Son premier grand titre comme entraîneur, Jürgen Klopp va l’obtenir le Jour de Grâce du 30 avril 2011 après une victoire 2-0 contre le 1. FC Nürnberg : le Meisterschale. Le prélude à deux semaines de pure folie dans un club et une ville qui étaient encore à l’agonie à peine six ans auparavant.

Malgré une confortable avance au classement, le BVB connaît encore une petit alerte printanière avec une défaite à Hoffenheim suivi d’un nul concédé à domicile dans des circonstances douteuses à la dernière minute contre Mainz. Uli Hoeness veut croire au retournement de situation et à un effondrement de la jeunesse dortmundoise : « Si je dormais dans un pyjama jaune et noir, je commencerais lentement à m’inquiéter », déclarait le directeur sportif munichois avant le match du BVB au Westfalenstadion contre Hanovre. Le Borussia l’emporte 4-1 et Klopp rétorque : « Je me demande dans quel état est le pyjama d’Hoeness. » Le BVB bénéficie d’une première balle de match à quatre journées de la fin mais la victoire de Leverkusen et la défaite du BVB au Borussia Park, malgré le soutien de 22’000 Borussen venus dans l’espoir de fêter le titre, différent la fête d’une semaine.

Le BVB a cinq points d’avance sur Leverkusen à trois matchs de la fin : il faut donc une victoire à domicile contre Nürnberg et une défaite ou un nul de la Werkself à Köln pour pouvoir fêter le titre ce jour-là. Deux buts de Lucas Barrios et Robert Lewandowski  règlent rapidement leur compte aux Franconiens, tous les regards de tournent alors vers le Müngersdorf, la longue attente commence. Plus personne ne doute du titre mais nous avions tous envie de le fêter ce jour-là avec tous nos fans plutôt qu’en comité restreint, à Brême, le week-end suivant. Et il suffisait d’un but de Leverkusen pour tout gâcher. Mais, à un peu plus de vingt minutes de la fin, une onde de choc parcourt les travées du Westfalenstadion : Köln aurait ouvert le score ! Notre speaker Nobby Dickel, hystérique, confirme l’information au micro, c’est l’émeute : « Cela n’a pas duré plus de deux secondes mais nous l’avons ressenti comme si nous l’avions vécu des heures. », explique Mats Hummels. Köln double rapidement la mise et la titre du BVB ne fait plus un pli : « Nous savions que c’était inimaginable ce que nous avions réussi mais maintenant c’était vraiment là », continue Hummels. Son compère Subotic complète : « Nous étions encore des mioches, 23 ans de moyenne d’âge. Aucun d’entre nous ne savait ce qui nous attendait mais nous l’avions fait. » Sven Bender ne dit pas autre chose : « Je n’avais jamais vécu une folie pareille. C’était un moment complètement brutal et je crois que chacun l’a remarqué. Nous avons vraiment savouré mais en même temps c’était tellement irréel. Nous ne pouvions tout simplement pas croire que nous étions champions. » Même Jürgen Klopp peine à réaliser : « Je pensais que me sentirais autrement. Il y avait cent fois plus de soulagement que d’euphorie. La pression était bien plus grande que celle que nous avions bien voulu nous mettre. »

C’était le début de deux semaines « d’état d’urgence », selon les dires du président Reinhard Rauball. Six ans après avoir entrevu la disparition de son club chéri, toute la ville était parée de jaune et noir, des drapeaux à toutes les fenêtres aux devantures des commerces en passant par les automobiles. « C’était une pure extase, se souvient Mats Hummels, aucun mot ne peut le décrire : dans une ville tellement fan de foot, dans un club aussi fan de foot et avec un entraîneur comme Kloppo si adulé des fans. Cela a libéré toutes les énergies. Les gens en parlent encore aujourd’hui. Et ils ne se lasseront jamais de la raconter. » Sebastian Kehl avait déjà vécu le titre de 2002 mais celui de 2011 a pris une dimension toute autre après les problèmes financiers et les années de galère : « C’était un immense sentiment de bonheur de voir la joie dans les yeux des gens parce qu’ils avaient eu très, très peur pour leur club et longtemps attendu que leur club retrouve de tels moments de gloire. Nous pouvions enfin rendre quelque chose aux fans après toutes ces années difficiles. Les gens ne l’oublieront jamais. »

Après la victoire contre Nürnberg, des centaines de milliers de fans se réunissent dans le centre-ville pour une fête spontanée jusqu’au bout de la nuit. La défaite concédée la semaine suivante à Brême dans un match sans enjeu et avec équipe encore convalescente des festivités ne viendra pas ternir le fête : «Nous nous sommes assis dans le bus, relate Sven Bender, tous silencieux et ennuyés, nous avions un peu honte. Mais après une heure nous nous sommes dits : dis voir, qu’est ce qui se passe ? Nous avons tiré sur la latte ? Egal, nous sommes champions ! Et nous avons recommencé à chanter. » Les festivités se terminent en apothéose le week-end suivant avec le dernier match contre Francfort, remporté 3-1 au Westfalenstadion, la remise du Meisterschale et l’envahissement du terrain puis le lendemain la Meisterfeier avec près de 500’000 fans dans les rues pour la défilé de l’équipe et sa réception devant la Westfallenhalle. Une folie furieuse. C’était d’autant plus beau que personne ne l’attendait ce titre-là : « Nous avions un jeu que personne n’avait jamais joué, rappelle Hans-Joachim Watzke. On ne doit pas se mentir : le Bayern n’était alors pas aussi fort qu’aujourd’hui, on ne peut pas comparer, également financièrement. C’était plus facile mais nous avions réussi une aventure inconcevable. Nous avions le sentiment que cette équipe n’était qu’au début de son développement. Personne n’avait osé rêver d’un titre avec une telle domination sur la Bundesliga. Normalement, les équipes qui fêtent le titre aussi tôt sont les grands favoris. Alors qu’avec nos investissements, le but réalisable ne semblait être que d’atteindre une nouvelle fois l’Europa League. »

Grâce à la passion et au travail d’un entraîneur génial, au talent et à l’enthousiasme d’une génération spontanée, nous avons eu droit à bien plus. Nous ne revivrons peut-être jamais une telle euphorie que ces semaines magiques du printemps 2011 et comme l’a dit Mats Hummels ci-dessus, il n’y a pas vraiment de mots pour décrire la folie et la magie de ces moments-là, sinon pour dire merci : Danke Jungs, Danke Kloppo !

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1er décembre : Revolution 09

2 décembre : Une défaite salutaire

3 décembre: Un rendez-vous presque manqué

4 décembre: A la conquête des cœurs

5 décembre: Goldene Zukunft braucht Vergangenheit

6 décembre: Un employé comme les autres

7 décembre: L’apprentissage

8 décembre: Le premier Derby

9 décembre: La désillusion

10 décembre: Les ruelles sombres

11 décembre: L’irrésistible ascension

12 décembre: En route pour la gloire

Adaptation libre de « Ich mag, wenn’s kracht » Jürgen Klopp. Die Biographie. De Raphael Honigstein, éd. Ullstein extra, 2017.

À propos de l'auteur

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j’ai vu de la lumière et j’y suis entré. Depuis, je n’en suis jamais vraiment sorti.

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