Le BVB va accéder au septième ciel au printemps 2012. En l’espace d’un mois les victoires grandioses vont se succéder à un rythme infernal. Il y a d’abord les deux succès en quatre jours contre le Bayern Munich puis à Gelsenkirchen pour plier la Bundesliga, l’officialisation du titre contre Mönchengladbach puis la remise du Meisterschale contre Freiburg, toujours au Westfalenstadion. Et enfin, l’apothéose, la victoire en finale à l’Olympiastadion 5-2 contre le Bayern Munich et le défilé le lendemain sur la Borsigplatz pour fêter le premier doublé de l’Histoire du club. Retour sur une période de joie, de fête, de bières, d’émotions, de larmes, de rires, de victoires, une pure folie.

Après la victoire à Mainz lors de la septième journée, le BVB va enchaîner les succès et reprendre la tête du classement au terme d’une semaine mythique : un but de Mario Götze nous permet de nous imposer 1-0 à l’Allianz Arena puis nous remportons le Derby à domicile contre les Blauen 2-0 avec des réussites de Robert Lewandowski et de Felipe Santana qui avait parfaitement suppléé l’absence de Neven Subotic pour ces deux matchs cruciaux.

Le BVB paraît alors irrésistible. Ilkay Gündogan confirme le sentiment d’invincibilité que pouvait alors avoir l’équipe : « Généralement, lors de cette saison, les matchs étaient juste géniaux. Parce que nous dominions nos adversaires non pas avec le style de Guardiola mais avec le style de Klopp. L’adversaire ne comprenait pas ce qu’il se passait. Nous l’agressions continuellement. Cela nous procurait un sentiment incroyable. Non pas parce que nous avions pris les trois points mais parce que nous savions : l’adversaire n’a en cette période pas l’ombre d’une chance. Nous avons joué à Köln, nous perdions 1-0 à la mi-temps et Köln n’a jamais su comment ou pourquoi nous avions gagné le match 6-1. C’était des matchs où tu savais que tu avais tout complétement sous contrôle et que, même si l’adversaire menait, cela n’avait aucune importance. » « C’était une nouvelle manière de jouer au football en Allemagne, confirme unser Kapitän Sebastian Kehl. Dans ces années où tout nous réussissait, nous prenions en quelque sorte d’assaut et nous embobinions notre adversaire. Il était complètement submergé. »


Toutefois, le Bayern Munich, vexé par la perte du titre la saison précédente, ne désarmait pas et demeurait menaçant. Et, malgré sa confiance absolue, le BVB égare quelques points ici ou là, notamment lors de ce 4-4 devenu mythique au Westfalenstadion contre Stuttgart et Julian Schieber. A cinq matchs du terme de la saison, le BVB ne compte que trois points d’avance sur le Bayern, qui possède une meilleure différence de buts. Arrive alors la semaine de vérité où le BVB peut tout perdre avec le Giganten-Gipfel le mercredi au Westfalenstadion contre le Bayern et le Derby le samedi à Herne-West contre Schalke, troisième du classement et qui s’était promis de faire perdre le titre au BVB comme nous le lui avions fait perdre en 2007. La suite tu la connais : le tir écrasé de Großkreutz, la talonnade géniale de Lewandowski, le pénalty de Robben arrêté par Weidenfeller puis la déviation sur sa propre latte de Subotic. Le BVB s’impose 1-0 au terme d’un duel titanesque dans une ambiance monstrueuse et prend six points d’avance ! « Nous ne pouvions pas jouer beaucoup mieux, constatait Jürgen Klopp. Mais il peut encore se passer beaucoup de choses jusqu’à la fin de la saison. »


Si Kloppo ne pensait pas le titre joué, ses joueurs n’étaient pas tout à fait du même avis : « Le mercredi après le match contre le Bayern, nous étions cinq joueurs à une Party, confesse Ilkay Gündogan. Mais n’avions rien bu mais nous étions encore en boîte à deux ou trois heures du matin. Le problème, c’était nous nous avions le match contre Schalke samedi. » Là aussi, personne n’a oublié ce Derby mythique avec l’ouverture du score rapide des Blauen, la volée égalisatrice de Lukasz Piszczek et le but victorieux du capitaine Sebastian Kehl en deuxième mi-temps. Le BVB s’impose 2-1 et prend huit points d’avance sur le Bayern. A trois matchs de la fin… A nouveau une bonne raison de faire la fête, comme l’explique Ilkay Gündogan : « Nous gagnons le Derby le samedi et nous allons évidemment à nouveau fêter. Le dimanche, tôt à l’entraînement, il y a un discours de Klopp : « J’ai appris pendant la semaine que cinq joueurs sont allés fêter la victoire contre le Bayern mercredi. Quelqu’un me l’a murmuré. Je ne sais pas qui c’était et je ne veux pas le savoir. Mais je peux vous dire une chose : ces joueurs peuvent être heureux que nous avons gagné contre Schalke hier, sinon je leur aurais donné la plus grande punition jamais infligée dans un club de football » Nous nous sommes regardés et nous avons pensé « Dieu soit loué que nous avons renversé le score. » Après les matchs, nous sortions souvent avec une dizaine de joueurs, beaucoup étaient encore célibataires. Certaines fois, nous avions relativement beaucoup bu et nous sommes arrivées encore saouls le lendemain à l’entraînement, ce qui n’est pas passé inaperçu. Mais cela nous a encore rapprochés. »


La semaine suivante, le BVB fêtera son deuxième Meisterschale consécutif en battant Mönchengladbach 2-0 à domicile. Mais pas question de relâcher la pression car Jürgen Klopp voulait encore aller chercher le record de points en Bundesliga, qu’il établira à 81, le meilleur total jamais réussi jusqu’en 2012 avec une victoire 5-2 à Kaiserslautern et 4-0 lors de la dernière journée contre Freiburg pour la remise du Meisterschale. Avec à chaque les mêmes émotions, les mêmes larmes, la même folie, les Party jusqu’au bout de la nuit sur l’Alter Markt, l’envahissement du terrain, une ville ivre de bière et de bonheur, raide dingue de son BVB. Mais cette année-là, le meilleur restait à venir…

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En effet, après avoir flirté avec l’élimination en huitième de finale avec une équipe décimée par les blessures et réduite à dix pendant plus de 90 minutes à Düsseldorf, alors leader de Zweite Liga (victoire aux tirs au but), le BVB s’est qualifié pour la finale de la DFB-Pokal contre le Bayern Munich, également finaliste de Ligue des Champions et avide de revanche après les quatre défaites consécutives concédées en championnat. « C’est un match qui aura une signification particulière pour le développement des deux clubs », prophétisait Hans-Joachim Watzke.

Avant le match, Jürgen Klopp motive ses joueurs en leur passant des vidéos de la victoire de Boris Becker à Wimbledon en 1985 et de celle de Mohamed Ali dans le « Rumble in the Jungle » : « Notre histoire n’est pas finie », disait-il. Après une journée de folie schwarzgelbe dans Berlin autour de la Breitscheidplatz, le match se déroule comme dans un rêve dans un Olympiastadion largement acquis à la cause jaune et noire. « Gewinnt für uns das Spiel heut’ und werdet uns’re Helden » (Gagnez le match pour nous aujourd’hui et vous deviendrez nos héros), annonçait notre Choreo dans la Marathon-Tor. Nos héros, ils l’étaient déjà mais ils le deviendront encore plus ce soir-là. Kagawa ouvre le score, Robben égalise sur pénalty mais ensuite la déferlante jaune et noire s’abat sur le Rekordmeister. Même la sortie de Roman Weidenfeller sur blessure ne nous déstabilise pas, Mitch Langerak confirme son statut de bourreau du Bayern, Mats Hummels transforme son pénalty pour nous redonner l’avantage, Robert Lewandowski claque un triplé et le Bayern, malgré 61% de possession de balle, est atomisé 5-2. « Ce n’est pas un accident, reconnaissait le président du Bayern Karl-Heinz Rummenigge. C’était une débâcle. Chaque but des Dortmunder était comme une baffe. »


« C’est le moment le plus extraordinaire de l’histoire du club », criait Klopp. « Il dansait dans le vestiaire avec une bière à la main, comme s’il était un joueur », rigole Ilkay Gündogan. La veille, Nobby Dickel, double buteur lors de la dernière victoire du BVB en Pokal, en 1989, avait offert sa chaussure droite porte-bonheur de ce jour-là à Jürgen Klopp qui s’exclame : « Il l’avait ressortie de la cave après plus de 20 ans et elle puait un peu. » Nous avons vécu de grands moments avec le BVB mais aucun ne surpasse ce week-end de Berlin qui s’était achevé en apothéose le dimanche à Dortmund sur la Borsigplatz pour le défilé avec le Meisterschale et la Pokal. Ce week-end là, notre club était touché par la grâce, les événements s’enchaînaient comme dans un rêve et rien de fâcheux ne semblait pouvoir nous arriver. Le Graal absolu. « Ces nonante minutes, c’était de l’adrénaline pure, se rappellera quelques mois plus tard Jürgen Klopp. J’adore cette intensité où tout craque et claque. Une phase de tout ou rien dans laquelle on a le sentiment que les gens ne respirent plus. » Kloppo ne pouvait mieux décrire ce que nous avons vécu de week-end là : l’hystérie totale.

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Si tu as manqué le début:

1er décembre : Revolution 09

2 décembre : Une défaite salutaire

3 décembre: Un rendez-vous presque manqué

4 décembre: A la conquête des cœurs

5 décembre: Goldene Zukunft braucht Vergangenheit

6 décembre: Un employé comme les autres

7 décembre: L’apprentissage

8 décembre: Le premier Derby

9 décembre: La désillusion

10 décembre: Les ruelles sombres

11 décembre: L’irrésistible ascension

12 décembre: En route pour la gloire

13 décembre: La consécration

14 décembre: Des lendemains qui déchantent

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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[FSV Mainz 05 – BVB] – Laborieux mais tellement précieux

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