Après la défaite en finale de Ligue des Champions et le triplé du Bayern Munich en 2013, le BVB semblait parti pour reconquérir sa suprématie nationale après sa victoire en Supercup contre le Rekordmeister et un début de saison éblouissant en championnat. Mais une avalanche de blessure en automne aura eu raison de nos rêves de revanche.

Après le départ de Mario Götze à Munich, c’est un autre transfert vers la Bavière qui va pourrir notre été 2013 : celui de Robert Lewandowski. Son contrat arrivait à échéance en juin 2014 et il a toujours refusé de le prolonger. Nos dirigeants doivent donc choisir entre laisser partir leur buteur vedette immédiatement contre indemnité ou la garder une saison de plus pour le voir rejoindre gratuitement un concurrent l’été suivant. Mais, en fait, Lewa n’a guère laissé le choix à Hans-Joachim Watzke et Michael Zorc puisqu’il a refusé tout transfert vers l’étranger pour n’envisager qu’un départ à Munich, lequel n’a jamais fait d’offre de racheter la dernière année de son contrat. Un vrai casse-tête pour Hans-Joachim Watzke : « Le cas Robert Lewandowski nous a beaucoup préoccupé. Vous l’avez remarqué. Nous étions entre nous en désaccord s’il fallait le vendre en 2013 ou le laisser partir gratuitement en 2014. Jürgen était plutôt pour le vendre. Robert est un professionnel comme il en existe peu. Ce n’est pas un gars émotionnel et il n’embrassera jamais l’emblème du club mais c’est un cadeau de l’avoir comme professionnel. Il est comme une machine. Klopp n’était pas content de ce qu’il se passait. Cette histoire nous a tous bien plus fâchés et rongés que nous ne l’avons laissé paraître. Mais si nous l’avions admis, cela signifiait qu’il y aurait eu immédiatement des plaintes et des larmes. » Finalement, Lewandowski restera une année au BVB, finira meilleur buteur de la Bundesliga et s’en ira gratuitement au Bayern la saison suivante.


S’il n’y a jamais eu de véritable rivalité historique entre le BVB et le Bayern et que le terme de « Klassiker » est une pure invention des médias mais ne représente rien pour les fans, la tension entre les deux clubs est à son comble à l’été 2013 après la finale de la Königsklasse, le départ de Götze et l’imbroglio Lewandowski. Et la présence comme directeur sportif du Rekordmeister d’une ancienne légende du BVB, Matthias Sammer, ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu : « Je serai à sa place, disait Jürgen Klopp, je remercierai Dieu tous les matins, avant d’aller au centre d’entraînement du Bayern, que quelqu’un a eu l’idée de m’engager. Je ne crois pas que le Bayern aurait eu un point de moins si Sammer n’était pas là. » Aki Watzke en rigole encore : « Jürgen a sa manière de mettre les choses au point. Je me souviens de sa déclaration sur Matthias Sammer. En un jour, deux cent personnes m’ont dit : « Enfin quelqu’un a dit la vérité ». Sans considération pour les dégâts potentiels. Mais cela lui était égal à ce moment, il n’avait aucune peur. Pour lui, ce n’était pas important ce que les gens pouvaient dire. Parfois, il manquait sa cible mais je trouvais ça aussi très cool. »


C’est donc un BVB avide de revanche qui rêvait d’en découdre avec le Bayern Munich. Un premier rendez-vous est manqué en juillet avec la défaite en demi-finale de la Telekom-Cup, un tournoi de préparation, à Mönchengladbach contre le falsche Borussia qui s’en était allé défier les Bavarois en finale. En revanche, quelques jours plus tard, le BVB est fidèle au rendez-vous pour le premier match officiel de Josep Guardiola en Allemagne. Jürgen Klopp ridiculise l’Espagnol tactiquement et le pressing effréné de nos Jungs submerge complètement le milieu de terrain munichois et le malheureux Thiago Alcantara. Emmené par un Gündogan stratosphérique, le Borussia s’impose 4-2. Après un seul match, Guardiola a déjà laissé échapper l’un des quatre trophées remportés par son prédécesseur Heynckes. Ce n’est que la Supercup, c’est anecdotique mais, moins de trois mois après la finale de Wembley, ça faisait plaisir, surtout que nous espérions bien que cela ne soit que le début de la reconquête et que nous pourrions récupérer d’autres trophées, plus prestigieux.


Et le début de saison semble autoriser tous les espoirs. Le BVB est clairement la meilleure équipe d’Allemagne et réussi quelques démonstrations éblouissantes, 4-0 à Augsburg, 5-0 contre Freiburg, 3-1 dans le Derby à Herne-West ou encore 6-1 contre Stuttgart, les nouveaux venus Aubameyang et Mkhitaryan semblent trouver leurs marques alors que le Bayern de Guardiola paraît à la peine. Comme souvent, l’Espagnol va trouver le salut dans quelques décisions arbitrales douteuses, notamment à Francfort, qui permettent au Bayern de tenir le rythme et d’atteindre la 11ème journée avec un point d’avance sur le Borussia. C’est alors que la poisse va s’abattre sur notre équipe. Déjà privé de son maître à jouer Gündogan, blessé au dos dans un obscur match amical en août avec l’Allemagne qu’il n’aurait jamais dû jouer, le BVB perd gros à Wolfsburg. Le match et Neven Subotic, victime d’une grave blessure. L’infirmerie affiche complet, Mats Hummels est également absent, la défense est tellement décimée que Jürgen Klopp doit faire appel à un junior venu de la réserve de Leverkusen, Marian Sarr, avant d’aller tirer du chômage l’un de ses anciens joueurs à Mainz, Manuel Friedrich juste avant le match au sommet contre le Bayern Munich. La presse s’interroge si le système Klopp n’est pas la cause de ces blessures à répétition, l’intéressé balaie la critique en conférence de presse : « C’est si ridicule. Nous sommes une équipe qui a subi des exigences extrêmes. Et que vous avez encensée des centaines de fois. Le Bayern n’a pas moins de blessé mais ils peuvent mieux y faire face. C’est au moment où vos critiques arriveront à enlever l’envie aux joueurs que cela signifiera des temps vraiment difficiles. »

Malgré les blessures, le BVB livrera un match héroïque contre le Rekordmeister mais ne parviendra pas à concrétiser ses occasions. Et finira par s’écrouler dans le dernier quart du match (0-3). Et boira même le calice jusqu’à la lie puisque c’est le traître Mario Götze, entré en jeu sous les huées du Westfalenstadion, qui avait ouvert le score. Un automne noir. Touchés moralement et physiquement, nos Jungs boucleront ce premier tour qui avait si bien démarré à une décevante quatrième place avec douze points de retard sur le leader munichois. « Un dernier quart d’année de m… », a résumé Jürgen Klopp. Il a tout dit.

Mais les blessures ne sont pas la seule cause de ces résultats décevants. Tactiquement, nos adversaires ont fait des progrès et commencent à comprendre comment contrer le système Klopp. En nous laissant la possession de balle et en jouant bas pour nous priver des espaces qui faisaient notre force après la récupération. « Tu joues la même balle que tu as joué l’année précédente, analyse Neven Subotic, mais l’adversaire est là. Tu joues la balle une nouvelle fois et il est toujours là. » Son compère Mats Hummels a fait la même analyse : « Il est toujours plus difficile de jouer contre un adversaire qui nous abandonne la possession de balle que de défendre et ensuite de lancer des attaques rapides. Cela nous a aussi rendu les choses difficiles. » Les médias commencent à remettre en cause Jürgen Klopp et lui reprochent son absence de plan B. L’ambiance n’est plus aussi radieuse à l’entraînement, relève le père de Mats, Hermann Hummels : « C’est un peu moins tranquille. Mais c’est normal. Quand tu travailles aussi longtemps avec un entraîneur, il peut s’installer une tension comme dans toute relation, cela ne va pas toujours sans heurt. »


Subotic confirme que tous les joueurs n’acceptaient plus aussi facilement le mantra de Kloppo « courir, courir, toujours courir » : « Quand on a le sentiment qu’on a réussi quelque chose, on aimerait soudain plus tout se laisser dire. Lorsque c’était nécessaire, Klopp pouvait élever la voix. Lorsque c’était nécessaire, il nous a secoués. Mais il n’a jamais dit : « Jungs, nous devons jouer différemment, ce sera terriblement dur. » Non, il allait vers un joueur et lui donnait une gifle. D’abord, j’ai pensé qu’il allait s’en prendre une en retour. C’était déjà un geste dur. Et aussi les mots étaient parfois durs. Mais il n’a rien fait pour évacuer sa frustration et gifler les gens. Mais pour retrouver un peu d’intensité. Nous l’avons compris. Il se contrôlait toujours, s’il ne s’était plus contrôlé, cela n’aurait pas fonctionné. » « Parfois, les conflits étaient inappropriés mais c’était ok, confirme Ilkay Gündogan. Avec Klopp on a toujours réussi à trouver un dénominateur et à ne pas le laisser dans le vestiaire. Tout était éclairci. Klopp l’a toujours réussi. »


« Jürgen était plus qu’un entraîneur pour tous, estime Aki Watzke. Mais pas un frère. Ni le père attentionné et aimant de la compagnie. Il avait déjà une grande autorité. On ne doit pas se laisser abuser par ses relations de camaraderie avec ses joueurs. Il pouvait aussi être différent. Avant tout, il était imprévisible. Il pouvait exploser pour un rien. Et ainsi qu’il ne reste plus aucune pierre pour les autres. Mais il pouvait toujours tout arranger pour que rien n’atteigne la sphère publique. » En revanche, la relation privilégiée de Kloppo avec les supporters n’a jamais pâti des résultats. Les ultras lui ont demandé une casquette « Pöhler » à mettre aux enchères pour financer le film sur le fondateur du BVB Franz Jacobi. Il a refusé, raconte le leader des Unity Jan-Henrik Gruszecki : « Il a dit «oublie la casquette. Tu auras une journée complète avec moi, tu peux la vendre. » Nous avons « vendu » cette journée à un important employeur de Dortmund pour une séance d’autographe et cela a rapporté 20000 €. Cela a couvert un dixième du budget. »


En Coupe d’Europe, le BVB se retrouve dans un groupe compliqué par une bataille à trois pour deux places entre Dortmund, Naples et Arsenal. Lors de la défaite à San Paolo, le visage déformé par la colère de Jürgen Klopp envers le quatrième arbitre fait le tour du monde : « Je voulais simplement lui demander combien de mauvaises décisions étaient encore permises. Parce que quand il y en a eu 15, il en reste toujours une de libre. » rigole Kloppo, qui avait dû suivre le reste du match à la télévision avec le concierge du stade : « Parfois, je n’arrive pas à reconnaître où sont les limites. Mon visage aurait mérité une suspension de cinq matchs. » Néanmoins, un but chanceux sur une glissade de Kevin Großkreutz lors du dernier match à Marseille permet au BVB de s’offrir la qualification et même la première place du groupe, histoire mettre un peu de baume au cœur des supporters après une fin d’automne compliquée, un vrai et dur retour sur terre après l’exaltation des années 2010-2013.

Si tu as manqué le début:

1er décembre : Revolution 09

2 décembre : Une défaite salutaire

3 décembre: Un rendez-vous presque manqué

4 décembre: A la conquête des cœurs

5 décembre: Goldene Zukunft braucht Vergangenheit

6 décembre: Un employé comme les autres

7 décembre: L’apprentissage

8 décembre: Le premier Derby

9 décembre: La désillusion

10 décembre: Les ruelles sombres

11 décembre: L’irrésistible ascension

12 décembre: En route pour la gloire

13 décembre: La consécration

14 décembre: Des lendemains qui déchantent

15 décembre: Doublefeier

16 décembre: A la reconquête de l’Europe

17 décembre: La trahison

18 décembre: Wembley Calling

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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