Comme d’habitude, un déplacement dans une ambiance survoltée quelques jours après une brillante performance en Ligue des Champions, cela sentait le piège pour le Borussia Dortmund. Et comme d’habitude nous sommes tombés dedans la tête la première. L’histoire est un éternel recommencement et malheureusement on ne voit pas de raisons que cela change dans les prochains mois.

Je débute par une question sémantique : peut-on encore parler d’embuscade dès lors que celle-ci est annoncée, prévisible et attendue ? Il faut croire que oui car les embuscades de ce week-end colonais, on les connaissait et cela ne nous a pas empêchés de nous faire surprendre.

La panique

La première embuscade, elle était personnelle, à savoir l’organisation d’un repas de boîte la veille au soir de ce match à Cologne. Je me doutais bien qu’il y avait un risque, j’aurai sagement pu rentrer me coucher après le repas mais, en bon patron, je n’allais pas laisser tomber mes collaboratrices à l’heure d’aller en discothèque. Et puis ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion d’aller en boîte avec dix représentantes de la gent féminine. Bref, je rentre à 4h du matin, pas idéal quand le réveil est programmé à 5h pour aller prendre l’avion me conduisant au stade. Du coup, quand j’émerge enfin de ma grasse matinée à 8h,  il est trop tard pour l’avion et je suis toujours coincé à 700km du RheinEnergieStadion où débute le match quelques heures plus tard. La panique ! En catastrophe et trois clics, je trouve un plan de secours à condition d’être prêt au départ en 4 minutes, ce fut fait et départ pour un ICE qui devait m’amener à Cologne pour 15h05. Comme le stade est assez éloigné de la gare, j’avais déjà fait le deuil de la chanson d’avant-match et du coup d’envoi, ce sera même encore un peu plus long en raison d’un retard à Karlsruhe. C’est sur la radio du taxi que j’ « assiste » au Choreo des Wilde Hörde, à la première occasion de Köln et au but d’Aubameyang annulé pour hors-jeu. Expérience faite, c’est pas très radiophonique, un tifo…

La malédiction des balles arrêtées

En revanche, j’étais bien debout en tribunes, avec deux bières, au milieu d’ultras assez éméchés, pour assister à l’ouverture du score du 1. FC Köln sur un coup-franc dévié par la tête de Rudnevs. J’ai presque failli regretter de m’être pareillement démené pour arriver plus ou moins à l’heure dans la cité du Dom malgré ma panne de réveil : c’est saoulant, cette faiblesse sur balles arrêtées. La saison dernière, nous avons encaissé beaucoup de goals dans ce domaine, cela nous a coûté l’élimination en Europa League et on n’a pas l’impression que l’équipe progresse. Pire, notre vulnérabilité sur les balles arrêtées défensives nous renvoie à notre propre inefficacité offensive dans ce secteur. C’est toujours le même scénario et on l’on a encore vécu trop souvent contre les Geissböcke : nos Jungs se procurent une kyrielle de corners ou de coups francs, à chaque fois on braille des « hinein, hinein » pleins d’espoirs, avant de déchanter dans des murmures et grognements désapprobateurs lorsqu’un pied ou une tête adverses repoussent la balle sans le moindre danger. Pourtant, dans ce type de matchs accrochés, nous nous simplifierions beaucoup la tâche si nous pouvions, de temps en temps, ouvrir le score sur une Standardsituation et obliger l’adversaire à se découvrir plutôt que partir systématiquement avec un handicap d’un but qui conforte ledit adversaire dans son plan de jeu défensif.

Tellement prévisible

Car Köln a joué exactement comme l’avait annoncé son entraîneur. Privé de cinq titulaires importants, son gardien Horn, son défenseur le plus expérimenté Maroh, son métronome Lehmann et ses créateurs Risse et Bittencourt, Peter Stöger affirmait connaître les recettes pour nous faire déjouer : s’inspirer de Leverkusen et Francfort, aligner un schéma très défensif en 5-3-2 et jouer avec beaucoup d’engagement. Il a appliqué son plan de jeu, on le connaissait d’avance et pourtant nous avons été incapables de trouver des solutions. Comme à Francfort et contrairement à ce qui s’était passé à Leipzig, Leverkusen ou Ingolstadt, nous ne pouvons pas reprocher un manque de motivation à nos Jungs. L’équipe n’a jamais abdiqué, d’ailleurs elle est parvenue, comme au Waldtstadion, à revenir au score dans une ambiance survoltée. Mais force est de constater que, dans ce genre de configuration de jeu, face à un adversaire regroupé et musclant son jeu, nous n’avons pas la clé. On se retrouve avec cette possession complètement stérile qui ne nous permet de nous créer aucune occasion dès lors que notre adversaire ne nous laisse pas les espaces pour utiliser notre vitesse et notre virtuosité technique. Après le match, comme à Leipzig, Thomas Tuchel a fustigé le grand nombre de fautes commises par l’adversaire (26)… De la même manière que ses critiques sur ses propres joueurs après la défaite de Francfort, notre entraîneur n’en finit plus de créer des lignes de fracture avec les fans. Willkommen in Bundesliga, Thomas ! Oui, la Buli est un combat et, si nous ne sommes pas prêts à mener ses combats, nos ambitions y seront forcément limitées. Et actuellement, nous ne sommes pas prêts pour les rudes batailles de la Bundesliga.

Elles sont où, les Arbeitssiege ?

Ce BVB 2016-2017 est une belle équipe, capable de prestations enchanteresses qui nous valent les louanges de toute l’Europe. Mais elle n’est pas (encore ?) une grande équipe. Car les grandes équipes, celles qui gagnent des titres en fin de saison, ce sont celles qui peuvent aussi gagner des matchs en jouant mal. Et nous n’avons pas cette capacité-là. En évoluant sur tous les tableaux, à plus de 50 matchs par saison, il est impossible de ne réussir que des démonstrations de football. Parfois, il faut aller au combat, au turbin, enfiler le bleu de travail, remporter ce que les Allemands appellent une Arbeitssieg, la victoire laborieuse, faire preuve de cynisme, abandonner ses principes de jeu pour gagner à l’énergie. Et actuellement, en raison de certains choix effectués depuis 18 mois, notre équipe n’est pas taillée ni armée pour remporter ces victoires, ces combats, on n’a d’ailleurs pas souvenir d’une vraie Arbeitssieg depuis le début de cette saison.

Ne pas mourir pour ses idées

Après chaque contre-performance, on entend et lit les mêmes théories vaseuses sur le choix d’aligner untel ou untel, le dispositif tactique ou la nécessité de recruter en défense. C’est un faux débat, un faux problème, un faux diagnostic. Thomas Tuchel a déjà plus ou moins essayé toutes les combinaisons possibles, modifié son système de jeu et même si nous avions cassé la tirelire pour aligner Godin, Pepe, Bonucci ou Hummels, nous n’aurions pas mieux réussi à Cologne. Non, ce qu’il nous manque, c’est du cynisme et du muscle, notre équipe n’est actuellement pas taillée pour la Bundesliga. Ce n’est pas un hasard si nous réussissons mieux en Ligue des Champions qu’en championnat, face à des adversaires peut-être plus talentueux mais qui nous laissent davantage d’espace et jouent de manière moins intense et engagée. En ce sens, avoir tiré Benfica, qui envoie du jeu, en 1/8ème de finale de Ligue des Champions est sans doute une meilleure nouvelle que de nous frotter au FC Séville, dont l’antijeu caractérisé a marqué durablement tous les fans jaunes et noir depuis notre double confrontation avec les Andalous en 2010. Mais si nous voulons grandir, nous devrions aussi être capables de nous adapter au jeu de nos adversaires et ne pas les laisser nous dicter le film du match, quitte à renoncer à certains principes, à abandonner un peu la possession, à jouer plus long pour gagner les deuxièmes ballons grâce à un milieu densifié, bref à faire preuve d’un peu plus de pragmatisme plutôt qu’à vouloir mourir avec des idées qui nous laissent complètement impuissants dès lors que nous tombons sur un adversaire un peu vindicatif.

Danke Marco !

Je vais quand même trouver un peu de positif. Nous n’avons pas perdu et notre équipe a trouvé les ressources pour égaliser à la 90e sur une combinaison entre Dembelé, Ramos et Reus. Franchement, on n’y croyait plus, tant nos Jungs peinaient à se créer des occasions, surtout que le Effzeh aurait pu classer l’affaire en jouant mieux deux ou trois ballons de contre. Bien sûr, la manière n’y était pas et ces deux nouveaux points perdus nous relèguent à huit points de la tête du classement et surtout du Bayern, un gouffre sans doute irrémédiable. Mais, nonobstant ces considérations et vu le scénario du match, c’est déjà pas mal d’avoir arraché un point dans l’ambiance bouillante du Müngersorf face à un Köln qui réalise son meilleur début de saison depuis plus de 20 ans. Dans le contexte actuel, il faudra s’en contenter et on en profite au passage pour remercier Marco Reus. Notre capitaine est vraiment revenu très vite à son meilleur niveau, sans marquer la retenue et l’appréhension que nous avions constatées après ses précédentes blessures. C’est encourageant. Et aussi un peu inquiétant, avec un effectif pléthorique, d’être dépendants à ce point d’un joueur sortant à peine de convalescence pour masquer les failles du collectif évoquées ci-dessus dans certaines configurations de match.

Le traquenard XXL

Après le match, nous prenons la direction d’Heumarkt pour le Weihnachtsmarkt dont mon réveil tardif m’avait privé quelques heures plus tôt. Il y a au moins une embuscade que j’aurai évitée, c’est celle d’aller faire le pitre sur la piste de glace dont on m’a fortement déconseillé l’accès après quelques Glühwein. La journée avait déjà mal commencé, elle n’avait pas besoin de se finir à l’hôpital pour un coup de patin mal assuré. Heureusement, car il faudra être d’attaque vendredi à Sinsheim pour un match qui ne s’apparente même plus à une embuscade mais à un véritable traquenard : un stade anonyme à l’ambiance aseptisée et un adversaire qui ne nous ont que très rarement convenus, un Hoffenheim qui reste sur une victoire 4-0 contre Köln, un jeune entraîneur adepte des opérations commandos qui n’aura pas manqué de relever nos failles actuelles… Bref, typiquement le genre de match qui nous pose des problèmes insolubles jusque-là. Notre entraîneur à nous a moins d’une semaine pour enfin trouver des solutions dans cette configuration de jeu. On ne lui demande pas de nous régaler, juste de nous prouver que l’on est aussi capables de gagner ce type de combats.

About the author

Julien Mouquin

Un jour, je suis passé devant le Westfalenstadion, j'ai vu de la lumière et j'y suis entré. Depuis, je n'en suis jamais vraiment sorti.

2 Comments

  • Salut Julien,

    Merci pour ton article de grande qualité, comme d’hab. Ca fait un moment que je te suis sur internet, carton rouge, borussia.fr et maintenant génération WS. Je suis un grand fan du BVB et je suis de ton avis sur les problèmes stratégiques du recrutement sous l’air Tuchel. Il veut tirer un trait complet de l’ère Kloppo qui nous a apporté tellement de joie et d’émotion. Ses choix de joueurs au niveau recrutement ou au niveau du groupe qu’il convoque à chaque match ne me plaise pas. Il (a) ou avait tellement de joueur qui nous ferais du bien (Kuba, Fischkreutz, ou Neven) maintenant pour les rencontres contre entre autre Francfort, Köln, Hoffenheim ou le Hertha.

    Bref unser BVB passe avant tout et c’est une période délicate à gérer. J’espère que Watzke et Susi vont faire des bons choix ces prochains mois et ne pas donner carte blanche à TT. Les vrais fans dont tu fais partie au juste besoin d’une équipe qui donne tout et qui sont prêt à « mourir » pour le maillot. Malheureusement, la jeunesse d’aujourd’hui sent non plus leur jeter la pierre (Dembele et Mor principalement) non aucun respect pour ça.

    Bonne soirée et au plaisir de te lire.
    Martin

    • Salut,
      Merci pour ton message.. Effectivement, on boucle ce premier tour avec un sentiment mitigé, il y a un talent incroyable dans cette équipe, on l’a vu en quelques occasions, la première mi-temps contre le Real, Bayern… Mais on n’a pas un système de jeu et un état d’esprit qui permettent d’exploiter à 100% le potentiel de cette équipe, franchement quitte à finir 6e je préférerai avoir une équipe très limitée qui se défonce à chaque match pour arracher des points au courage dans l’espoir d’aller chercher une qualification en Europa League, l’ambiance serait bien meilleure. J’ai quelques doutes là-dessus mais espérons que notre entraîneur sera capable de faire son autocritique pour que 2017 soit plus riches en émotion et en succès que 2016. Merci pour ton soutien et joyeuses fêtes !

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