était encore en train de célébrer l’ouverture du score lorsqu’un long dégagement du gardien Weidenfeller a été dévié par la tête de Lewandowski permettant, après une nouvelle roue libre de Manuel Friedrich, à Kevin Grosskreutz de s’en aller seul inscrire le doublé. Et pas de chance pour ceux qui s’étaient un peu trop attardés à la buvette durant la pause, mais merci quand même Denis pour les bières fraîches, juste à temps pour fêter les buts. Heureusement pour les retardataires, dans l’enchaînement, un tacle rageur de ce même Grosskreutz permettait à Mario Götze de partir affronter le portier Adler pour tripler la mise avec, du haut de ses dix-huit ans, le sang-froid d’un vieux  briscard. Je te laisse imaginer le délire parmi les 7000 fans jaunes et noirs après ces quelques minutes de pure folie ; on avait théoriquement des places assises, mais la première (et dernière) fois que l’on s’est assis, c’est dix minutes après la fin du match pour mieux se redresser quelques instants plus tard afin d’entonner le « Wer wird deutscher Meister ? BVB Borussia », en sautillant avec nos Bubis.

Dortmunder Jungs

Cerise sur le gâteau et symbole de cette renaissance du grand Borussia Dortmund après des années de vaches maigres, les deux héros du jour sont des juniors du club : Mario Götze y est arrivé à l’âge de neuf ans, Kevin Grosskreutz est un enfant de la Südtribüne où son père était abonné et, gamin, il avait été très impressionné par les scènes de liesse sur la Borsigplatz pour fêter le titre de 2002, le dernier en date. Aujourd’hui, il rêve d’amener à son tour le Meisterschale sur la place où naquit jadis le BVB, 101 ans plus tôt.

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Décevant Leverkusen

Pourtant, les quarante-huit premières minutes de jeu ne laissaient pas présager pareille issue. Certes, la maîtrise était plutôt dortmundoise, tout comme l’avantage aux points, avec une tête sur le poteau de Sven Bender et deux sauvetages d’Adler devant Lewandowski, mais le match restait plutôt crispant et pauvre en occasions. C’était assez logique finalement, Vizekusen était quand même l’équipe qui avait posé le plus de problèmes au BVB au premier tour en s’imposant 2-0 au Westfalenstadion ; de plus, le Borussia était privé de ses deux meilleurs buteurs, Shinji Kagawa, à la Coupe d’Asie avec le Japon, et Lucas Barrios, tout juste remis d’un virus, mais qui n’avait pas 90 minutes dans les jambes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Leverkusen n’en a pas profité, démontrant une nouvelle fois que sa légendaire pusillanimité dans les matchs décisifs n’était, justement, pas qu’une légende. Les Rheinländer jouaient à domicile, ils devaient gagner pour rattraper leur retard au classement, on les attendait beaucoup plus conquérants, alors que là ils n’ont jamais mis leur adversaire du jour sous pression, sinon en fin du match, une fois l’affaire entendue, après les entrées de Derdiyok, Barnetta et Vidal. Il paraît même qu’ils ont sauvé l’honneur, mais ça a fait tellement peu de bruit dans le stade qu’on a mis un moment avant de s’en rendre compte. Déjà qu’à 0-0, on n’entendait guère les merveilleux supporters locaux, alors à 0-3 et avec un stade largement déserté…

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La voie royale

Après cette claque, Neverkusen peut remettre à plus tard ses rêves de remporter le premier titre de son histoire. Au-delà des treize points de retard au classement, l’équipe a sans doute encaissé un coup fatal au moral, tant la supériorité dortmundoise a été patente vendredi sur l’échangeur d’autoroute de la BayArena. Certes, le BVB ne monopolise pas le ballon dans le camp adverse durant 90 minutes, il joue par à-coups, avec des périodes plus creuses où la qualité de la défense permet d’empêcher l’adversaire de se montrer dangereux, et des périodes de grosse pression offensive. Jouant beaucoup à l’euphorie, Dortmund n’est jamais aussi fort que lorsqu’il vient de marquer un goal, la moitié des victoires obtenues cette saison en championnat l’ont été grâce à deux ou trois buts inscrits en peu temps, généralement en 2e mi-temps et en attaquant face à ses supporters. Leverkusen en a fait l’amère expérience. Du coup, la seule équipe qui nous paraîtrait éventuellement capable d’entamer la série victorieuse qui pourrait comble le gouffre qui existe au classement entre le Borussia Dortmund et le reste du monde, c’est le Bayern Munich. Mais, avec seize points d’avance sur le Rekordmeister à seize matchs de la fin, dont neuf à jouer à domicile, le BVB a quelques jokers dans sa manche. Surtout s’il continue à survoler les matchs où l’on pensait qu’il faudrait potentiellement griller l’un desdits jokers.

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Bayer Leverkusen – Borussia Dortmund 1-3 (0-0).

BayArena, 30’210 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre : M. Gagelmann.

But : 49e Grosskreutz (0-1), 53e Grosskreutz (0-2), 55e Götze (0-3), 80e Kiessling (1-3).

Leverkusen: Adler ; Schwaab, Friedrich, Reinartz, Castro; Renato Augusto, L. Bender (60e Vidal), Rolfes, Sam (60e Barnetta); Kiessling, Helmes (60e Derdiyok). Entraîneur: Jupp Heynckes.

Dortmund: Weidenfeller; Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer; S. Bender (46e da Silva), Sahin; Blaszczykowski, Götze (68e Barrios), Grosskreutz (87e Santana); Lewandowski. Entraîneur: Jürgen Klopp.

Cartons jaunes: 19e Kiessling, 50e Grosskreutz, 71e Friedrich.

Notes: Leverkusen sans Kadlec (suspendu) ni Kaplan (blessé) ; Dortmund sans Kehl, Kringe, Owomoyela (blessés) ni Kagawa (Coupe d’Asie).

Classement : 1. BVB 46 points 2. Hanovre 34 3. Mainz 33 4. Leverkusen 33 5. Bayern 30 6. Freiburg 29 7. Hambourg 27 8. Francfort 26 9. Hoffenheim 25 10. Kaiserslautern 22 11. Schalke 22 12. Nürnberg 22 13. Brême 22 14. Wolfsburg 20 15. St. Pauli 18 16. Köln 16 17. Stuttgart 15 18. Mönchengladbach 13.

Julien Mouquin

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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