Les météorologues sont formels : c’est sous la canicule que le BVB va entamer sa saison 2016-2017 contre Mainz. Une ouverture de Bundesliga sous le cagnard, tiens, cela nous rappelle quelque chose. Retour, dans les conditions d’époque, sur le premier match de la saison 2007-2008 contre le MSV Duisburg.

Saisoneröffnung

L’optimisme était de rigueur du côté du Borussia Dortmund avant l’ouverture de la saison contre le MSV Duisburg : le club a retrouvé confiance en privant Schalke du titre en mai dernier, l’équipe a effectué un très bon camp de préparation en Suisse à Feusisberg, les renforts paraissent déjà bien intégrés et les matchs amicaux ont été plutôt prometteurs (avec notamment un retentissant 4-0 contre l’AS Roma). La chaleur règne sur le Ruhrpott, les innombrables Biergarten sont pris d’assaut et la bonne humeur est au rendez-vous. La venue du modeste néo-promu du MSV Duisburg pour le 405e Revierderby de l’histoire de la Bundesliga ne paraît pas en mesure de venir gâcher la fête. C’est tout au plus l’occasion d’engranger les trois premiers points de la saison et de s’en aller jouer le Revierderby, le grand celui-là, la semaine suivante à Gelsenkirchen en étant au classement devant l’éternel rival Schalke 04 (en échec deux jours plus tôt à Stuttgart 2-2 au terme d’un match formidable), ce qui n’est plus arrivé depuis quelques saisons.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Revierderby

On parle d’un Reviederby pour tout match confrontant les équipes de Dortmund, Schalke, Bochum, Duisburg, Wattenscheid, Oberhausen et Essen, alors que le vrai et grand Revierderby oppose le BVB à Schalke 04. Le dernier duel entre les deux clubs est encore dans toutes les mémoires au Westfalenstadion. Même si le match comptait pour beurre pour le BVB, le fait d’avoir privé le voisin du titre a été vécu comme si Dortmund avait lui-même été sacré. De très nombreux supporters arborent des maillots « 12. mai 2007 Derbysieg » et les boutiques regorgent de gadgets commémorant l’événement : écharpes, t-shirt, casquettes et même DVD…La rivalité est évidemment moins forte avec l’adversaire du jour, le MSV Duisburg, dans un derby entre les deux villes situées aux extrémités de la Ruhr : Dortmund tout à l’est, quelques kilomètres au nord de l’endroit où la rivière Ruhr descend dans la plaine venue des vertes collines du Sauerland, et Duisburg à l’ouest, là où cette même rivière se jette dans le Rhin à proximité du quartier de Meiderich qui a donné son nom au club local, le Meidericher Spielverein.

Ambiance

C’est un nouveau championnat qui commence, mais le rituel d’avant match n’a pas changé. Les drapeaux sont agités sur le terrain, les milliers d’écharpes se tendent sur le You’all never walk alone. Cela reste toujours un ton en dessous d’Anfield Road, mais les supporters du BVB commencent à bien connaître les paroles. Le début de la chanson est encore un peu poussif, en revanche la fin, notamment sur le « walk on, walk on with hope in your heart and you’ll never walk alone », impose le respect. Puis retentit le Heja BVB pour saluer l’entrée des joueurs dans un stade qui est aussi jaune qu’il était rouge lors d’un fameux Suisse-Togo. Le décor est posé et il est somptueux. Malheureusement, comme souvent à Dortmund depuis quelques saisons, l’envers du décor c’est le match lui-même.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Douche froide

Il ne faudra que huit minutes aux Zebras pour jeter un premier coup de froid sur le Westfalenstadion : un coup franc de Grlic et un coup de tête d’Ishiaku pour l’ouverture du score. On se dit que ce n’est qu’un incident de parcours et que de toute façon ce BVB-là est plus bâti pour gagner des matchs 3-2 que 1-0, mais il apparaît bien vite que cela ne tourne pas rond du côté du Borussia : Degen s’attire l’ire du public avec deux relances directement en touche dont il a le secret, Weidenfeller est fidèle à lui-même avec une sortie ratée et un dégagement foireux et la production offensive des jaunes et noirs confine au néant. Seuls deux coups francs de Petric amènent le danger devant le but adverse : le premier s’écrase sur le dessus de la transversale (17e), le second, très lointain, est difficilement détourné par le portier Starke (23e). Même s’il a été le plus dangereux de son équipe, le Croate a souvent irrité le Westfalenstadion par ses prises de balle un peu nonchalante. Il n’est plus dans le championnat suisse. La différence entre la Super League et la Bundesliga n’est peut-être pas énorme au niveau technique, mais l’écart est beaucoup plus marqué dans l’engagement. En Allemagne, le moindre dilettantisme dans l’attaque du ballon est synonyme de perte de balle. L’ex-Bâlois est armé pour s’imposer à Dortmund, mais il devra muscler un peu son jeu.

Le naufrage

Le BVB n’est guère plus inspiré après la pause : seule une percée de Kuba (le meilleur Dortmunder dimanche) suivie d’un tir à côté de Petric amène quelques frissons dans le dos des 8’000 supporters des Zebras qui ont parcouru les 57,32 kilomètres séparant la MSV-Arena du Westfalenstadion. On commence à prendre conscience que la fête risque bel et bien d’être gâchée lorsque l’entraîneur Thomas Doll fait rentrer le Sud-Africain Delron Buckley, jamais décisif dans le championnat suisse avec Bâle. À peine entré sur le terrain, l’ex-Bâlois accroche Tiffert dans la surface, provoquant un penalty que transforme Tararache (62e). Le transfert vedette de l’entresaison au MSV, c’était l’arrivée de l’ex-roi des buteurs de la Bundesliga, Ailton. Mais le Brésilien doit pour l’instant assister depuis le banc aux exploits d’un joueur moins réputé, venu de Brugge, Manasseh Ishiaku. En triplant la mise sur un centre de Lamey (64e), le Nigérian s’est offert son deuxième doublé en l’espace d’une semaine, après avoir déjà marqué deux fois en Coupe à Babelsberg. Ailton n’est peut-être pas près de retrouver sa place à la pointe de l’attaque des zèbres. Quant au Westfalensadion, ce troisième but du MSV le plonge dans la consternation et l’irritation.

© Julien Mouquin / Génération WS

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Kringe, ce héros

Trois occasions, trois buts, le compte est bon pour Duisburg qui ne pensait sans doute pas fêter de cette manière son retour en Bundesliga. Les 60 pour cent de possession de balle ou le 6-2 au corner score en faveur du BVB n’y changeront rien : le MSV a été beaucoup plus tranchant et déterminé que Dortmund sur ses occasions. Le but de l’honneur inscrit avec une facilité déconcertante sur un exploit personnel du remplaçant Kringe ne fait qu’aviver les regrets : cette défense duisbourgeoise, articulée autour du Roumain Filipescu, n’avait rien d’infranchissable. Mais le BVB était sans doute parti trop sûr de son fait et n’a jamais esquissé le moindre signe de révolte lorsque les événements ne se sont pas passés comme prévu. Dans ces conditions, difficile de trouver quelque chose de positif dans cette rencontre, mais j’ai tout de même essayé.

L’espoir fait vivre

Premièrement, la DAB (Dortmunder Actien-Brauerei) est toujours aussi bonne. Deuxièmement, j’ai enfin réussi à avoir une choppe à l’effigie d’Alexander Frei, lequel était pourtant absent pour cette ouverture de saison. Thomas Doll avait déclaré qu’il laisserait à son buteur vedette tout le temps nécessaire pour se remettre de son opération à la hanche. Vu la performance transparente des attaquants Klimowicz et Smolarek contre Duisburg, le mentor du BVB risque d’être tenté d’accélérer le retour du Suisse. Alex doit jouer cette semaine en match amical, on ne serait pas autrement surpris qu’il soit déjà sur le banc samedi pour le Revierderby à Gelsenkirchen. Troisièmement, le Polonais Blaszsczykowski (que l’on se permettra d’appeler Kuba comme le fait la presse allemande) a confirmé ses bonnes dispositions des matchs amicaux. L’ex-joueur du Wisla Cracovie a du talent à revendre et devrait constituer l’une des révélations de la saison.

Si la bière coule toujours à flots après le match, l’ambiance enjouée et résolument optimiste du début de l’après-midi a laissé la place à l’inquiétude et à la désolation. Il a suffi d’une rencontre abordée par le mauvais bout pour que resurgisse le spectre des quatre dernières saisons dans le ventre mou du classement. Une réaction est attendue et vite. Si le BVB s’impose samedi dans une Veltins Arena chauffée à blanc et avide de revanches, ses supporters ne lui tiendront pas rigueur de cette piteuse entrée en matière. Mais en présentant le même visage que contre Duisburg, le Borussia n’aura pas l’ombre d’une chance face à Schalke. Et avec une nouvelle défaite, Dortmund serait déjà en crise et la venue du modeste Cottbus la semaine suivante prendrait déjà des allures de quitte ou double (notamment pour l’entraîneur Thomas Doll).

© Julien Mouquin / Génération WS

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Bundesliga 2007-2008, 1ère journée, 12 août 2007 :

  • Borussia Dortmund – MSV Duisburg 1-3 (0-1).
  • Signal Iduna Park, 75’700 spectateurs.
  • Arbitre : M. Meyer.
  • Buts : 8e Ishiaku (0-1), 62e Tararache (penalty, 0-2), 64e Ishiaku (0-3), 86e Kringe (1-3).
  • Dortmund : Weidenfeller ; P. Degen, Wörns, Kovac, Dede ; Kuba (83e Kringe), Kehl, Petric, Tinga (58e Buckley) ; Smolarek, Klimowicz (68e Valdez). Entraîneur : Thomas Doll.
  • Duisburg : Starke ; Lamey, Filipescu, Schlicke, Caceres ; Tiffert (90e Willi), Tararache, Georgiev (85e Maicon), Grlic, Idrissou ; Ishiaku (77e Lavric). Entraîneur : Ruedi Bommer.
  • Cartons jaunes : 43e Filipescu, 46e Smolarek, 49e Tararache, 72e Lamey, 74e Degen, 78e Wörns, 89e Grlic.
  • Notes : Dortmund sans Frei (convalescent), Duisburg sans Meyer, Mokhtari, Book ni Bodzek (blessés).

On espère que, cette saison, l’ouverture de la Bundesliga sera un peu plus réussie…

Julien Mouquin

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Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

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